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Résultat du labour avec une charrue déchaumeuse permettant l’enfouissement du faux semis. Photos : Amazone

Résultat du labour avec une charrue déchaumeuse permettant l’enfouissement du faux semis. Photos : Amazone

Le faux semis pour compenser l’utilisation d’herbicides

Le travail du sol au printemps permet de préparer le lit de semences, mais aussi de mener la lutte aux mauvaises herbes. À ce chapitre, l’utilisation de la technique du faux semis permettra de réduire, voire d’éliminer, l’utilisation d’herbicides. On pourra par cette technique éliminer les mauvaises herbes qui lèvent avant l’espèce cultivée.

À la base, le principe du faux semis est plutôt simple. Il s’agit d’offrir aux mauvaises herbes les meilleures conditions de croissance pour ensuite les détruire. Le producteur travaille le sol aussi finement que pour un semis et permet aux graines de mauvaises herbes de germer. Quand les plantules sont sorties, le sol est travaillé pour préparer le semis ou pour refaire un nouveau faux semis dans le but de détruire les adventices.   

Maryse Leblanc, agronome et chercheure en malherbologie à l’IRDA

Maryse Leblanc, agronome et chercheure en malherbologie à l’IRDA

Selon l’agronome et chercheure en malherbologie à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) Maryse Leblanc, pour réussir un faux semis, le producteur travaille le sol comme un lit de semences et laisse pousser les mauvaises herbes pendant une à trois semaines environ. Il effectuera ensuite un travail superficiel du sol. « Comme la majorité des mauvaises herbes germent et lèvent dans les cinq à sept premiers centimètres, ça ne sert à rien d’aller plus creux et c’est risqué d’amener d’autres graines à la surface », dit-elle. Les plantules de mauvaises herbes arrachées par le travail du sol seront enterrées ou laissées à la surface, alors exposées au soleil avec leurs racines, et sécheront. Le producteur laissera reposer le sol environ une à deux semaines avant de le travailler à nouveau et de procéder au semis, précise l’agronome. « Un faux semis pourrait réduire de deux tiers la densité de mauvaises herbes s’il est réalisé lorsque les conditions climatiques sont propices à la germination de celles-ci », dit-elle.

Un élément de la solution

L’utilisation de faux semis fait partie d’une gestion intégrée des mauvaises herbes et s’inscrit dans un ensemble d’interventions, ajoute l’ingénieur, agronome et professeur à l’ITA, campus de La Pocatière, Vincent Lamarre. « C’est un élément de la solution, mais ce n’est pas la solution », précise-t-il. Après que le lit de semence aura été fait, il faudra tout de même effectuer le contrôle mécanique des mauvaises herbes, explique M. Lamarre.

 Résultat d’un labour au moyen d’une charrue déchaumeuse avec une profondeur de 12 cm.

Résultat d’un labour au moyen d’une charrue déchaumeuse avec une profondeur de 12 cm.

Bien que le faux semis s’applique à tous les types de sols, il ne convient pas parfaitement à toutes les cultures. Les céréales, par exemple, sont semées trop tôt au printemps pour pouvoir bénéficier des avantages d’un faux semis puisqu’il y a peu de mauvaises herbes qui germent tôt en saison, précise Maryse Leblanc. Par contre, note Vincent Lamarre, le faux semis convient mieux pour le soya et le maïs, qui sont semés plus tard. Il est aussi utilisé dans les productions maraîchères.

Selon Mme Leblanc, le faux semis doit être fait au moment où les levées de mauvaises herbes sont importantes, soit vers la fin mai et au début juin, selon ses observations. Évidemment, le fait de faire un faux semis reportera de quelques semaines la date du semis comparativement à un producteur qui pulvérise exclusivement des herbicides pour contrôler ses mauvaises herbes. Le faux semis est pratiqué par les producteurs biologiques, mais aussi par les producteurs conventionnels qui ­souhaitent réduire leur consommation d’herbicides.

Les techniques de faux semis, souligne M. Lamarre, sont enseignées aux étudiants et pratiquées sur les terres ­biologiques de l’ITA, campus de La Pocatière.

Les outils

Les outils les plus utilisés pour faire les faux semis sont les herses étrilles (peignes), les houes rotatives (picoteuse) et les sarcleurs à cage. Le fabricant allemand de machinerie agricole Amazone a mis sur le marché une charrue déchaumeuse, la Cayros, avec le versoir WL 430. « Elle permet une plage de travail entre 12 et 30 cm, utile pour la destruction du faux semis en l’utilisant avec un horizon de travail à faible profondeur », explique l’agronome et représentant de la compagnie, Jérémie Messerli. Avec le même instrument, le producteur peut ainsi effectuer un travail de surface en faux semis au printemps et un labour conventionnel à l’automne, dit-il.

Selon M. Messerli, les déchaumeuses à dents sont à ­privilégier pour la pratique du faux semis. Elles vont anéantir les mauvaises herbes en les déterrant pour les exposer au soleil et les faire sécher, contrairement aux déchaumeuses à disques qui auront plutôt tendance à couper les racines et à les mélanger au sol.

Le semis différé

Une autre technique de travail permettant de réduire les mauvaises herbes est celle du semis différé, raconte Maryse Leblanc. Elle convient bien, par exemple, pour la production de carottes et les cultures à petites graines à germination lente et difficiles à sarcler. Elle peut être combinée ou non à la technique du faux semis. À la dernière opération, le sol est travaillé comme un lit de semences, mais on laisse passer trois ou quatre jours avant de réaliser le semis. Le sol n’est pas retravaillé au moment du semis, ce qui laisse du temps aux mauvaises herbes de lever avant la culture. Il s’agit de détruire les plantules de mauvaises herbes avant que la culture sorte de terre.

Selon Jérémie Messerli, de la compagnie Amazone, les déchaumeuses à dents sont à privilégier pour la pratique du faux semis.

Selon Jérémie Messerli, de la compagnie Amazone, les déchaumeuses à dents sont à privilégier pour la pratique du faux semis.

« Étant donné qu’on ne peut pas travailler le sol parce qu’il s’agit d’un semis, le producteur utilisera le pyro­désherbage », souligne Mme Leblanc.

Les pousses précoces de mauvaises herbes sont alors brûlées en surface à l’aide d’un brûleur au propane fixé au tracteur, mais la flamme n’atteint pas les graines de carottes dans le sol. Cette technique convient aussi pour d’autres productions maraîchères telles que les épinards. « Le pyrodésherbage coûte bien moins cher que d’engager des gens pour désherber manuellement », dit-elle. Un brûleur manuel peut être utilisé pour les petites productions.

Essentiellement, avec la méthode de faux semis et celle de semis différé, le travail du sol précédant le semis stimule la germination des mauvaises herbes contre lesquelles on peut lutter à l’aide d’herbicides ou d’une seconde opération de travail au sol juste avant le semis, fait valoir Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

L’utilisation de faux semis est d’autant plus efficace, affirme le ministère, que les principales espèces de mauvaises herbes germent au début de la saison.

Conditions climatiques

Quelle que soit la technique utilisée, elle sera toujours tributaire des conditions climatiques. Les températures plus chaudes et les précipitations, par exemple, stimulent la germination et l’établissement des espèces adventices de la saison chaude avec la culture semée tardivement. « Cela peut être très problématique si le semis d’une culture d’été frais est différé et que les adventices de la saison chaude lèvent avec la culture », soutient AAC.

Les espèces adventices de la saison chaude ont un taux de croissance plus rapide lors de températures plus élevées, ce qui a pour effet de concurrencer la culture d’été frais à croissance plus lente, fait aussi valoir le ministère.

La méthode du faux semis peut être très efficace pour les espèces de mauvaises herbes à levée précoce dans des conditions de croissance relativement chaudes et sèches.