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Louis Robert, agronome au MAPAQ, lors d’une démonstration à Saint-Georges. Crédit photo : MAPAQ

Louis Robert, agronome au MAPAQ, lors d’une démonstration à Saint-Georges. Crédit photo : MAPAQ

Chauler pour maximiser l’activité biologique

Des sols acides réduisent les rendements, et l’utilisation de chaux peut facilement régler ce problème. Entrevue avec Louis Robert, agronome au MAPAQ, pour mieux comprendre l’importance du chaulage.

Pourquoi est-ce important de chauler?

Louis Robert : Il y a une relation claire entre le pH du sol et le rendement des cultures. Lorsque le sol devient acide, l’ajout de chaux permet d’atteindre la neutralité. Un pH équilibré permet de maintenir l’activité biologique dans le sol, de faciliter les échanges d’éléments nutritifs et de réduire les possibles toxicités d’aluminium dans les sols très acides. La chaux ne coûte pas cher et elle présente beaucoup d’avantages. Il y a d’ailleurs une relation plus grande entre le pH et le rendement qu’entre le niveau de potassium ou de phosphore et le rendement. C’est pourquoi une analyse de sol devrait être faite au moins tous les cinq ans.

Est-ce que les cultures réagissent différemment à un sol acide?

Oui. Certaines cultures sont beaucoup plus tolérantes que l’on pense. Par exemple, le rendement du maïs n’est pas affecté lorsque le pH est à 5,5, mais l’orge et les légumineuses réagissent rapidement lorsque le pH est plus bas que 6. Dès que l’on note que le sol est acide, il faut faire des corrections avant qu’il ne soit trop tard. Si le pH du sol descend en bas de 5, c’est un signe que le sol a été négligé dans le passé.

Quand faut-il chauler?

Traditionnellement, les producteurs chaulent à la fin de l’été ou à l’automne, au moment où ils travaillent le sol. Ça donne du temps au sol pour s’imprégner de la chaux, car il faut compter de 6 à 12 mois pour la dissoudre, et jusqu’à trois ans pour voir l’effet complet. Un producteur qui prend bien soin de son champ devrait chauler tous les quatre ou cinq ans, mais ça varie en fonction des sols. Par exemple, des sols sableux fluctuent plus rapidement et il peut y avoir un risque de surchaulage.

Qu’est-ce qu’une dose massive?

Lorsque le pH est très acide, en bas de 5, il faut parfois appliquer de la chaux d’urgence dans les champs, même dans les prairies en croissance. Il ne faut toutefois pas ajouter plus de 9 ou 10 tonnes de chaux par hectare.

Comment chauler à taux variable?

Avant de chauler à taux variable, il faut d’abord prendre des échantillons de sols à plusieurs endroits dans les champs. Ces données permettront de créer des zones dans les champs et une carte de variabilité intrachamps. Cette stratégie peut être rentable, mais pas à trop petite échelle. C’est une illusion que de penser aller chercher plus de rentabilité en ajustant pour chaque mètre carré. Les logiciels peuvent tout de même regrouper les secteurs par dixième d’hectare et ces recommandations peuvent être incluses dans l’applicateur à chaux.

Quel impact le chaulage a-t-il sur les engrais azotés?

Le phosphore est moins disponible pour les plantes dans les sols acides, car il est attaché à des ions de fer et d’aluminium. Plus le sol est acide, moins les éléments nutritifs sont disponibles et moins la vie microbienne est active.

Comment choisir son fournisseur de chaux?

Les producteurs de chaux sont régis par le Bureau de normalisation du Québec (BNQ), qui passe en revue toutes les carrières pour certifier les produits. C’est important de profiter de ce service, d’autant plus que ce sont des fonds publics qui paient pour ça. Les produits certifiés ont des taux de calcium et de potassium conformes à une utilisation agricole. C’est aussi un gage de qualité et de contrôle de l’humidité de la chaux. Certains produits non certifiés contiennent des impuretés et sont trop humides, ce qui cause des problèmes lors de l’épandage et parfois une réaction plus lente. Ça ne vaut vraiment pas la peine de prendre des produits non conformes lorsqu’une tonne de chaux certifiée vaut environ 24 $.