Jérémy Lavoie et Rosalie Vasilakos ont passé les deux dernières années à adapter leur régie d’élevage à une nouvelle génétique de poule au grand potentiel, mais qui a fait grimper les coûts de production du Couvoir Scott. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSCOTT – Le choix audacieux du Couvoir Scott de miser sur une nouvelle génétique de poule de reproduction prometteuse pour le poulet de chair a complètement bouleversé la manière de faire de ce couvoirier de Chaudière-Appalaches, qui produit environ 30 millions d’œufs par année. Le changement s’est surtout révélé profitable pour ses clients, mais a apporté son lot de complications dans ses propres poulaillers.
Le directeur des fermes de reproduction, Jérémy Lavoie, avoue que la décision de changer l’entièreté du troupeau, il y a deux ans, pour cette nouvelle race était plutôt risquée. À la base, l’objectif était d’avoir un avantage compétitif par rapport aux autres couvoirs québécois, où cette race n’était pas encore utilisée.
Essentiellement, on voulait faire le meilleur poussin pour nos clients, pour qu’il devienne le plus gros, le plus vite, et le plus efficacement possible. Les tests qu’on a faits pendant un an et demi avec cette race brésilienne nous ont convaincus d’y aller all in, car on obtenait des résultats records.
Des records qui se sont reproduits chez les clients du Couvoir Scott après le changement complet de la génétique des poules de reproduction, en 2024. « Quand je présentais ça à des compagnies de génétique, c’était des records qu’ils n’avaient jamais vus », illustre-t-il, mentionnant entre autres un gain de poids d’environ 7 % supérieur chez les poulettes les plus performantes après 34 jours d’élevage, comparativement à la même catégorie de poulettes de l’ancienne race.
Il souligne par ailleurs que ce n’est pas chez tous les éleveurs de poulets que cet avantage compétitif ressort, alors que ce sont surtout ceux qui ont une discipline d’élevage rigoureuse qui réussissent à faire ressortir le potentiel de croissance exceptionnel de la race.
Piètre figure en matière de fertilité
Le revers de ce conte de fées n’a toutefois pas tardé à rattraper le couvoirier. Si les poussins réalisaient des performances exceptionnelles dans les élevages de poulet de chair, donc dans les fermes de ses clients, la fertilité des poules de reproduction de ses propres élevages était sous la moyenne de l’ancienne race. « On avait 10 poussins de moins par poule, soit environ 8 % de différence de ponte par rapport à notre race d’avant. C’est une énorme différence qui affectait notre rentabilité. Pourtant, au début, ces poules performaient bien, mais on a eu de la maladie qui a brouillé les pistes, et en reproduction, ce sont des cycles qui sont plus longs, et ça nous a pris du temps avant de constater le problème », raconte Rosalie Vasilakos, superviseure du contrôle qualité et de l’amélioration au Couvoir Scott.
Puisque le changement avait été fait, l’équipe n’a pas eu le choix de se retrousser les manches pour trouver des solutions. Car pour des questions de compétitivité dans le marché québécois, où le prix des poussins suit la tendance du marché ontarien, la direction du Couvoir ne voulait pas rehausser ses prix de vente, même si ses poussins coûtent plus cher à produire et malgré leurs performances supérieures dans les élevages de poulet.
« Ça nous a poussés à nous remettre en question sur toutes nos pratiques, parce que là, ça n’allait pas bien du tout au point de vue de la rentabilité de nos fermes », confie Jérémy Lavoie, qui avoue que si c’était à refaire, il n’aurait pas converti d’un coup leurs fermes de reproduction avec cette nouvelle génétique.

en plus d’avoir un besoin d’espace plus grand que l’ancienne race, ce qui demande des paramètres d’élevage différents.
D’ailleurs, ils ont choisi de faire un pas derrière, en réintroduisant l’ancienne race dans quelques bâtiments, afin de rehausser leur production de poussins pour répondre adéquatement à la demande de leurs clients, et ce, pendant qu’ils tentaient d’adapter leur régie aux besoins de leur nouvelle génétique. « On s’est rendu compte qu’à part être blanche comme l’autre, c’était une poule complètement différente. Elle mange très, très vite et a besoin de plus d’espace. Le temps qu’on s’en rende compte, on avait déjà passé deux lots! » rapporte Mme Vasilakos.
Une longueur d’avance
Tout ce branle-bas de combat, bien que stressant, a permis de rehausser leur méthode d’élevage d’un cran, disent-ils. « On s’est même aperçus que les modifications apportées à notre régie ont aussi eu un effet bénéfique sur les performances de l’ancienne race. Même s’il nous reste encore du travail à faire pour amener la courbe de fertilité à notre moyenne d’avant, on commence à voir la lumière au bout du tunnel », se félicite M. Lavoie.
Entre-temps, les autres couvoirs ont aussi commencé à s’intéresser aux performances de cette poule brésilienne, qui devrait éventuellement être de plus en plus présente dans le paysage québécois, selon lui. « Au moins, on a une longueur d’avance sur nos compétiteurs, parce que notre régie est déjà adaptée à la race », se réjouit-il.
Une race déjà présente en Amérique du Sud
La nouvelle race de poule de reproduction élevée au Couvoir Scott a été développée dans une division brésilienne de la compagnie de génétique Aviagen et est déjà utilisée depuis quelques années, principalement en Amérique du Sud, explique Jérémy Lavoie. « La main-d’œuvre est peut-être plus facile à trouver là-bas et moins coûteuse qu’ici, et ils ont des conditions d’élevage plus stables, sans grandes variations de température, ce qui explique peut-être les problèmes de fertilité qu’on a eus avec la race au Québec », analyse-t-il.