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Motoneige : les magiciens du hors-piste

À première vue, on a l’impression que personne ne saurait s’aventurer sur ce flanc de montagne. « De la pure folie! » diraient certains. Pourtant, les pilotes de hors-piste, pratiquement couchés à côté de leur motoneige, les gaz à fond, réussissent à s’y engager.

Il existe différents types de conduite hors piste. Certains motoneigistes prennent plaisir à créer des sentiers que leurs semblables pourront suivre. D’autres recherchent les endroits vierges et accidentés qu’ils essaieront de franchir à vitesse maximale.

Les batteurs de sentiers
« Le hors-piste, c’est la découverte. Nous passons d’un lac à l’autre en traversant des forêts où personne n’a circulé. Mais la conduite demeure très technique, et tu ne t’y aventures pas seul. Du moins, pas sans un tirefort, une tronçonneuse ou des raquettes! » conseille Sylvain Beaupré, un habitué avisé des contrées sauvages.

Les batteurs de sentiers, ceux qui maltraitent la neige poudreuse en forêt, doivent posséder certaines aptitudes. À commencer par un regard perçant et un plein contrôle de leur engin. « On conduit debout afin de réagir rapidement. Il faut aussi analyser constamment le terrain qui défile devant soi en se méfiant des sapins, des creux de montagne, des sources d’eau, etc. Par exemple, la poche d’air créée par un conifère à moitié enseveli peut faire plonger la motoneige de côté. Si tu réussis à t’en sortir, la piste inclinée que tu as produite risque d’être sans merci pour les autres qui te suivent. Un pilote qui ouvre un chemin en forêt doit être précis », fait remarquer Pierre-Olivier Boutet, un pilote aguerri.

L’adrénaline à fond
En milieu ouvert, la conduite est rapide. Le pilote doit donc constamment s’ajuster aux surprises du terrain, l’adrénaline à fond. « On fait du hors-piste sous les lignes de transmission électriques, un territoire qui n’est ni adapté ni aménagé pour la motoneige, lance José Serli, qui conduit un bolide hors-piste de 1 000 cc. On fonce vers l’inconnu, à nos risques et périls. De grosses roches saillantes que tu dois éviter à la dernière seconde, des pentes pratiquement insurmontables, des buttons que tu sautes avec la sensation de t’envoler. C’est très grisant, tout ça!

« Parfois, on s’aventure dans des endroits impossibles, comme des ravins, poursuit-il. Plus tu y descends, plus tu as l’impression de ne jamais pouvoir en remonter… Soit que tu réussis, soit que tu appelles un hélicoptère pour sortir ta machine. Inutile de dire que tu conduis avec l’instinct de survie! »

Ce genre de terrain tient les motoneigistes en haleine, tout comme les perpétuels défis techniques. « Tu vas au bout de tes limites. Les secteurs trop accidentés t’obligent à attaquer les côtes en diagonale, les deux pieds sur le même marchepied. Juste un ski et une moitié de chenille touchent à la neige. Tu montes aux limites de l’équilibre. Parfois, la perte de traction devient trop grande : tu sais que tu n’y arriveras pas. Tu dois improviser. Il faut alors « flipper » la machine pour retourner vers le bas, une manœuvre où le moindre faux mouvement te fait débouler toute la pente… Sauf que ces ascensions extrêmes, quand tu les réussis, te procurent une sensation énorme, celle d’avoir « ridé » ta machine au maximum de ses possibilités », assure le sympathique pilote.

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Platon, en Ski-Doo…
La nordicité, avec ses épinettes noires complètement blanches, porte à philosopher! De fait, la motoneige hors piste, c’est comme la vie : l’important n’est pas de savoir où s’arrêter, mais plutôt où ne pas s’arrêter. Un ralentissement au mauvais moment, un virage avorté parce qu’on ne le croyait plus possible, bref, la moindre hésitation peut mener à un enlisement majeur…

Mais évitons de généraliser. Dans certaines situations, il est plus avantageux d’avancer tranquillement, sans faire sous-virer la chenille. « Dans des conditions de neige profonde, si la chenille se vide, c’est la fin! lance Pierre-Olivier Boutet. Aussitôt que la motoneige semble s’embourber, on actionne plutôt la marche arrière, pour ensuite essayer de nouveau vers l’avant. »

À d’autres moments, le conducteur doit tout simplement tenir les gaz à fond et prier pour que ça passe! Car avec deux mètres de neige, parfois plus, la topographie se devine difficilement. La présence d’un petit ravin ou d’un fossé profond peut ne se confirmer qu’une fois rendu à quelques mètres. À ce moment, s’il ralentit par hésitation, le motoneigiste peut en être quitte pour un plongeon ou un vol plané par-dessus les poignées! Idem lors des virages : en pleine poudreuse, une motoneige ne se dirige pas qu’en tournant les guidons. Le poids du corps, qu’on déporte à gauche ou à droite, dicte plutôt la direction. Ici aussi, il faut savoir quand ne pas s’arrêter. Même si la machine semble se diriger tout droit sur un arbre, il importe parfois de maintenir les gaz et de persister dans sa manœuvre de virage, pour finalement éviter l’obstacle.

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Un bon cheval des neiges
Indubitablement, le hors-piste est à la mode. Dans ce segment, les constructeurs proposent ainsi nombre de nouveaux modèles qui répondent à des besoins fort différents. De marque Ski-Doo, le Skandic SWT constitue probablement la machine ultime des batteurs de sentiers. Sa chenille ultra large de 61 cm et longue de 396 cm permet de circuler en forêt sans trop de sous-virage. Il en résulte une trace tapée et non creusée (comme le font les chenilles plus étroites et moins longues). Ce genre de modèle excelle à basse vitesse mais, étant donné qu’il est plus lourdaud, il se révèle moins maniable dans le hors-piste en milieu découvert. À ce moment-là, une machine sport munie d’une chenille agressive offre une agilité et des performances supérieures. Dans ce segment, le choix ne manque pas, tout comme les attributs uniquement dédiés au hors-piste. Le ProClimb M, produit par Arctic Cat, comprend, par exemple, un guidon télescopique qu’on peut ajuster plus haut lors de la conduite debout. Le tunnel de la motoneige a également été adapté selon l’angle des jambes afin de procurer un contrôle accru en conduite verticale. Lancé récemment, le Tundra Xtreme, de BRP, se destine spécifiquement aux conditions de poudreuse. Il est très léger mais doté d’un puissant moteur de 600 cc (E-TEC deux-temps), le tout couplé à une chenille de 392 cm de longueur comportant des crampons très agressifs de 57 mm. Testée par l’auteur de ces lignes, cette bestiole des neiges s’est avérée très maniable, obéissant au moindre déportement du corps (au début, on fait quelques plongeons!). Le moteur présente des reprises fougueuses, ce qui permet, entre autres, d’accélérer devant une bosse, afin de la sauter plutôt que de la subir. En deux mots, un beau jouet pour l’amateur de hors-piste!

Certains pourraient ne pas aimer…
Les excursions hors des sentiers battus font découvrir des secteurs exclusifs et présentent de vrais défis de pilotage. Elles entraînent toutefois leur lot de mésaventures qui pourraient déplaire à certaines personnes. Car à moins d’être extrêmement prudent dans sa conduite (qui l’est en hors-piste?), il faudra tôt ou tard pousser une machine enlisée : la sienne ou celle d’un copain. À ce sujet, n’oublions pas d’engloutir nos vitamines au petit déjeuner, car déplacer une machine de 250 kg dans deux mètres de neige peut se révéler assez exigeant…

Par ailleurs, en milieu forestier, les adeptes du hors-piste avancent généralement lentement parce qu’ils doivent consulter le GPS, couper des branches, reculer, se reprendre, etc.

paysage

De la motoneige extrême!
Il y a deux types d’inconditionnels de motoneige extrême : le maniaque de vitesse, qui se délecte des zones d’accélération et des longs virages négociés parfaitement à 120 km/h (disons 70 km/h pour être légal!); et l’amateur de hors-piste, qui adore manœuvrer dans les secteurs hostiles et qui carbure à l’ascension des pentes les plus abruptes, à la limite de tomber à la renverse. Décidément, la motoneige peut générer des sensations fortes, comme le prouvent les capsules vidéos suivantes qui mettent en vedette des magiciens du hors-piste.

On s’amuse dans les Chic-Chocs

 

À couper le souffle 

 

Des pros du hors-piste

Du hors-piste à Baie-Comeau

 

Une ascension qui tourne mal