Technique 15 mai 2026

Des citrons faits au Québec

Voilà deux ans que Véronique Thériault et Colin Surprenant se sont lancés dans un pari
atypique : produire des citrons en pleine terre. C’est sur une petite île du Bas-Saint-Laurent qu’ils ont décidé de mettre à l’épreuve la faisabilité d’une telle culture.

Originaire de Montréal, le couple s’est établi sur l’île Verte en 2019, un endroit que Véronique connaissait déjà pour y avoir séjourné. « Lors de la pandémie, on a planté une lavanderaie et commencé à produire du miel, des petits fruits et des pommes de terre pour répondre aux besoins des résidents de l’île Verte », raconte M. Surprenant. C’est ainsi que la ferme Les Récoltes du Bout d’en Haut est née. L’idée d’ajouter les citrons à leur production est venue à la suite d’un voyage en Italie. « On a vu des citronniers et on s’est dit que ce serait vraiment le fun d’en faire pousser chez nous », dit-il. 

Colin Surprenant et Véronique Thériault
Colin Surprenant et Véronique Thériault

Le couple s’est alors inspiré d’une méthode utilisée en Russie depuis le début du XXᵉ siècle, où certaines régions au climat sibérien présentent des conditions comparables à celles du Québec. Les citronniers sont cultivés dans des tranchées ouvertes durant l’été, puis recouvertes pendant la période de dormance hivernale. Ainsi, explique M. Surprenant, les racines sont protégées du gel.

Plantation de citronniers

À l’été 2024, le couple a planté huit citronniers de deux variétés, Eureka et Meyer. Pour chacune, ils ont testé des arbres bouturés et des arbres greffés. « On a récolté de petits bébés citrons », raconte M. Surprenant. Puis, l’automne est arrivé. La première étape a consisté à recouvrir la tranchée de toiles, puis à fermer le tout avec des toits plats isolés pour l’hiver.

« J’ai installé des sondes dans la tranchée afin de mesurer la température et le taux d’humidité pendant l’hiver », ajoute celui qui possède un parcours professionnel en technologie. Or, au printemps, au moment de retirer la protection, il a constaté que les feuilles se mettaient à jaunir, ce qui s’est révélé être une attaque fongique. Malgré un traitement à la bouillie bordelaise, la moitié des arbres ont perdu leurs feuilles. Le couple a toutefois remarqué que les arbres greffés avaient mieux résisté. « On a replanté des arbres greffés pour remplacer les pertes », souligne le producteur.

L’hiver dernier, M. Surprenant a installé un système de contrôle de l’humidité. « Ça n’a pas fonctionné à mon goût : le taux d’humidité est quand même demeuré trop élevé », dit-il. Un traitement antifongique préventif a été appliqué à l’automne, et un autre au début du printemps. Comme la chaleur tarde à s’installer cette année, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. L’un des principaux défis consiste à contrôler l’humidité durant la dormance hivernale. L’autre concerne le nombre de jours où la température dépasse les dix degrés nécessaires à la croissance des citronniers.

Un climat moins propice

Colin Surprenant est cons­cient que le climat plus frais du Bas-Saint-­Laurent influence probablement les ré­sul­tats. Une expérience sem­blable dans la région de Montréal ou de Gatineau, par exemple, pourrait donner de meilleurs rendements. Le couple voit surtout la culture des citronniers en pleine terre comme un projet de recherche. Le but est de vérifier s’il est possible de produire cet agrume hors serre, dans des conditions naturelles.

Véronique et Colin ne s’attendent toutefois pas à vivre de leurs activités agricoles. Leurs produits sont écoulés auprès des quelque 70 résidents permanents de l’île, auxquels s’ajoutent les résidents saisonniers et les ­visiteurs durant l’été.

En parallèle, Mme Thériault poursuit son travail de biologiste, tandis que M. Surprenant continue ses activités en développement logiciel, en photographie et en pilotage de drones. Comme les arbres réagissent bien en été, l’objectif est maintenant de voir s’ils pourront un jour donner des fruits mûrs sous le soleil insulaire du Bas-Saint-Laurent.