Technique 13 mars 2026

Des travaux guidés par l’histoire et la science

Nos sols sont jeunes. Difficile d’imaginer que le Québec dormait encore sous la calotte glaciaire des Laurentides il y a 12 000 ans! Nos sols se sont formés il y a environ 10 000 ans, après la dernière glaciation. Minces par endroits, pierreux, sableux ou argileux ailleurs, il en résulte une diversité formidable, qui façonne des sols aux propriétés variées.

Des interventions minimalistes 

L’une de ces propriétés, la texture, définit la proportion des particules minérales qui composent le sol, et il faut faire avec ce qu’on a. Mais à défaut de pouvoir changer la texture d’un sol, on peut en améliorer la structure lorsqu’on en comprend la dynamique. Ici, connaître son profil de sol reste le meilleur atout des travaux de printemps bien exécutés. « Les agriculteurs doivent comprendre le comportement de leur sol pour mieux travailler avec ce qu’ils ont, et concilier rentabilité et santé du sol », soutient l’agronome et pédologue Catherine Bossé, chargée de projet à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). La chercheuse et son équipe d’agropédologues travaillent à l’amélioration des méthodes d’acquisition et d’interprétation des données pédologiques, afin de rendre cette science plus accessible. 

Catherine Bossé
Catherine Bossé

Les caractéristiques d’un sol influencent les pratiques culturales. L’impact des changements climatiques, aussi, exige d’autres approches et les défis évoluent. L’hiver généreux de cette année pourrait saturer nos sols, surtout les tills lourds et les argiles. Il faudra gérer l’eau, créer un lit de semence uniforme et réchauffer le sol pour accélérer l’émergence, mais sans compacter, le tout dans une fenêtre d’intervention assez courte… L’objectif demeure le même pour tous, mais n’implique pas les mêmes méthodes selon qu’on travaille en sol léger, lourd, ou organique. Si la charrue s’avérait naguère l’équipement de choix, on favorise désormais des approches plus stratégiques où « moins, c’est mieux ». Le travail réduit, le « strip till » (travail en bandes) et le semis direct gagnent du terrain, parmi d’autres solutions ajustées au cas par cas. « Peu importe le type de machinerie, il faut s’assurer que le travail se fasse dans la meilleure condition de sol possible », insiste l’agronome Laurie-Anne Adam, qui enseigne le programme Gestion et technologies d’entreprise agricole au CÉGEP de Lanaudière.

Les agriculteurs sont ingénieux de nature et par nécessité.