Selon l’agronome Cyndelle Gagnon, l’un des avantages les plus tangibles de la géomatique réside dans la planification de l’infrastructure. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantDans les coulisses de la production acéricole québécoise, une transformation technologique est en marche. Des cartes interactives aux images satellites, en passant par les logiciels de systèmes d’information géographique (SIG), la géomatique offre aux producteurs de sirop d’érable des outils concrets pour mieux gérer, planifier et optimiser leurs exploitations.
Un outil convivial
Définie comme la rencontre de la géographie et de l’informatique, la géomatique n’est plus l’apanage des experts. Selon Cyndelle Gagnon, ses applications dans les érablières couvrent un large spectre d’utilisateurs.
« Avec la géomatique, c’est possible de produire des cartes des tubulures existantes et des collecteurs avec son téléphone intelligent ou un GPS », explique la conseillère en acériculture et en aménagement du territoire.
Ces cartes ne sont pas de simples illustrations. Elles peuvent devenir de véritables bases de données vivantes. La scientifique précise qu’il est possible d’y intégrer les dates d’installation des différentes sections de tubulures, l’historique des rendements, les taux de fuites ou encore les secteurs entaillés et par qui ils ont été entaillés.

de leur érablière sur une carte. Photo : Archives/TCN
On peut mettre toutes ces données de production dans une base de données liée à la carte. Plus on multiplie les entailles, plus on multiplie les secteurs en exploitation, plus il y a de données.
Une évolution parallèle à l’acériculture
L’histoire de la géomatique dans les érablières suit de près celle de la modernisation du secteur. « Dans les 50 dernières années, l’acériculture a énormément évolué, rappelle l’agronome. On parle de l’apparition des tubulures, du vacuum, des concentrateurs plus performants. La géomatique a suivi un rythme similaire. »
L’intérêt pour ces outils est aussi né d’échanges entre disciplines. En discutant avec des ingénieurs forestiers, Cyndelle Gagnon a réalisé à quel point la géomatique est ancrée dans leur formation, contrairement à celle des agronomes. « Les outils géomatiques qui existaient étaient beaucoup orientés vers la foresterie », confirme-t-elle. Mais, les données produites par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec, notamment l’inventaire des peuplements écoforestiers, se sont révélées tout aussi utiles pour le secteur acéricole.
Enjeu stratégique
Dans un contexte où les exploitations acéricoles sont de plus en plus grandes et de plus en plus équipées, la gestion des données devient un enjeu stratégique.
« Les acériculteurs ne sont plus seulement des gens qui entaillent et qui bout, soulève l’agronome. Ce sont de plus en plus des gestionnaires. Donc, ils veulent connaître leur rendement et savoir si leur performance s’améliore. »

La géomatique répond à ce besoin. Plutôt que de se perdre dans des tableaux de chiffres, les producteurs peuvent visualiser les performances de chaque secteur de leur érablière sur une carte. « On est capable d’interroger le logiciel de géomatique pour qu’il sorte la section de tubulures qui doit être changée, apporte comme exemple Mme Gagnon pour expliquer l’utilité de cet outil. Il la surligne. Donc, on la voit d’un seul coup d’œil. »
Planification, économies et décisions éclairées
L’un des avantages les plus tangibles de la géomatique réside dans la planification de l’infrastructure. En superposant les courbes de niveau et les modèles numériques de terrain, les producteurs peuvent anticiper où passer la tubulure, où installer les stations de pompage et comment tirer parti des pentes naturelles pour réduire les coûts.
« Si le réseau de tubulures est bien monté, on va envoyer le plus d’eau d’érable possible au même endroit en s’aidant de la pente, note l’agronome. Donc, si on peut éviter d’installer une station de pompage, ce sont plusieurs milliers de dollars de sauvés. »
La géomatique intervient aussi dans l’évaluation du potentiel d’une érablière lors d’une acquisition ou d’un projet d’expansion. En consultant les cartes écoforestières publiques, un acériculteur peut obtenir une première lecture du territoire, sans même se déplacer sur le terrain : type de peuplement, diamètre des arbres, âge estimé.
Détecter, surveiller, anticiper
La géomatique s’avère aussi prometteuse pour la surveillance des forêts acéricoles à grande échelle. Grâce aux données LiDAR et aux indices de réflexion lumineuse comme le NDVI, il devient possible de détecter des variations dans le couvert végétal susceptibles de signaler une défoliation, un stress hydrique ou les effets d’insectes ravageurs.
Encore peu exploitées par les acériculteurs, ces possibilités ouvrent des perspectives importantes face aux défis posés par les changements climatiques.
Un outil accessible
Le coût d’entrée reste faible. La plupart des outils de base, soient téléphone intelligent, ordinateur, logiciels SIG gratuits, sont déjà dans les mains des producteurs. Les données du gouvernement du Québec sont accessibles gratuitement sur des plateformes comme Données Québec.
« Il y a vraiment moyen, avec ce qu’on a déjà, de faire beaucoup de choses en géomatique, reconnaît la conseillère en acériculture. Ce n’est pas une question de coûts monétaires. C’est beaucoup une question de coûts en énergie et en temps parce que, comme tout outil, il faut apprendre à l’utiliser! »
Pour ceux qui veulent se lancer, plusieurs ressources existent : le Réseau Agriconseils, les Collectifs régionaux en formation agricole et le programme AgroPerformance du MAPAQ.
L’engouement est encourageant. « C’est plaisant de voir qu’il y a beaucoup de curiosité », indique Cyndelle Gagnon. Quel est le message destiné aux acériculteurs qui hésitent encore? « La géomatique fait partie des choses à mettre dans son coffre à outils d’acériculteur », répond-elle, en ajoutant qu’il s’agit certes d’un investissement en temps et en apprentissage, mais qui se révèle rapidement payant.