Volailles 7 avril 2025

Grippe aviaire : des études comparatives pour mieux identifier les facteurs de risques

Le Québec et l’Ontario travaillent sur des études comparatives visant à identifier plus clairement les principaux facteurs augmentant les risques d’éclosion de grippe aviaire dans les fermes avicoles, et ce, en comparant les données de biosécurité des fermes infectées à celles qui ne l’ont pas été. 

« L’objectif, c’est d’aider les producteurs à prioriser les mesures de biosécurité. Car, évidemment, ils en ont tous à mettre en place pour plusieurs maladies, pas juste pour l’influenza aviaire, mais de pouvoir identifier les mesures les plus efficaces durant les périodes de migration des oiseaux sauvages, quand les risques augmentent, ça semble être devenu une nécessité », a précisé à La Terre Manon Racicot, médecin vétérinaire qui participe à ces recherches dans le cadre de ses fonctions de professeure associée au Département de pathologie et de microbiologie de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Manon Racicot

Constats préliminaires

Bien que les résultats de ces études ne soient attendus que dans environ un an, la vétérinaire observe certains facteurs de risques ressortant de la collecte des données terrain, qui vient de se terminer, en collaboration avec plusieurs fermes.

On sait déjà que la gestion des animaux morts à la ferme semble être un sujet quand même assez récurrent. Au Québec, les éleveurs utilisent beaucoup l’équarrisseur, alors qu’en Ontario, ils vont surtout utiliser des systèmes de compostage, mais qui ne sont pas nécessairement fermés, donc qui sont accessibles à la faune et très attractifs.

Manon Racicot, médecin vétérinaire

Le déplacement des oiseaux entre les bâtiments d’un site de production, ­souvent utilisé dans le processus d’élevage des dindons et des canards, ou encore le « détassement » des oiseaux, qui consiste à vider les poulaillers partiellement plutôt que totalement (en mode tout plein, tout vide), en sont d’autres, ajoute la Dre Racicot. Cela s’explique par le fait que les oiseaux sont ainsi exposés à l’environnement extérieur et au va-et-vient des employés.

Les deux études menées au Québec ont été financées par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. La première porte sur les élevages de canards et l’autre, sur les fermes de dindons et de reproducteurs de poulet de chair. 

Une démarche similaire a été entreprise du côté de l’Ontario dans des fermes de dindons, avec les mêmes outils de collecte d’information que les recherches québécoises, ce qui permettra de centraliser les données des deux provinces. L’étude ontarienne a toutefois été élargie à des volets environnemental et faunique, par exemple en identifiant les espèces d’oiseaux et de mammifères qui circulent autour des fermes, « ce qui n’a pas été fait du côté des études québécoises et qui apportera un complément pertinent », estime la Dre Racicot.

Cinq cas de réinfection au Québec depuis décembre 2021

Au Canada, 57 fermes commerciales de volailles ont été infectées plus d’une fois depuis décembre 2021, dont douze qui l’ont été trois fois et plus. C’est ce qu’a rapporté la Dre Manon Racicot, vétérinaire épidémiologiste à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), lors d’un bilan présenté pendant l’assemblée générale annuelle de l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA), au début du mois de février. La plupart de ces cas de réinfection ont eu lieu en Colombie-Britannique (46), mais le Québec en compte cinq, soit trois fermes de dindons et deux fermes de canards.

Aux États-Unis, où le taux de réinfection des élevages est également élevé, avec 67 fermes réinfectées, dont 19 plus de trois fois, la réglementation a récemment été modifiée pour resserrer les compensations financières en cas de réinfections. Par exemple, les fermes infectées doivent subir un audit de biosécurité avant le repeuplement des élevages pour avoir droit à une indemnisation future, et celles qui repeuplent dans les zones de contrôle (0-3 km d’un site infecté) ne sont plus indemnisées si l’éclosion survient dans les 14 jours suivant la révocation de la zone de contrôle, a résumé la Dre Racicot.

Celle-ci a toutefois spécifié, dans une entrevue accordée à La Terre, le 1er avril, qu’un tel renforcement de règles ne pourrait pas se faire aussi vite du côté canadien. « On en discute, mais pour l’instant, ce n’est pas la voie qui est envisagée à court terme. On essaie plutôt de faire un processus de rétroaction avec les producteurs dont le site est infecté », spécifie-t-elle. Chose qui a déjà été faite au Québec et en Ontario, « mais qui risque d’être un peu plus long en Colombie-Britannique, où il y a eu 75 fermes infectées pratiquement en même temps l’automne ­dernier », prévient-elle.



Deux vaccins approuvés


La première étape dans la stratégie potentielle de vaccination de la volaille contre la grippe aviaire a été franchie en septembre dernier au Canada, avec l’approbation de deux vaccins par l’ACIA. La deuxième étape, qui consiste à réaliser une évaluation des coûts-bénéfices de la vaccination et de la surveillance des oiseaux, est en cours. Le scénario qui est envisagé est la vaccination de toutes les espèces de volailles commerciales, sauf le poulet de chair, « mais seulement dans la vallée du Fraser en Colombie-Britannique, où la situation est plus problématique. L’outil ne sera donc pas disponible dans les autres provinces », a mentionné la Dre Manon Racicot.



L’industrie laitière sous haute surveillance


L’industrie laitière canadienne exerce déjà une surveillance des troupeaux afin de pouvoir intervenir rapidement si l’un d’eux devait être infecté par le virus de l’influenza aviaire hautement pathogène. « Car ça peut aller très vite, comme on a vu aux États-Unis, où 50 % des troupeaux sont touchés en Californie, ce qui est catastrophique », rappelle la vétérinaire Manon Racicot. Au Québec, le lait est actuellement testé dès la livraison. Un résultat positif permettrait ainsi d’identifier rapidement le troupeau infecté, « puisqu’un camion transporte le lait d’environ dix producteurs », précise-t-elle. Des tests sont également exigés à la frontière, pour éviter qu’une vache américaine ou une vache canadienne qui revient d’un événement aux États-Unis introduise le virus. En cas d’éclosion, le plan actuel est d’imposer une politique d’autoquarantaine des troupeaux touchés.



Le porc inquiète aussi


Le porc est une espèce qui inquiète également les experts, car il a la possibilité de réassortir à la fois les virus humain, aviaire et porcin de la grippe aviaire H5N1. Un premier cas d’infection chez le porc a d’ailleurs été détecté en octobre 2024, en Oregon, aux États-Unis, dans un élevage de basse-cour, où le bétail partageait des sources d’eau communes avec de la volaille. « Ce qui est à éviter à tout prix », a rappelé le Dr Christian Klopfenstein, responsable du volet santé et sécurité au Centre de développement du porc du Québec, lors d’une rencontre d’information en ligne, le 28 mars. « Pour nous, ce n’est pas une menace immédiate, mais ça reste préoccupant […]. Bref, il ne faut pas faire exprès », a-t-il prévenu, en suggérant aux producteurs de ne pas baisser la garde sur l’application des mesures de biosécurité.