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Selon les études, près de 90 % des troupeaux dans les fermes laitières du pays compteraient au moins une vache positive à la leucose bovine. Photo : Lactanet Canada

Selon les études, près de 90 % des troupeaux dans les fermes laitières du pays compteraient au moins une vache positive à la leucose bovine. Photo : Lactanet Canada

Virus de la leucose bovine : Incurable, mais pas insurmontable

Maladie longtemps sous-estimée par les producteurs parce que les vaches étaient expédiées à l’abattoir avant l’apparition des signes cliniques (perte de poids, incapacité à se tenir debout, apparition de tumeurs) reliés à sa présence, le virus de la leucose bovine (VLB) entraîne néanmoins des conséquences économiques importantes qui ne feront que s’aggraver si rien n’est fait pour le contrôler, voire l’éliminer.

« Si tu gardes la même aiguille pour piquer les vaches, c’est 100 % certain que tu vas transmettre la leucose bovine. » – Dr Jean Durocher, coordonnateur de la santé des troupeaux laitiers chez Lactanet

« Si tu gardes la même aiguille pour piquer les vaches, c’est 100 % certain que tu vas transmettre la leucose bovine. » – Dr Jean Durocher, coordonnateur de la santé des troupeaux laitiers chez Lactanet

« Quand une vache attrape le virus, oublie ça! Elle est infectée à vie. Il n’existe pas de vaccin contre cette maladie », explique d’entrée de jeu le DrJean Durocher, coordonnateur de la santé des troupeaux laitiers chez Lactanet et spécialiste du VLB. 

Selon les études, une vache positive au VLB produira au cours de sa vie une lactation de moins qu’une vache négative. « C’est très insidieux comme maladie, poursuit le vétérinaire. Les chiffres varient un peu d’une étude à l’autre, mais en moyenne, on estime que ça va coûter au producteur 500 $ par vache par année. Si tu as un troupeau de 200 vaches dont la moitié a le virus, ça veut dire 50 000 $ de moins dans tes poches. »

La leucose bovine est très répandue dans les fermes laitières; on dit que près de 90 % des troupeaux auraient au moins une vache infectée. « Ce n’est pas une situation unique au Québec. C’est pareil au Canada et c’est probablement pire aux États-Unis parce qu’ils ont de gros troupeaux », estime le Dr Jean Durocher. 

Malgré cette statistique inquiétante, le vétérinaire souligne que bien qu’il ne soit pas facile d’éradiquer le virus de son troupeau, cela s’avère pas mal moins compliqué qu’on pourrait le penser. « Ce ne sont pas des mesures très coûteuses, mais ça prend de la patience parce que c’est un processus qui prend du temps », indique-t-il. 

Le VLB se transmettant principalement par le sang, d’une vache à l’autre, c’est presque toujours le producteur qui agit comme vecteur de transmission. Utiliser la même seringue sur plusieurs vaches pour injecter un antibiotique, c’est la recette gagnante pour propager la maladie dans son troupeau, assure le Dr Durocher. « Prends une goutte de sang et divise-la en 1 000, et cette gouttelette microscopique est suffisante pour transmettre le virus. »

Photo : Archives/TCN

Photo : Archives/TCN

De la rigueur et du temps

La première étape consiste donc à réviser toutes ses pratiques et à identifier celles qui sont à risque. « Ça veut dire de changer de seringue à chaque utilisation. C’est d’exiger que le pareur d’onglons nettoie ses outils entre chaque animal. La même chose quand on pose les tags sur les vaches. Ce ne sont pas des mesures très coûteuses, mais il faut être très rigoureux dans leur application et s’assurer que tout le monde les respecte : toi-même, ton employé ou ton père qui vient t’aider les fins de semaine. »

Cette pratique établie, c’est le temps qui fera ensuite le travail. « On connaît le roulement d’un troupeau. Généralement, les vaches vont faire trois, quatre ou cinq lactations et puis vont partir. Au bout de quelques années, celles qui sont positives seront éventuellement remplacées par des vaches négatives qui le resteront parce que j’aurai continué à respecter mon plan de match », poursuit le vétérinaire. 

Le Dr Durocher souligne que cette stratégie générale doit être couplée avec une stratégie adaptée pour chaque producteur. « Un éleveur qui fait de la génétique, c’est tolérance zéro pour lui, et il va privilégier une approche agressive pour éliminer le virus. Tandis que pour un éleveur commercial qui a 2 % ou 3 % de vaches infectées, c’est négligeable et il va vivre avec ses cas positifs jusqu’à ce qu’elles quittent le troupeau. »

Le vétérinaire souligne enfin que l’autre grand facteur de risque à surveiller pour la transmission du VLB est la présence d’un taureau à l’intérieur de l’étable. « Si tu gardes la même aiguille pour piquer les vaches, c’est 100 % certain que tu vas transmettre la leucose bovine. Avec le taureau, le risque diminue, mais il y a une chance sur deux qu’il infecte une vache quand il va la saillir ou bien qu’il soit lui-même contaminé », conclut-il.


Les impacts du VLB

• Réduction de la fonction immunitaire;

• Réduction de la production de lait totale à vie et de la longévité;

• Condamnation de la carcasse lors de l’abattage;

• Réduction de l’efficacité de la reproduction.


Cet article a été publié dans notre cahier spécial La prévention au coeur de la santé animale paru le 16 novembre 2022.