Au printemps 2024, la mise en service des nouvelles installations a occasionné des défis de logistique, d'agronomie et de ressources humaines. Photo : Myriam Laplante El Haïli/Archives TCN
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S'abonner maintenantAux prises avec des difficultés financières, le chef de file mondial en production de fraises en bâtiment fermé, Ferme d’Hiver, est à vendre depuis l’automne. La Terre a appris que des négociations sont en cours avec Gush, une ferme verticale construite dans une ancienne usine de textile montréalaise.
Selon l’ancien chef de culture intelligente de Ferme d’Hiver, l’agronome Kachif Riaz, l’entreprise n’a jamais atteint la rentabilité. « On n’a jamais démarré la première année de production à plein régime, donc le gap entre les dépenses et l’entrée d’argent s’est élargi, élargi, élargi », dit celui qui n’entretient aucune rancœur envers l’employeur qui l’a remercié en mai 2024.

L’entreprise de Vaudreuil-Dorion, en Montérégie, dans laquelle différents ministères et Investissement Québec ont investi, a aussi été confrontée à des problèmes d’ordre phytosanitaires dans les salles de production au cours de la dernière année. « L’erreur qu’on a faite, c’est d’essayer de produire pendant qu’on était en pleine construction », souligne Yves Daoust, fondateur et chef des technologies chez Ferme d’Hiver.
Ç’a été problématique dans la mesure où on a nécessairement une exposition plus grande aux problèmes, parce que les électriciens, les plombiers, tout le monde rentre et sort et il n’y avait aucune façon de se protéger.
M. Daoust évoque également des problèmes liés directement à la construction, entre autres des débordements dans des tuyaux qui ont contaminé les salles de production au moment où les fossés étaient creusés. Résultat : la production d’au moins deux salles a été perdue.
L’utilisation de plants contaminés a aussi été problématique. L’expert en lutte intégrée Luc Brodeur explique que si la production intérieure est optimale pour le développement des fraises, elle l’est également pour le développement des maladies et des ravageurs. « C’est difficile de produire si tu ne rentres pas des plants parfaitement sains, et la difficulté de produire à l’intérieur, c’est d’introduire des plants qui sont exempts des problèmes qui vont se multiplier à l’intérieur », fait-il valoir, en ajoutant que sans utiliser de pesticides, comme le fait Ferme d’Hiver, les moyens de lutte biologiques sont limités.
Une mise en service difficile
Bien que la construction se soit terminée au printemps 2024 dans le temps et le budget prévu, la mise en service des nouvelles installations a été difficile en ce qui a trait aux infrastructures, à l’agronomie et aux ressources humaines, indique son fondateur.
En août, Ferme d’Hiver a rencontré ses principaux créanciers, soit Financement agricole Canada, La Financière agricole du Québec, Desjardins et Investissement Québec. L’avocat qui représente l’entreprise, Daniel Roussin, précise qu’elle ne s’est pas placée à l’abri de ses créanciers. Il a plutôt été décidé de vendre. Les activités de la ferme ont été réduites au minimum le mois suivant afin d’assurer sa pérennité en attendant la venue d’acheteurs.
La production a alors été limitée à deux salles sur huit (d’une capacité de plus de 60 000 plants chacune), les contrats d’une cinquantaine de travailleurs étrangers temporaires n’ont pas été renouvelés et l’équipe permanente, qui a déjà atteint 35 personnes par le passé, a été réduite à 12 employés.
Nouveau départ
Malgré tout, le fondateur de l’entreprise reste optimiste. « On devrait faire de belles annonces [prochainement] pour sécuriser l’approvisionnement de nos plants », dit Yves Daoust.
Depuis les quatre derniers mois, tous les problèmes de contamination des salles de production ont été réglés, assure-t-il. Et depuis Noël, l’équipe de Ferme d’Hiver s’affaire à relancer la prochaine saison de production avec de nouveaux partenaires financiers qui ont répondu à l’appel. « L’important, c’est que Ferme d’Hiver poursuive sa mission et continue à développer une solution d’agriculture en environnement contrôlé permettant d’assurer un approvisionnement de fraises sans pesticides », conclut-il.

| Dates à retenir | |
|---|---|
| 2018 | Fondation de l’entreprise |
| Décembre 2022 | Conférence de presse lors de laquelle le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, annonce l’octroi d’une somme de 32 M$ pour soutenir l’expansion des installations de Vaudreuil-Dorion et la mise en place d’une vitrine technologique. |
| Printemps 2024 | Fin des travaux de construction dans le temps et le budget prévu. Huit salles de production, pouvant contenir 60 000 plants chacune, sont désormais disponibles. La mise en service des nouvelles installations est toutefois difficile en ce qui a trait aux infrastructures, à l’agronomie et aux ressources humaines. |
| Août 2024 | Rencontre avec les principaux créanciers, soit Financement agricole Canada, La Financière agricole du Québec, Desjardins et Investissement Québec, qui mène à la mise en vente. |
Gush intéressée
La Terre a appris que la ferme verticale montréalaise Gush, appartenant à Ophelia Sarakinis et Phillip Rausembaum, cherche à prendre de l’expansion et voit l’acquisition de Ferme d’Hiver comme une façon d’y parvenir.
Depuis décembre 2023, Gush produit verticalement 1 000 kg de fraises par mois de 30 variétés différentes sur une superficie de 8 000 pi2, et ce, douze mois par année (voir autre texte en page A16).
« Ça fait longtemps que je connais Ophelia. On n’est pas [nombreux] dans Montréal; on est deux. Ce sont des biologistes et des jeunes dynamiques. Clairement, ce sont des gens avec lesquels on aimerait beaucoup travailler, mais il n’y a pas juste eux qui ont un intérêt », précise le fondateur de Ferme d’Hiver, Yves Daoust.
Il assure que plusieurs démontrent aussi de l’intérêt pour les importantes innovations technologiques de production faisant appel à l’intelligence artificielle développées dans l’exploitation de Vaudreuil-Dorion, en Montérégie.