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S'abonner maintenantEn avril 2013, une nouvelle maladie porcine apparue aux États-Unis cause beaucoup d’inquiétude. On l’appelle la diarrhée épidémique porcine (DEP) puisque la diarrhée prédomine les signes cliniques manifestés. La maladie peut affecter les animaux de tous âges, mais particulièrement les porcelets sous les mères en causant entre 50 et 100 % de mortalités.
L’impact est moins important chez les porcs en pouponnière ou engraissement alors que la mortalité varie de 1 à 5%. L’inquiétude que cette maladie puisse se répandre jusqu’ici par le transport de porcs vers les États-Unis se propage alors dans le secteur porcin québécois puisque la province y expédie alors au moins 50% de ses truies de réforme.
En parallèle, le coordonnateur du plan de mesures d’urgence du secteur porcin québécois, qui est en développement depuis 2009, prépare l’assemblée annuelle de fondation de l’Équipe québécoise de santé porcine (EQSP) qui doit avoir lieu le 25 juin. Les fondateurs de l’EQSP sont Les Éleveurs de porcs du Québec, les abattoirs signataires de la Convention de mise en marché des porcs du Québec et l’Association des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC).
Lors de cette rencontre, un état de situation sur la DEP est présenté et les administrateurs conviennent que l’EQSP doit assumer un rôle de leader face à cette menace et mandate le coordonnateur et un comité vétérinaire de développer une stratégie d’intervention visant à prévenir l’introduction de la DEP dans le cheptel porcin québécois et un plan d’action afin d’être en mesure de contrer toute éclosion de la maladie.
Un plan d’action en amont
Une course contre la montre s’amorce alors avec plusieurs initiatives de front. Le Centre de développement du porc (CDPQ) initie une analyse des principaux risques d’introduction de la maladie afin de cibler les interventions alors que l’EQSP entreprend les travaux avec son comité vétérinaire sur un plan de contrôle. Dans le secteur, les espoirs de pouvoir contrôler cette maladie ne sont pas très élevés et les paris sont ouverts sur l’échéance de l’introduction de ce nouveau virus dans le cheptel québécois et sa vitesse de propagation à l’ensemble de la province.
Le premier cas au Canada est déclaré en Ontario le 22 janvier 2014 et au 22 mars de la même année, un total de 38 troupeaux avait été infecté dont 24 sites de maternité. Un lot de plasma sanguin ajouté à la moulée pour porcelets afin d’améliorer l’immunité est trouvé positif et serait en partie en cause dans cette éclosion, ce qui soulève un nouveau moyen de propagation potentiel. Le 23 janvier, l’EQSP informe les partenaires du secteur de la détection du virus sur un quai d’abattoir au Québec et le 27 janvier, l’EQSP demande à tous ses membres abattoirs de réaliser des tests environnementaux pour voir si le virus circule aussi dans leurs installations. C’est finalement le 19 février 2014 qu’un premier cas de DEP est déclaré dans un engraissement. Le plan d’action de l’EQSP est maintenant prêt et peut donc être déployé. Ce plan comprend des mesures d’autoquarantaine et de biosécurité rehaussée à plusieurs niveaux. Le site regagnera son statut positif quelques semaines plus tard. Première victoire!

Dans les mois qui suivront, l’EQSP mènera de front plusieurs activités de prévention et le CDPQ dirigera des activités d’amélioration de la biosécurité chez les transporteurs, les centres de rassemblement de porcs et les abattoirs. L’EQSP émettra les recommandations suivantes visant à minimiser les risques d’introduction et de propagation du virus de la DEP :
- Fiche de biosécurité sur la DEP à l’intention des éleveurs;
- Tests environnementaux sur tous les quais de déchargement d’abattoirs et centres de rassemblement avec suivi sur résultats positifs;
- Éviter les ingrédients protéiques de source porcine dans l’alimentation des porcs et faire des tests sur les aliments pour porc le cas échéant;
- Précautions sur achats de grains de zones géographiques infectées et sur l’utilisation de plasma porcin et bovin;
- Tests sur achats de porcs de régions infectées;
- Précautions sur l’a réutilisation de sacs flexibles en agriculture car le département américain de l’agriculture a suspecté l’introduction du virus aux États-Unis par l’importation d’ingrédients en alimentation animale en provenance de la Chine dans ce type de sac.
L’EQSP produira aussi un document de référence sur les désinfectants efficaces contre le virus de la DEP.
Le Québec a connu son deuxième cas de DEP le 6 novembre 2014, puis 14 cas s’ensuivent en 2015. L’inquiétude est alors en hausse, mais tous ces cas sont éventuellement éradiqués. Une autre preuve que la stratégie fonctionne. Par la suite, il y a eu 2 cas en 2019, 9 cas en 2020, 2 cas en 2021, un en 2022 et un en 2025. Le Québec a fait face à seulement 31 sites infectés à ce jour dont une seule maternité en 2015. La province se trouve donc dans une situation très enviable comparativement à d’autres provinces canadiennes (voir graphique : DEP : État de la situation au Canada).
Le succès de la stratégie volontaire de prévention et de contrôle de la DEP au Québec repose sur plusieurs facteurs. Ces facteurs comprennent la déclaration volontaire des producteurs, une stratégie de prévention et de contrôle minutieusement préparée dont une stratégie de tests environnementaux encore en vigueur à ce jour, des communications fréquentes et transparentes à l’ensemble des partenaires, une aide financière dans le cadre d’un fonds d’urgence mis en place par La Financière agricole du Québec (FADQ) et la collaboration concertée de tous les principaux acteurs du secteur.
Depuis 2013, cette stratégie a vraisemblablement fait économiser quelques dizaines de millions de dollars au secteur si on analyse la situation face à d’autres régions touchées par la maladie.