Innovation 16 mai 2025

L’IA : un outil à apprivoiser pour une plus grande efficacité

À ceux qui résistent à faire entrer l’intelligence artificielle dans leur ferme ou à l’intégrer aux opérations de leur exploitation, Valérie Vaillancourt, experte dans le domaine, rappelle cette projection : les applications de l’IA dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire à travers le monde vont progresser de plus de 22 % par année d’ici 2030.

Rien ne sert de résister, disent les experts, l’intelligence artificielle met à la disposition des producteurs des outils permettant d’accroître leur efficacité, tout en usant de ­prudence. 

Valérie Vaillancourt. Photo : Pierre Saint-Yves

Valérie Vaillancourt est directrice principale, données et intelligence artificielle au cabinet de services-conseils KPMG Québec. Devant les participants au Rendez-vous laitier de l’AQINAC, elle a expliqué comment l’IA « générative », la technologie qui « génère » des solutions, peut contribuer à faciliter le travail des éleveurs de bovins laitiers dans leurs opérations quotidiennes. 

« Ces dernières années, la démocratisation de l’intelligence artificielle a permis de développer des champs d’applications comme le secteur agroalimentaire, explique la spécialiste. L’IA, c’est un moyen, un outil qui vous aide dans vos prises de décisions en analysant des milliers de données, ce qu’aucun humain ne peut faire aussi rapidement. »

Les universités d’ici y travaillent. « Des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal et de McGill s’emploient à développer de nouvelles applications de l’IA pour le bien-être animal et pour accentuer et améliorer la rentabilité des entreprises agricoles. » 

Mais attention, dit-elle, nul besoin de se lancer tête baissée et à corps perdu dans l’implantation des applications de l’IA et la maîtrise de celles-ci. Elle favorise plutôt l’approche « des petits pas ».  

Des applications nombreuses à l’étable et au champ

Les applications de l’intelligence artificielle offrent des opportunités concrètes en agriculture pour l’amélioration du bien-être animal, l’automatisation du suivi de la qualité du lait et de la traçabilité, l’optimisation de l’agriculture durable et l’augmentation de la précision et de l’efficacité dans la gestion des cultures. 

Ainsi, selon Valérie Vaillancourt, l’IA pourra effectuer une surveillance par vidéo pour analyser les déplacements et les interactions sociales des animaux.

L’IA pourra analyser des milliers de données pour comprendre les réactions et le comportement animal en continu et proposer des solutions pour telle ou telle situation. Compte tenu de l’ampleur des données analysées, on peut détecter plus rapidement les problèmes et les interventions à effectuer. Mais évidemment, le tout doit être validé par l’humain.

Valérie Vaillancourt

En ce qui concerne le suivi de la qualité du lait, des capteurs placés dans les systèmes de traite et les citernes permettent d’analyser en temps réel la qualité du lait et avertie aussitôt si des contaminants sont détectés, réduisant ainsi les risques de pertes. 

Certains systèmes permettent d’optimiser la traçabilité nationale des animaux tout au long de leur vie. Ces applications permettent une meilleure conformité aux normes de qualité, une optimisation des primes de qualité et une plus grande rapidité d’intervention en cas de problème de contamination ou d’anomalie dans la chaîne de production. 

La spécialiste rappelle que l’intelligence artificielle est aussi en mesure de capter des données pour mesurer la qualité de sols. Des capteurs dans les champs, sur la machinerie ou par drone et satellites peuvent mesurer l’humidité, les niveaux de nutriments ou la présence de pathogène pour ainsi optimiser les ­conditions de croissance des cultures et contribuer à mettre en place des pratiques d’agriculture durable, notamment en permettant la réduction des pesticides par exemple.

Selon les experts, les applications de l’IA dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire à travers le monde vont progresser de plus de 22 % par année d’ici 2030. Photo : Archives/TCN
Selon les experts, les applications de l’IA dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire à travers le monde vont progresser de plus de 22 % par année d’ici 2030. Photo : Archives/TCN

Par où commencer?

« Tout projet avec l’IA n’est pas nécessairement un bon projet », dit la conférencière. « Il doit d’abord répondre à vos besoins, d’où l’importance de réaliser un diagnostic précis de vos besoins et de vos opportunités. »

Aux producteurs qui désirent se lancer dans l’intégration de l’IA à la ferme, elle recommande de procéder, sans se précipiter.

Il faut que l’intégration se fasse progressivement, un pas à la fois, en prenant le temps d’apprivoiser la technologie. Il faut faire en sorte de se coller à vos objectifs en assurant un suivi en continu pour optimiser les résultats.

Valérie Vaillancourt

Mais attention, poursuit la spécialiste, il ne s’agit pas de laisser l’IA prendre les décisions à la place des producteurs, la validation humaine reste impérative.