Olivier Barmettler, Félix Ostiguy et Valérie Gemme aux côtés du drone de la ferme. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantGRANBY – Une belle histoire commence à s’écrire à Granby, en Estrie, où une mère, Valérie Gemme, change de carrière et retourne au métier de son enfance, l’agriculture, en lançant, avec son fils, sa propre ferme axée sur la production de pommes de terre.
Celle qui était copropriétaire d’un commerce de détail en avait assez du service à la clientèle et de la gestion des employés. « J’ai eu envie de revenir aux sources, dit Mme Gemme. Félix et moi, on s’est toujours très bien entendus. Il aime l’agriculture depuis qu’il est jeune. Moi aussi. Je lui ai dit que ça me tentait de racheter la machinerie de mon frère et partir ma propre production de pommes de terre. Félix m’a dit : »Parfait, on le fait. On se lance! » Et c’est comme ça que nous avons commencé notre première saison l’an dernier », raconte l’agricultrice, qui avait déjà travaillé à la ferme de ses parents à Saint-Marc-sur-Richelieu, en Montérégie, jusqu’à 22 ans. « Mes parents cultivaient des pommes de terre et je faisais un peu de tout : le sarclage, les arrosages, etc. Mon grand-père aussi était un producteur maraîcher. Alors Félix et moi sommes la relève de la 3e et la 4e génération. »
Aujourd’hui, à l’âge de 37 ans, elle amorce sa deuxième saison de culture aux commandes de sa propre ferme, nommée Valwood. Ce nom évoque le début de son prénom ainsi que le deuxième volet de son plan d’affaires, qui comprend la production de bois de camping pendant la saison morte.
Le plan
Le principal volet de son modèle d’affaires demeure évidemment la production de pommes de terre. Celle-ci s’étend présentement sur 73 hectares (ha), une superficie que Valérie Gemme voudrait accroître à 120 ha. Dans ses perspectives à long terme, elle aimerait atteindre des superficies totales de 360 ha, dont 240 en soya et en maïs-grain pour compléter ses rotations de cultures.
Pour l’instant, elle garde les pieds sur terre et demeure fidèle à sa stratégie de démarrage, qui lui impose de minimiser les coûts. « J’ai acheté deux tracteurs usagés et ma mère m’en prête un autre. J’ai tout acheté usagé : les sarcleurs, le planteur, les machines pour arracher les patates et les trier. Mais je n’ai pas acheté de terre; je n’en ai pas les moyens. C’est tout en location. Je n’ai pas non plus d’entrepôt pour les pommes de terre. Je me suis pris des contrats avec un acheteur pour vendre vert [sans entreposage chez elle]. Ça m’évite de payer pour un bâtiment, l’électricité, les assurances », énumère-t-elle.

L’autre élément important du plan consiste à miser sur les forces de l’équipe qu’elle compose avec son fils. La mère s’occupe principalement de l’aspect agronomique et de la gestion, tandis que le fils voit aux opérations et à la technologie.
L’idée d’acheter un drone de grande taille pour appliquer l’engrais foliaire vient justement de Félix Ostiguy.
Mon gars, c’est un passionné de technologie, donc je lui ai dit go pour le drone! On l’aime vraiment. Ça fait du beau travail au champ. Félix envisage de faire un peu de forfait, pour le rentabiliser, auprès des autres agriculteurs de la région.

Deuxième année
Le duo mère-fils regarde l’avenir avec optimisme. « La première année fut stressante. Par exemple, je posais des questions sur la fertilisation à différentes personnes, dont mon agronome, et personne n’avait la même version. Il faut que tu fasses ton propre choix. J’ai trouvé ça stressant, mais tout a bien été », confie Mme Gemme.
Le début de la présente saison n’a rien eu pour l’aider. Les interminables journées pluvieuses ont joué sur ses nerfs lors des semis. « L’expérience, ça va rentrer tranquillement », s’encourage-t-elle.
Fertilisation foliaire par drone
Lors du passage de La Terre, le 3 juillet, le drone de la Ferme Valwood survolait les plants de pommes de terre dans un spectacle assez impressionnant. Ceux qui ont en tête qu’il s’agit d’un jouet devront se raviser : il mesure près de trois mètres et les hélices créent un vortex au décollage semblable à celui d’un hélicoptère.
Félix Ostiguy applique son engrais foliaire selon un rythme d’environ 10 ha à l’heure à un taux de 15 à 20 litres/ha. « C’est quand même très bien. Je faisais pas mal ça avant avec mon arroseuse de 60 pieds [18 mètres]. Le drone nous permet de sauver sur le diesel qu’on mettait dans nos tracteurs. L’avantage est aussi l’absence de compaction et le fait qu’on peut rentrer dans le champ avec le drone même après une bonne pluie quand nos tracteurs n’auraient pas pu rentrer », observe-t-il.

Des tests ont été effectués afin de valider la qualité de la pulvérisation, et Félix affirme que l’effet de vent causé par les hélices crée une application uniforme sur tout le feuillage. « Pour ça, c’est super aussi », argue-t-il.

La batterie du drone a une autonomie d’environ 10 minutes et prend 10 minutes pour être rechargée. Le changement de batterie se fait en une minute et demie, indique l’agriculteur, qui s’est vite acclimaté au pilotage du drone. « Tout se fait par GPS. Il se fait sa trajectoire et part dans le champ tout seul pour faire ses rangées », explique Félix.
