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Pour expliquer la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du déneigement, les experts pointent notamment du doigt les conditions de travail difficiles. « On est loin du 9 à 5, rigole Christian Messina. Il faut être disponible 24/7 pendant cinq mois. Il faut être prêt à travailler de jour, de soir, de nuit, parfois de longs quarts de travail. » Photo : Shutterstock

Pour expliquer la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du déneigement, les experts pointent notamment du doigt les conditions de travail difficiles. « On est loin du 9 à 5, rigole Christian Messina. Il faut être disponible 24/7 pendant cinq mois. Il faut être prêt à travailler de jour, de soir, de nuit, parfois de longs quarts de travail. » Photo : Shutterstock

Déneigement : le casse-tête de la main-d’œuvre

Quand il est plus payant d’être sur l’assurance-emploi que de travailler, les opérateurs ne font pas la file pour un poste de déneigeur. Trouver des opérateurs compétents et fiables est tout un casse-tête pour les producteurs qui font du déneigement. Et le plus grand frein à l’embauche, selon les experts, est l’assurance-emploi.

Olivier Dufour

Olivier Dufour

« Pour ceux qui ont un travail en été, par exemple dans le paysagement ou l’agriculture, c’est plus payant de rester sur l’assurance-emploi en hiver que d’aller travailler dans le déneigement », explique le directeur adjoint de l’Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec (APMLQ), Olivier Dufour.

Selon le consultant chez Solusnow, Christian Messina, les déneigeurs se font amputer 50 % de leurs revenus d’assurance-emploi lorsqu’ils travaillent. « Pour un déneigeur qui est payé 35 $/h, ce n’est pas si pire. Par contre, quelqu’un qui est payé 15 $/h tombe en bas du salaire minimum. Ce n’est pas attrayant! »

Pour expliquer la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du déneigement, les experts pointent également du doigt les conditions de travail difficiles. « On est loin du 9 à 5, rigole Christian Messina. Il faut être disponible 24/7 pendant cinq mois. Il faut être prêt à travailler de jour, de soir, de nuit, parfois de longs quarts de travail. » Il n’est pas rare, dit-il, qu’un opérateur fasse 60 h de travail en quelques jours à peine. C’est cet horaire atypique qui, selon lui, rebute le plus les candidats. Les travailleurs plus jeunes, qui ont une famille, s’intéressent rarement à ce genre de poste.

L’effet COVID-19

Si personne n’a encore trouvé la recette miracle pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, la COVID-19 pourrait changer la donne. Avant la pandémie, le taux de chômage oscillait autour de 5 %. Le Québec était en situation de quasi-plein-emploi et les spécialistes s’attendaient à ce que cette situation perdure encore quelques années. En avril, toutefois, le taux de chômage a atteint 17,7 % au Québec, laissant présager la fin de la pénurie de main-d’œuvre.

« Au début, on pensait que ça allait nous aider parce que beaucoup de gens avaient perdu leur emploi. Là, avec la PCU et la reprise de l’économie, ça reste à voir, avance ­Olivier Dufour. Ça change tellement vite que c’est difficile de savoir ça aura l’air de quoi cet hiver. »

La relève manque à l’appel

Étant donné les nombreux défis auxquels elles sont confrontées, plusieurs entreprises en déneigement décident de quitter le navire. Selon M. Dufour, il faudra que les entreprises ­réussissent à être plus rentables pour attirer la relève.

Les agriculteurs pourraient saisir cette opportunité, surtout ceux qui veulent offrir à leurs employés un emploi quatre saisons. « Il faut cependant savoir que les besoins les plus criants sont en ville », explique le directeur adjoint de l’APMLQ.

Il conseille aux producteurs qui souhaitent se lancer dans l’aventure du déneigement de bien analyser les coûts. « Il faut qu’ils chargent le bon prix, sinon leur équipement va finir par leur coûter la peau des fesses et ce ne sera pas rentable. »

Étienne Dupuis, collaboration spéciale


Ce texte est paru dans le cadre de notre dossier sur le déneigement dans l’UtiliTerre, publié en septembre 2020.