Volailles 1 mai 2026

Encore trop peu de poussins pour suivre la croissance

En 2025, la production de poulet n’a pas suivi la même cadence que la demande, qui ne cesse de grimper depuis 10 ans. 

Combiné aux pertes de production sporadiques liées aux cas de grippe aviaire hautement pathogène qui ont frappé certains élevages au pays, les producteurs de poulet ne sont donc pas arrivés à fournir les tablettes à la hauteur des besoins des consommateurs, indiquent Les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ). Ce sont donc 2 millions de kilogrammes de poulet qui n’ont pas été produits sur une allocation potentielle d’environ 510 millions de kilogrammes pour le Québec, mentionnent-ils. Cela représente 98,9 % de la cible. La province a néanmoins fait légèrement mieux que l’ensemble du Canada, qui a produit 98,3 % du contingent prévu.

Gyslain Loyer
Gyslain Loyer

Qu’est-ce qui explique cette sous-production? « Ce ne sont pas les installations, qui ont l’espace nécessaire pour recevoir les poussins, rétorque Benoît Fontaine, président des EVQ. Ce sont plutôt les poussins qui ne sont pas disponibles en assez grand nombre pour remplir les poulaillers », explique-t-il en entrevue avec La Terre

Le regard est donc tourné vers les producteurs d’œufs d’incubation, qui fournissent les œufs incubés qui rempliront, après l’éclosion au couvoir, les fermes de poulet à griller. « Nous, on produit déjà tout notre contingent, soit 80 % de la demande canadienne, mais c’est le 20 % restant, qui provient normalement des États-Unis, dans le cadre de l’entente bilatérale de 1989, qui continue de ne plus rentrer au pays depuis qu’ils sont aux prises avec des éclosions de grippe aviaire », indique Gyslain Loyer, président des Producteurs d’œufs d’incubation du Québec (POIQ), qui s’est entretenu avec La Terre quelques jours après l’assemblée générale annuelle de son organisation, le 8 avril.

« Aux États-Unis, les fermes sont très grosses, donc s’il y a une éclosion dans une ferme d’œuf d’incubation, ça crée un grand trou de production, qui finit par avoir des répercussions jusqu’ici, car les États-Unis préfèrent se servir avant de fournir des œufs au Canada », poursuit-il. Une situation qui risque de se poursuivre, étant donné que les cas de grippe aviaire hautement pathogène semblent maintenant là pour rester, frappant déjà de manière régulière les élevages au Canada et des États-Unis depuis quelques années. 

La pédale à fond sur la construction

Pour combler ce 20 % souvent manquant en provenance des États-Unis dans la dernière année, la marge de surproduction autorisée, qui permet aux producteurs d’œufs d’incubation canadiens de dépasser leur quota de production sans pénalité, avait été rehaussée de 2 % à 10 % en 2025. 

Ça nous a permis de produire 3,5 % de contingent excédentaire, soit environ 8 millions d’œufs de plus. On a aidé à la hauteur de ce qu’on pouvait aider, mais on ne peut pas [faire] pondre plus d’œufs qu’il y a de poules dans nos poulaillers.

Gyslain Loyer

Gel pour cinq ans

Cette année, Les Producteurs d’œufs d’incubation du Canada sont donc allés encore plus loin en gelant cette surproduction permise de 10 % pour cinq ans, alors que normalement, ce pourcentage doit être renouvelé année après année. « Ça offre une stabilité pour inciter nos membres à construire de nouveaux bâtiments. Sinon, ce serait trop risqué de voir la marge de surproduction redescendre après deux ou trois ans. C’est donc énorme ce qu’on vient de faire. Avec nos augmentations naturelles d’allocations, qui sont quand même assez grandes. C’est le bon moment pour construire », poursuit le président des POIQ.

Les membres sont d’ailleurs encouragés à profiter du contexte pour aller de l’avant dans la construction de nouveaux poulaillers afin d’aider la filière à produire tout le contingent manquant, dit-il. La mesure commence déjà à porter ses fruits, puisque plusieurs producteurs ont déjà mis en branle de nouveaux projets de poulaillers qui devraient ajouter environ 30 000 poules qui commenceront à pondre en 2027, se réjouit M. Loyer. « Et ce n’est qu’un début! » ajoute-t-il.