Machinerie 16 juin 2025

Un robot récolteur d’asperges ontarien en visite au Québec

SAINT-LIGUORI – Un groupe de curieux rassemblés dans un champ des Fermes horticoles LMR, dans Lanaudière, suit un engin sur roues qui longe un rang d’asperges de façon autonome. Le bras robotisé dont il est muni empoigne les tiges, les coupe, puis les met sur un convoyeur qui les transporte vers l’arrière de l’appareil, avant qu’elles tombent dans un bac.

« Il y a encore du travail à faire, mais il y a un potentiel », constate le producteur maraîcher Stéphane Roy. Un prototype propulsé à l’électricité, qui récolte des asperges sans intervention humaine, grâce à l’intelligence artificielle, a fait l’objet d’une démonstration à sa ferme maraîchère de Saint-Liguori, le 10 juin. Les développeurs ontariens, Harvest Corp Technologies et Triton Innovation, achèvent l’assemblage d’une version améliorée et commercialisable de leur outil robotisé. Une ferme de l’Ontario en aurait déjà acheté un en précommande.

« Je trouve ça le fun que ce soient des gens du Canada qui développent ça », ajoute le producteur.

Le bras robotisé empoigne les tiges, les coupe, puis les met sur un convoyeur qui les transporte vers l’arrière de l’appareil, avant de les déposer dans un bac.
Le bras robotisé empoigne les tiges, les coupe, puis les met sur un convoyeur qui les transporte vers l’arrière de l’appareil, avant de les déposer dans un bac.

400 000 $ pour quatre bras 

Steve Spanjers
Steve Spanjers

À l’aide de caméras stéréoscopiques, l’intelligence artificielle identifie les asperges et les différencie des autres plantes et mauvaises herbes. La machine numérise aussi l’état de la production et reconnaît les légumes prêts à être récoltés. 

Une fois que le système a identifié l’asperge, il établit où elle se trouve dans l’espace, puis envoie sa position au robot en lui fournissant les coordonnées XYZ. Il va ensuite se placer au bon endroit, sort sa scie et l’agrippe pour la couper.

Steve Spanjers

Éventuellement, il est prévu que la machine puisse aussi cueillir d’autres légumes, tels que des brocolis et des choux-fleurs.

Le prototype en démonstration, équipé d’un seul bras robotisé, était capable de récolter un rang d’asperges à la fois. La prochaine version de la technologie pourra inclure jusqu’à quatre bras, chacun remplaçant l’équivalent d’un travailleur qui fait la cueillette manuellement, prévoit Steve Spanjers, de Harvest Corp Technologies. Munie d’un seul robot, la machine se vend 125 000 $, mais le prix monte à 400 000 $, lorsqu’il en inclut quatre. 

Pas encore à point, selon des producteurs

Les producteurs d’asperges présents à la démonstration, organisée par la firme de service-conseil en production maraîchère Innovterra et le Carrefour industriel et expérimental de Lanaudière, ont observé le prototype en action avec intérêt. Ils n’envisagent toutefois pas de se procurer la technologie à court terme, estimant qu’elle n’est pas encore à point. De l’avis de plusieurs, la machine laisse beaucoup d’asperges prêtes à être récoltées derrière. « Selon moi, il faut attendre un peu. C’est un peu cher et il y a du fine-tuning à faire là-dessus, c’est clair », fait remarquer Jean-Yves Renel, qui cultive 70 hectares de ce légume à Shawinigan, en Mauricie.

Un maraîcher de Lanoraie, dans Lanaudière, Pier-Luc Hervieux, constate que la coupe n’est pas parfaite. « La qualité de la coupe dans l’asperge est importante. Il faut vraiment que tu ailles couper à ras le sol pour éviter qu’elle fleurisse. La technique humaine reste plus adaptée. »

Les agriculteurs, néanmoins, suivront le développement de la technologie avec attention, estimant que ce n’est qu’une question de temps avant que l’achat de robots pour la récolte soit envisageable.

Quand embarquer?

« Mais ça avance tellement vite que c’est difficile de savoir quand embarquer », fait remarquer M. Hervieux. 

« Mettons que tu achètes une version, tu sais très bien que dans quatre ans, soit que le prix aura diminué, soit que la technologie sera rendue ailleurs. Donc, tu te ramasses vite dépassé par la technologie », soulève l’agriculteur.

Selon Steve Spanjers, de HarvestCorp Technologies, la technologie commercialisable est déjà aussi efficace qu’un humain. « Les travailleurs, quand ils récoltent, il arrive qu’ils en manquent, des asperges, aussi », fait-il valoir, précisant que l’agriculteur peut donner des indications au système pour améliorer sa précision. 

« Si le robot oublie une asperge, tu peux retourner voir les images dans sa base de données, et lui dire que cette asperge-là aurait dû être récoltée », explique-t-il.  

Un groupe de curieux ont pu voir à l’œuvre le robot récolteur d’asperges développé en Ontario lors d’un événement organisé aux Fermes horticoles LMR, dans Lanaudière.
Un groupe de curieux ont pu voir à l’œuvre le robot récolteur d’asperges développé en Ontario lors d’un événement organisé aux Fermes horticoles LMR, dans Lanaudière.