Bien que la technologie de production verticale en conteneurs développée par La Boîte Maraîchère ait été dans la mire de la NASA et du Brésil, l’entreprise a cessé ses activités en mai 2025. Photo : Facebook / LBM Agtech
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S'abonner maintenantAprès 10 ans d’activités, une autre pionnière de l’agriculture urbaine au Québec a mis la clé sous la porte. La Boîte Maraîchère et ses filières, dont la technologie de production verticale de laitues et de fines herbes s’est rendue jusqu’au Brésil et à la NASA, ont été dissoutes en raison de difficultés financières en août. Un nouvel entrepreneur compte toutefois donner un nouveau souffle à cette technologie.

La Boîte Maraîchère avait pourtant le vent dans les voiles. Son système de production de laitues et de fines herbes hydroponique en conteneurs – qui permettait, grâce à un système de filtration en huit étapes, de ne pas avoir recours à des pesticides, de ne pas rejeter de nutriments chimiques et de recycler l’eau à 96 % – a fait ses preuves dans ses installations de Laval. En 2019, l’entreprise était approchée par la NASA, et elle signait un partenariat avec une entreprise spécialisée dans des services de traiteur au Brésil. Cela n’a pas empêché la cessation des activités de La Boîte Maraîchère, en mai 2025. Les deux co-fondateurs et dirigeants, Richard Giunta et Julien Loiseau, se sont personnellement mis sous la protection de leurs créanciers respectifs. Le syndic responsable des deux dossiers chez Roy Métivier Roberge, Benoit Lefebvre, a cependant précisé que l’entreprise n’avait pas fait faillite.
Coulées par la distribution
En entrevue avec La Terre, l’ancien président Richard Giunta a fait valoir que c’est le volet de la distribution qui a mené l’entreprise et ses filières à sa perte.
Il y a quatre ans, la vente d’un concept clé en main s’est ajoutée aux activités de l’entreprise de Laval après que les dirigeants aient décidé de restreindre leur marché au Québec. Des complexes de production en conteneurs et en bâtiments fermés ont été vendus à des producteurs agricoles de Cap-Santé dans la région de la Capitale-Nationale, de Montmagny, dans Chaudière-Appalaches, et, jusqu’à tout récemment encore, à des producteurs de Sainte-Hélène-de-Bagot, en Montérégie, et de Louiseville, en Mauricie. Ces partenaires devenaient propriétaires du complexe (incluant les conteneurs et le matériel), et l’entreprise mère assurait la mise en marché de la production des cinq sites par l’entremise d’un contrat d’approvisionnement chez Sobeys.
On a eu quand même certaines complications au niveau de la distribution parce que j’avais des producteurs, justement, qui ne fournissaient pas en termes de [volumes]. Je perdais des clients; il fallait constamment que je les ramène. Mes partenaires et moi, on a investi pendant trois ans pour cette distribution-là. On n’a jamais été capables de remonter à notre pic d’il y a trois étés. En fait, j’ai manqué de fonds, donc il a fallu que je ferme.
Il explique que les fermes partenaires ont eu des défis de biosécurité, mais également que le client n’avait pas toujours la patience, lorsque l’une d’elles démarrait la production pour la première fois, d’attendre que les producteurs se fassent la main pour offrir un produit de bon calibre avant de donner la place en magasin à un compétiteur.
De plus, le complexe de Laval, où la technologie a été développée, n’a jamais atteint sa pleine capacité de production. « Laval avait une construction qui est un petit peu… je l’appelle tout le temps notre Frankenstein parce qu’il y a la techno 1.0, 2.0 et 3.0 qui est mélangée là-bas. Ce qu’il faut comprendre, c’est que pour avoir un bon environnement contrôlé, on contrôle sur 40 pieds. Là-bas, c’était sur 80 pieds. Donc, la gestion de la climatisation, l’ergonomie de travail, etc., n’étaient pas là. C’est toutes des choses qui ont été modifiées pour tous ceux qui ont suivi. Vous comprenez, si moi, j’ai besoin de six conteneurs de production pour break even, puis que j’en ai juste quatre et demi qui fonctionnent, c’est sûr qu’à un moment donné, je vais manquer de fuel », a-t-il souligné.
Selon lui, la technologie a fait ses preuves, car bien que le complexe de Laval ait cessé ses activités, ceux de Cap-Santé, Sainte-Hélène-de-Bagot et Louiseville sont florissants. « Ces trois entités-là, qui travaillent pour produire de belles denrées, elles ont du succès », a soutenu l’ancien président en ajoutant qu’elles se sont trouvées d’autres marchés où vendre leurs produits. La copropriétaire du complexe de Montmagny, Gabrielle Roy, a indiqué à La Terre avoir temporairement interrompu la production en juillet après avoir appris la fermeture de l’entreprise mère. « On réfléchit », a mentionné cette dernière.
Un nouveau souffle à la technologie
La technologie de production de La Boîte Maraîchère développée au cours des 10 dernières années ne sombrera pas dans l’oubli. En effet, un ancien client potentiel de Richard Giunta, l’entrepreneur Marc Jomphe, qui est également un ancien éleveur de moutons, compte s’inspirer de cette technologie pour ajouter la vente de complexes de production verticale aux activités de son entreprise immobilière.
Il prévoit développer, au Québec, une pratique existante dans d’autres pays : la production verticale de foin d’orge en conteneur ou en bâtiment fermé. « Le foin serait ultra stable en qualité, à 17 % de protéines, et ça évitera les fluctuations de qualité des fourrages extérieurs », dit-il. Des complexes de production seront installés prochainement dans certaines fermes afin de développer le concept, d’évaluer les rendements possibles et la rentabilité de la méthode de production. Des ententes de démarrage ont déjà été signées.
En attendant, il a entrepris des démarches afin de vendre un complexe de production de laitues et de fines herbes à la baie James afin d’approvisionner les communautés locales. Ces dernières compareront différents systèmes de production verticale afin de sélectionner celui qui répondra le plus adéquatement à leurs besoins.
L’homme se dit également ouvert à poursuivre le travail avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne s’il y a des besoins.