Après la grippe aviaire qui avait entraîné une pénurie d’œufs aux États-Unis en 2025 et une hausse de prix spectaculaire, les éleveurs américains produisent à un niveau record cette année. Photo : Andrew Angelov/Shutterstock
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S'abonner maintenantEn dépit de l’adoption de la loi C-202 à la Chambre des communes en juin 2025,
qui vient protéger la gestion de l’offre dans les futures négociations de traités
et accords internationaux, les producteurs de volailles et d’œufs du Québec
demeurent aux aguets alors que la renégociation de l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique) est sur le point de débuter.

Le président des Éleveurs de volailles du Québec (EVQ), Benoît Fontaine, dit avoir déjà joué dans ce film où le système de gestion de l’offre est bradé à la dernière minute pour finaliser les ententes. « J’étais président des Producteurs de poulets du Canada quand le PTPGP [Partenariat transpacifique global et progressif] et l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain] ont été négociés et la gestion de l’offre a passé un peu dans le tordeur à la toute fin pour qu’il y ait un deal. »
Dans le cas du PTPGP, le Canada a accepté d’ouvrir en 2025 son marché aux importations jusqu’à 1,7 % pour le poulet avec 24 millions de kilogrammes (Mkg) et à 2,5 % pour le dindon, soit 3,6 Mkg. Dans le cas de l’ACEUM, toujours en 2025, les importations de poulets et de dindons étaient permises jusqu’à 4 % dans chacun des cas, ce qui représentait 57 Mkg pour les premiers et 5,6 Mkg pour les seconds.
Du côté des producteurs d’œufs
Même son de cloche du côté de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ), alors que le président Sylvain Lapierre, producteur de Saint-Gervais, signale que les traités internationaux négociés par le gouvernement du Canada permettent l’importation d’œufs de consommation au pays jusqu’à une hauteur de 7 % en 2026.
Dans le cas du PTPGP, on nous disait de ne pas nous inquiéter, qu’il n’y aurait pas de problème et finalement, il y en a eu. Avec la renégociation de l’ACEUM qui s’en vient, ça amène beaucoup d’incertitude chez nos membres. Et souvent, dans ce contexte, les projets d’investissement demeurent sur la glace en attendant de savoir à quoi s’en tenir .
Le président de la FPOQ rappelle qu’après la grippe aviaire qui avait entraîné une pénurie d’œufs aux États-Unis en 2025 et une hausse de prix spectaculaire, les éleveurs américains produisent à un niveau record cette année. « Il y a beaucoup d’œufs sur le marché là-bas et dans cette situation, la tentation est grande de les exporter au Canada. »
Benoît Fontaine note qu’un récent sondage révélait que 94 % des Canadiens veulent du lait, de la dinde, du poulet et des œufs produits au Canada, avec des normes strictes. « Aux États-Unis, il y a cinq compagnies géantes qui contrôlent près de 90 % de la production de poulets, tandis qu’ici au Canada, avec le système de gestion de l’offre, on a des fermes familiales de Gaspé jusqu’en Outaouais, dans toutes les régions du Québec. »
Le président des EVQ demeure quand même content de la loi C-202 adoptée il y a un an. « Ça nous rassure, mais on ne peut être certains à 100 % que rien ne sera négocié à nos dépens. C’est comme un cadenas avec une clé. C’est sûr que ça serait plus gênant pour le gouvernement de traverser la Chambre des communes pour fouiller le coffre-fort pour aller chercher la clé », conclut Benoît Fontaine.