Volailles 1 mai 2025

Les éleveurs de volailles ont les canards dans leur mire

Les éleveurs de volailles veulent restreindre le développement d’élevages de canards à proximité de leurs élevages commerciaux pour limiter les risques de propagation de la grippe aviaire d’un site à l’autre. 

Richelle Fortin, directrice générale des EVQ, Benoît Fontaine, président, et Pierre Rhéaume, maître de cérémonie. Photo : Gracieuseté des EVQ

Dans une résolution adoptée lors de leur assemblée générale annuelle, qui s’est tenue les 15 et 16 avril, à Drummondville, dans le Centre-du-Québec, ils ont demandé à leur organisation de faire des représentations auprès du gouvernement pour que ce dernier mette en place une mesure exceptionnelle qui empêcherait la création de nouveaux sites de volailles commerciales non contingentées à proximité des leurs. L’objectif poursuivi est d’« éviter de mettre en péril la production de poulet et de dindon », qui se concentre dans les mêmes régions administratives, soulignent-ils.

Dans une autre résolution, ils ont demandé un rehaussement des règles de biosécurité exigées dans les élevages de canards, notamment parce que ceux-ci « sont souvent les premiers à être touchés par la grippe aviaire et que cette production n’est pas représentée dans la structure de l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA) », argumentent-ils.

Rappelons que les canards ont la particularité de développer des signes cliniques de la grippe aviaire plus tardivement que d’autres espèces comme le poulet et le dindon, ce qui rend plus difficile la détection de virus et augmente ainsi les risques de propagation aux fermes avoisinantes.

Un accueil prudent

Benoît Fontaine

Benoît Fontaine, président des Éleveurs de volailles du Québec (EVQ), a rappelé à la blague dans un discours, le 16 avril, qu’on lui avait parlé « plus de canards que de dindes » depuis le début de l’assemblée.

Par contre, on ne peut pas arrêter ça [le développement des élevages de canards]. Mais est-ce qu’on peut les aider et les sensibiliser à adopter des pratiques de biosécurité comme les nôtres?

Benoît Fontaine

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, a rappelé, quant à lui, que son ministère prenait déjà la question au sérieux. « Nous, d’un côté, on cherche à avoir plus de petites productions sur le territoire, mais on prend aussi les moyens pour améliorer la biosécurité », a-t-il tenu à souligner. Il a donné en exemple une enquête menée récemment auprès d’une trentaine de producteurs de canards pour évaluer les mesures de biosécurité en place, et la refonte du Programme intégré de santé animale du Québec, dont un volet est consacré aux productions de petite taille. « C’est certain que plus on va avoir une cohésion entre tous ces gens-là, plus on a de chances de prévenir les contaminations. Soyez assurés qu’on fait un suivi à ce niveau-là auprès des différentes organisations », a-t-il réitéré.

Dans une entrevue accordée à La Terre, M. Fontaine a précisé que les productions de volailles contingentées et non contingentées fonctionnent actuellement « en silo », et qu’un rapprochement pour standardiser les mesures de biosécurité d’un site à l’autre serait souhaitable.  « Dans le fond, ce qu’on aimerait, c’est que les éleveurs de canards se joignent à l’EQCMA », a-t-il spécifié. Ce projet avait déjà été tenté il y a deux ans, sans succès, mentionnent les EVQ, qui souhaitent donc reprendre les démarches en ce sens.  

Un fonds pour améliorer la qualité de la viande de dindon

Un fonds de 100 000 $ sera créé par les Éleveurs de volailles du Québec pour soutenir la recherche dans le secteur de production du dindon, aux prises avec un problème de qualité de la viande depuis quelques années, en raison, notamment, de boutons et de kystes au bréchet. Ce fonds spécial de recherche aura l’objectif de « faciliter l’exploration de solutions accessibles pour les éleveurs », mentionne la résolution adoptée le 15 avril. À cette fin, les délégués ont autorisé leur organisation à procéder, dès 2025, au transfert de cette somme à partir d’un autre fonds du secteur du dindon (Fonds de pénalité).


Quatre réponses du ministre Lamontagne


Des éleveurs de volailles ont profité du passage d’André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, à leur assemblée générale annuelle pour le questionner sur différents enjeux agricoles. Voici un aperçu des réponses obtenues :

Concernant la taxe carbone, abolie au Canada, sauf au Québec

« Ici, ce qu’on a, c’est le marché du carbone, ce qui n’est pas le même principe que la taxe carbone. Il y a une partie appréciable de ce qui est collecté qui est retournée dans le système, mais je comprends que pour être compétitifs, les conditions doivent être là. À la lumière du portrait qu’on va avoir dans les prochaines semaines à la suite de l’élection fédérale, on va pouvoir prendre une décision. »

Concernant l’avenir de l’usine d’équarrissage de Sanimax à Rivière-des-Prairies, compromis par la réglementation de la Ville de Montréal

« Ça nous préoccupe pas mal. On est conscients qu’il y a des conséquences financières et environnementales importantes, mais l’objectif, c’est que cette entreprise puisse continuer ses opérations. En mars 2024, on a adopté un décret pour accélérer la mise en place des améliorations que Sanimax s’était engagé à faire en 3 ans au lieu de 15. Là, il commence à y avoir de l’eau dans le gaz. Mais on a nommé un médiateur pour faire en sorte que les deux parties honorent l’esprit de ce moment où ils se sont serré la main en 2024 et qu’ils conviennent du chemin qu’il faut prendre pour que les citoyens soient confortables et pour assurer la pérennité de l’entreprise. » 

Concernant la taxe sur les primes d’assurances, annoncée dans le dernier budget provincial, qui affecte les éleveurs de volailles s’étant dotés d’une assurance collective en cas de maladie dans leur troupeau (le régime d’indemnisation des maladies avicoles du Québec)

« Ce n’est pas un dossier avec lequel je suis familier; je vais me documenter pour bien comprendre tout ça. Si, effectivement, ça va dans le sens que vous dites, je vais être un bon porte-voix pour vous. »

Concernant la défense de la gestion de l’offre

« Les entreprises québécoises qui font partie de la gestion de l’offre contribuent à 32 % de nos revenus agricoles. On va donc être mobilisés pour que la voix du Québec soit bien entendue et mise de l’avant. »