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Selon l’agronome Robert Berthiaume, la résilience d’une prairie est aussi importante que sa productivité. Photo : Gracieuseté

Selon l’agronome Robert Berthiaume, la résilience d’une prairie est aussi importante que sa productivité. Photo : Gracieuseté

Les vertus des mélanges complexes

Longtemps, l’expert en production laitière et agronome Robert Berthiaume ne jurait que par des mélanges simples : une graminée avec une légumineuse. Aujourd’hui, il multiplie les présentations en ­vantant les vertus des mélanges… complexes.

« Avec les changements climatiques, on prédit une augmentation des ­événements extrêmes comme les sécheresses ou les pluies abondantes. À partir du moment où on ne travaille qu’avec une ou deux espèces, si elle est dans son environnement ­climatique idéal, ça va aller, mais sinon, on se ramasse avec rien à récolter », déclare-t-il pour expliquer sa conversion.

Il n’y a pas de recettes qui font l’unanimité, mais le spécialiste en systèmes fourragers recommande un ensemble de cinq espèces avec une proportion maximale de 30 à 40 % de légumineuses. « Parce qu’à l’exception de quelques-unes, dont le lotier, les légumineuses peuvent causer du ballonnement aux animaux », plaide-t-il.

La présence des légumineuses est aussi importante parce qu’elles ont la capacité de fixer l’azote de l’air dans le sol au contraire des graminées. « On peut ainsi nourrir les graminées en azote naturellement sans avoir à recourir aux engrais », souligne Robert Berthiaume. Comme légumineuses vedettes, il cite le trèfle blanc qui convient bien à la paissance tandis que l’agressivité de la luzerne lors de son établissement s’avère un allié dans la lutte aux mauvaises herbes.

Dans la composition de sa ‘’recette idéale’’, l’agronome y insérerait une annuelle en fourrage d’urgence représentant environ 10 % de la prairie. Pas plus, recommande l’agronome, parce que son recours est plus dispendieux autant pour le coût de la semence que pour celui relié à la répétition du travail au sol. « Dans les régions chaudes, une plante comme le Sorgho, herbe du Soudan, utilise bien l’humidité et a moins besoin qu’on l’asperge en nutriments comme l’azote, le phosphore et le potassium. Dans les zones plus froides, j’opterais pour des céréales comme l’avoine, l’orge ou le seigle. »

Du côté des graminées, Robert Berthiaume inclut d’office la fléole des prés (mil), « notre classique au Québec parce qu’elle est extrêmement résistante à long terme et bien adaptée au climat frais du printemps. »

Par contre, parce qu’elle repousse peu durant l’été, il la combinerait à un mélange de fétuque des prés et de brome des prés. « En travaillant avec des espèces différentes, on va chercher une meilleure répartition du rendement dans la saison », affirme l’expert.

Équipe étoiles

S’il avait à former une équipe étoiles pour peupler une prairie, l’agronome enverrait donc au champ une brigade constituée de lotier corniculé et de trèfle blanc comme légumineuses, secondée par un trio de graminées : la fléole des prés, la fétuque des prés et le brome des prés.

« Au Québec, nous sommes privilégiés quant au nombre d’espèces ­disponibles. Pendant mes présentations devant les producteurs et les agronomes, lorsque je vante les avantages des mélanges complexes, cette multitude de variétés fait aussi partie de la complexité parce qu’il faut choisir. C’est pourquoi je recommande ­toujours d’y aller avec des cultivars qui ont fait leurs preuves. »

Enfin, Robert Berthiaume rappelle toujours que le semis n’est qu’un élément à la disposition des producteurs pour une prairie florissante. « Les meilleurs outils, ça demeure l’observation et la régie. Changer les ­animaux de pâturage, c’est incro­ya­blement important. Quand on surpâture, on ne donne pas de repos à la plante en épuisant son système ­racinaire. Il faut donner du temps à celui-ci de refaire son contenu en carbone et en azote. Si le système racinaire est important et en santé, les plantes qui vont pousser sur le sol vont être en grand volume et en santé », termine l’agronome. 

Bernard Lepage, collaboration spéciale