Le système GESTAL Quattro Opti installé dans la ferme Aldo à Saint-Lambert-de-Lauzon, propriété des frères Lefebvre, qui sert aussi de laboratoire de recherche pour Jyga Technologies. Photo :Gracieuseté de Jyga Technologies
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S'abonner maintenantChez Jyga Technologies, la nutrition de précision entre dans une nouvelle phase. L’entreprise beauceronne veut pousser plus loin les capacités de son système d’alimentation pour les porcs, grâce à une utilisation plus avancée de l’intelligence artificielle (IA). L’objectif : ajuster avec encore plusde finesse l’alimentation des truies.
Pour relever ce défi, Jyga Technologies s’est associée au Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), qui apporte une expertise spécialisée en intelligence artificielle et en analyse de données. « On avait déjà énormément de données, mais il nous manquait les outils pour les exploiter à leur plein potentiel », souligne Alain Lefebvre, président de l’entreprise de Saint-Lambert-de-Lauzon.
Ce projet d’innovation, évalué à plus de 880 000 $, a reçu une subvention gouvernementale d’environ 264 000 $ dans le cadre d’un appel à projets en agritechnologies.

Une expertise née sur le terrain
Ce n’est pas d’hier que Jyga se spécialise dans la nutrition de précision. Producteur porcin lui-même, Alain Lefebvre a expérimenté dès les années 1990 une alimentation ajustée, truie par truie, avec des résultats marquants. « En l’espace d’un an, on est passé de 20 à 22 porcelets par truie simplement en contrôlant mieux l’alimentation en lactation », raconte-t-il.
Jyga commercialise des systèmes d’alimentation automatisés pour les truies en gestation libre et en lactation, de même que pour les porcs en engraissement. Ses systèmes Gestal, vendus dans une quarantaine de pays, permettent de mélanger les aliments et de distribuer précisément ce dont les animaux ont besoin plutôt que de se fier à des moyennes comme le veut la pratique traditionnelle.
Dans les faits, certaines truies mangent plus que d’autres. Même si une ration est bien formulée, elle devient inadéquate si l’animal ne la consomme pas au complet. D’où les pertes de rendement pour la ferme.
Une demande portée par les résultats
Selon Alain Lefebvre, les producteurs s’intéressent de plus en plus à la nutrition de précision parce que ces outils livrent des résultats concrets et rapidement mesurables à la ferme. « Nos systèmes fournissent une grande quantité de données. Par exemple, un vétérinaire peut suivre la consommation par enclos et détecter rapidement des anomalies de comportement alimentaire, ce qui améliore la gestion sanitaire et la performance globale de l’élevage », explique-t-il.
Amélioration continue
Le projet d’innovation mené avec le CRIM est toujours en cours, des tests étant menés dans des conditions réelles d’utilisation. Ces travaux mèneront au déploiement d’une nouvelle génération de systèmes d’alimentation, attendue vers la fin de 2026. « On a toujours amélioré nos outils en fonction de ce que le terrain nous apprend », souligne Alain Lefebvre.
Selon lui, la demande pour la nutrition de précision est appelée à s’accentuer. « Ce n’est pas une mode. C’est une réponse très concrète aux réalités économiques des producteurs », dit-il.
Trouw Nutrition : des rations bien formulées
À la ferme, une ration peut être bien formulée… et pourtant mal appliquée. Variations dans le mélange, erreurs humaines : autant de détails qui finissent par affecter la performance du troupeau. Pour réduire ces écarts, Trouw Nutrition a développé le programme Newton, un outil de formulation des rations pour vaches laitières.

« Il est capable d’équilibrer plus de dix acides aminés, ainsi que l’énergie et les différentes fractions de nutriments », explique Anne-Marie Raîche, directrice des services techniques ruminants, dans l’est du Canada chez Trouw Nutrition.
Pour le producteur, le fonctionnement est simple : il fournit les données de base de sa ferme – fourrages, matières sèches, groupes d’animaux, niveaux de production – et le système élabore la formulation la plus performante au moindre coût.
Une application mobile, CNL branché, permet de transmettre directement les instructions de mélange aux employés. Cela réduit les oublis, limite les variations d’une journée à l’autre et facilite le travail lorsque plusieurs personnes se relaient pour nourrir les animaux.
Sur le terrain, cette approche se traduit par une meilleure stabilité du troupeau. Certains ajustements nutritionnels permettent d’améliorer la digestibilité d’environ 2,5 %, ce qui contribue à une production plus régulière et à une meilleure valorisation des fourrages, selon Mme Raîche. Le tout, sans exiger d’investissements majeurs en équipements, puisque les outils s’intègrent aux pratiques existantes.
Newton est adopté par environ une centaine de représentants laitiers à travers les bannières Shur-Gain, Meunerie Hébert, Lactech et Meuneries Mondou. Une mise à jour du système, basée sur les données du National Academy of Medicine, sera déployée à partir du printemps 2026, souligne Anne-Marie Saint-Germain, directrice des communications.
Pour le secteur porcin, Trouw Nutrition utilise un système distinct appelé Watson. Structuré autour des trois phases de production – maternité, porcelet et engraissement – il intègre des mesures liées à la régie de même qu’un volet environnemental permettant de calculer l’empreinte carbone à la ferme.
Jefo Nutrition : une approche plus ciblée

Chez Jefo Nutrition, la nutrition de précision passe d’abord et avant tout par une intervention ciblée dans le système digestif de l’animal. Son approche repose sur la technologie Jefo Matrix, un procédé de microencapsulation qui protège certains ingrédients sensibles afin qu’ils ne se dégradent pas trop tôt durant la digestion.
« Cela permet de libérer les nutriments là où leur absorption est la plus efficace », explique Émilie Fontaine, vice-présidente de la marque et des produits chez Jefo. Certains nutriments sont mieux assimilés au début, au milieu ou à la fin de l’intestin, et la technologie permet d’en tenir compte. » Résultat : une utilisation plus efficace de chaque gramme d’aliment.
Pour le producteur, l’intégration est simple. Les solutions de Jefo s’ajoutent directement à l’aliment ou au prémélange, sans modifier les équipements ni la régie quotidienne. « On travaille en amont avec les meuneries et les fabricants d’aliments. À la ferme, il n’y a pas d’étape supplémentaire à gérer », précise Marisa Gattuso, directrice principale recherche et développement et services de laboratoire.

La technologie Jefo Matrix s’applique à une grande variété de productions animales. Elle est utilisée aussi bien chez les ruminants que dans les élevages de volaille, de porc et même dans d’autres segments plus spécialisés (aquaculture, lapins, chevaux, etc.).
La technologie est adaptée en fonction de la physiologie propre à chaque espèce.
Fondée en 1982, l’entreprise de Saint-Hyacinthe est aujourd’hui présente dans une soixantaine de pays. Les activités de recherche et développement sont toutefois menées au Québec. Jefo vient d’ailleurs de se doter d’un département de l’innovation afin d’accélérer le développement de solutions en nutrition de précision.