Les colonies enrichies offrent des perchoirs et des tapis à gratter. Photo : Gracieuseté de la FPOQ
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S'abonner maintenantL’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) a publié un premier rapport1 concernant la qualité de l’air dans les logements alternatifs des poules pondeuses et ses effets potentiels sur la santé des travailleurs et travailleuses œuvrant dans ces milieux.
Le projet auquel collaboraient plusieurs centres de recherche, dont l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), a dégagé certains constats en marge de la transition en cours dans le milieu ovocole. Rappelons que les logements grillagés conventionnels pour poules pondeuses seront remplacés par des logements alternatifs d’ici 2036. Ce type d’installation regroupe les colonies enrichies, soit des systèmes de logement en petits groupes (10+ individus) offrant plus d’espace, des perchoirs et des aires de nidification, ainsi que des logements sans cages, sur plancher ou en volière. Les objectifs de l’étude visaient à cibler les enjeux de qualité de l’air et à identifier des méthodes de mitigation.

Des constats à approfondir
Le projet a permis d’évaluer les concentrations de poussières en poulaillers conventionnels, en colonies enrichies et en logements sans cages de type volière. « Au cours d’une visite, la qualité de l’air de 18 poulaillers en production d’œufs de consommation a été évaluée, soit 6 poulaillers ayant des cages conventionnelles, 6 ayant des cages enrichies et 6 volières », explique Valérie Létourneau, professionnelle de recherche à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) de l’Université Laval.
Les visites ont eu lieu en fin de cycle de production (présence de plus de poussières sur les équipements, litière plus chargée en fientes) et lors des saisons froides 2020 à 2022, où le renouvellement de l’air était minimal pour conserver la chaleur. « Nous avons observé de plus importantes concentrations de particules dans l’air des volières, comparativement à celles retrouvées dans les poulaillers ayant des cages conventionnelles ou enrichies », atteste Mme Létourneau. Lors de la saison froide, la qualité de l’air des poulaillers avec cages (conventionnelles ou enrichies) est meilleure que celle des volières, dit-elle.
La chercheuse ne peut toutefois pas conclure quant à l’impact sur la santé des travailleurs exposés aux poussières organiques dans l’air des volières, faute de données suffisantes. « Nous n’avons pu recruter que 25 travailleurs, certains travaillant dans plus d’un type de logement. Un projet d’envergure plus importante, qui impliquerait plus de participants, est nécessaire pour émettre des conclusions valides, statistiquement parlant », souligne la chercheuse, ajoutant qu’il est possible que les symptômes et manifestations cliniques n’apparaissent qu’après plusieurs années d’exposition. « La production en volières étant assez récente au Québec, la réalisation de projets de recherche sur la santé respiratoire des travailleurs en volières nous semble nécessaire. Nous avons cependant constaté sur place que plusieurs producteurs d’œufs et travailleurs en volières sont déjà sensibilisés à protéger leur santé respiratoire et utilisent des appareils de protection respiratoire et des masques pour les activités générant de la poussière, comme les tâches de nettoyage », souligne la chercheuse. L’impact sur la santé des travailleurs d’une exposition à plus ou moins long terme aux poussières des volières reste toutefois à déterminer, estime-t-elle.

La pulvérisation d’huile à l’étude
Au cours du projet, les chercheurs Dalila Larios et Stéphane Godbout, de l’IRDA, ont étudié l’efficacité d’une émulsion d’huile sur les planchers couverts de litière. Ce produit composé d’un mélange d’huile de canola et d’une solution d’acide organique (viscosité (cp) : 31; densité : 0,962 g*mL-1) a été pulvérisé sur la surface de la litière toutes les deux semaines, pour une période de 18 semaines.
Bien que très prometteuse, la technique n’est pas encore commercialisable, selon Stéphane Godbout. « Les essais ont été réalisés en élevage expérimental et sur une seule ferme commerciale. Il faut faire d’autres essais en [milieu] commercial pour valider l’efficacité, la manière de faire, etc. », a indiqué l’ingénieur par courriel. La recette pourrait être optimisée pour augmenter l’efficacité et potentiellement réduire le coût, et une optimisation économique globale doit être faite, incluant le volet main-d’œuvre, a-t-il précisé.
Les données préliminaires sur la santé respiratoire des travailleurs et travailleuses montrent la pertinence de mesurer l’effet des nouvelles pratiques sur la santé humaine par le recrutement d’une plus grande cohorte.