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Nelson Castilloux taille cet arbre de manière à faciliter sa guérison.

Nelson Castilloux taille cet arbre de manière à faciliter sa guérison.

Le cœur à l’ouvrage - Émondeur

Nelson Castilloux n’avait jamais envisagé de devenir émondeur. Un jour, un ami lui a demandé un coup de main pour quelques contrats. Vingt-cinq ans plus tard, il se plaît toujours à monter dans les arbres, tronçonneuse à la main.

Ce matin-là, Nelson se présente à une résidence privée de Pointe-aux-Trembles. Un érable à sucre, probablement centenaire, montre des signes inquiétants. La base d’une immense branche, à trois mètres de hauteur, est rongée par la pourriture. Si elle tombait, c’est pratiquement le quart de l’arbre qui s’abattrait dans la cour.

« Nous pourrions l’attacher, mais la propriétaire préfère qu’on la coupe », dit l’émondeur, toujours soucieux de préserver la canopée, essentielle pour lutter contre la chaleur et la pollution, surtout en ville. Ces dernières années, l’invasion de l’agrile du frêne dans la région de Montréal l’a obligé à abattre à regret un grand nombre d’arbres.

L’entretien des arbres exige des connaissances et un outillage spécialisés. Un émondeur doit savoir comment élaguer sans l’affaiblir un arbre blessé par une tempête, rongé par la maladie ou en trop forte croissance, tout en maximisant la photosynthèse pour lui assurer une longue vie. Tout cela à plusieurs mètres dans les airs.

Quelques minutes après son arrivée, Nelson a déjà grimpé dans la cime de l’arbre pour attacher son câble de vie à une branche d’au moins 7 cm de diamètre. Non seulement ce filin lui offrira une protection en cas de chute, mais il lui permettra aussi de se balancer de branche en branche pour se déplacer rapidement.

Un second câble, attaché lui aussi à la cime, sera manœuvré par un autre travailleur au sol. La communication entre les deux hommes est essentielle. Même si le terrain autour de l’arbre est bien dégagé, chaque branche de bonne dimension sera attachée avant d’être coupée et descendue avec délicatesse pour éviter tout dommage à la propriété. Les fils électriques, qui courent de l’autre côté de la maison, ne présentent pas de danger cette journée-là.

« Ça, c’est le plus grand risque de notre métier. Il ne faut pas s’en approcher à moins de trois mètres », dit Nelson en montrant du doigt les trois fils de haute tension au sommet d’un poteau électrique.

Voir Nelson marcher comme un funambule sur une branche à peine plus large que son pied donne le vertige. Il se déplace à plusieurs mètres dans les airs tout en cherchant comment tailler l’arbre de manière harmonieuse et optimale pour faciliter sa guérison.

La qualité de la dernière coupe, de l’épaisseur de la lame de la tronçonneuse, sera primordiale. Bien réalisée au plus près de la partie saine, elle permettra une cicatrisation rapide sans qu’il soit nécessaire d’appliquer un mastic ou un badigeon à base de goudron.

Une fois le travail terminé, les branches passées à la déchiqueteuse et les instruments rangés, Nelson rappelle ses clients. En soirée, il se déplace pour rédiger des soumissions. Les journées sont longues. En été, il n’est pas rare qu’il travaille six jours par semaine. Mais il n’échangerait sa place avec personne. « Travailler dehors dans la nature, je ne me vois pas faire autre chose. »

Le coffre à outils de l’émondeur

L’équipement de l’émondeur est un mélange d’outils de travailleur forestier et d’accessoires d’alpiniste. Il consiste essentiellement en une camionnette, un déchiqueteur, des scies tronçonneuses, un harnais, des éperons, des échelles, des câbles et un sécateur télescopique.

Les tronçonneuses d’émondage sont à la fois légères et puissantes. Leur poignée située sur le dessus du moteur permet au travailleur de les manipuler d’une seule main, même à bout de bras, juché à une hauteur de plusieurs mètres. Nelson se sert d’une seconde tronçonneuse légère pour débiter les branches tombées au sol. Mais il utilise une scie de grand format, dotée de lames de 18 à 36 po, pour abattre les arbres et débiter les troncs.

Nelson se sert d’échelles isolées en fibre de verre pour monter jusque dans les parties malades de l’arbre. Rendu là, les éperons fixés à ses bottes lui permettent de continuer son ascension sans craindre de blesser ce dernier. Il attache un câble de sécurité à la cime avant de le passer dans son harnais pour se protéger des chutes. Ce harnais, une fois attaché aussi à la branche, lui donne la contre-force nécessaire pour appuyer sur sa tronçonneuse.

Son sécateur télescopique lui sert à l’élagage sélectif de petites branches.

Tout le branchage est réduit en copeaux par un puissant déchiqueteur avant d’être envoyé dans un écocentre ou chez un récupérateur.