La volonté de pérennisation du projet pilote est, selon la copropriétaire de la Ferme Desrochers, Gabrielle Desrochers, « une belle avancée » pour les producteurs des régions. Photo : Gracieuseté de la Ferme Desrochers
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S'abonner maintenantBonne nouvelle pour les petits producteurs qui souhaitent aménager un abattoir de poulets à la ferme. Des démarches sont en cours pour « pérenniser » le projet pilote réalisé en ce sens au cours des dernières années.
« Un projet de règlement a été publié le 4 février dernier dans la Gazette officielle du Québec et prévoit l’intégration des dispositions du projet pilote d’abattage à la ferme », confirme Francis Roberge, conseiller en salubrité des aliments et porte-parole scientifique au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
Le nombre de poulets maximal par producteur, encadré par le projet de règlement, demeure inchangé à 300 par année, à l’instar du projet pilote, lancé en 2022.
Ce dernier a su faire ses preuves, avance M. Roberge. « Il y a eu une évolution durant le projet, explique-t-il. Le nombre de participants a augmenté de façon graduelle. On a pu tester les mécanismes. Il y a eu des programmes d’échantillonnage, de même que des inspections préalables et durant les opérations. »
Bref, ajoute le conseiller en salubrité des aliments, « les données recueillies à travers tout ça sont suffisantes et satisfaisantes pour nous permettre de proposer l’intégration au Règlement [sur les aliments] ».
Certaines formalités doivent néanmoins être complétées avant l’adoption du règlement. Les commentaires ont entre autres été recueillis au cours des dernières semaines et doivent faire l’objet d’une analyse.
Selon Francis Roberge, 27 autorisations ont, à ce jour, été délivrées. De ce nombre, 19 exploitants, répartis dans 11 régions administratives, ont lancé leurs activités d’abattage.
« Belle avancée »
La Ferme Desrochers, à Pointe-aux-Outardes, sur la Côte-Nord, est du nombre. La volonté de pérennisation du projet pilote est, selon la copropriétaire de la ferme, Gabrielle Desrochers, « une belle avancée » pour les producteurs des régions, dont ceux de l’Abitibi, de la Côte-Nord ou de la Gaspésie.
« Un des gros défis est la proximité avec les abattoirs, dit-elle. L’abattage de poulets à la ferme va sûrement inciter plus d’entrepreneurs à démarrer de petits élevages avicoles en région. »
C’est d’ailleurs parce qu’elle et son conjoint, Marc-Olivier Gougeon, également partenaire d’affaires, devaient faire plusieurs heures de route pour se rendre à l’abattoir le plus près de chez eux, près de Québec, qu’ils ont voulu participer au projet pilote.
Ils ont investi 15 000 $ pour aménager leur abattoir. La perspective de pouvoir rentabiliser cet investissement à plus long terme, avec la pérennisation du projet pilote, est une très bonne nouvelle, selon Mme Desrochers, qui produit également des porcs et des agneaux.
Le couple a d’ailleurs pu valider l’avantage des activités d’abattage à la ferme. « J’ai accouché l’été dernier et on n’a pas pu faire d’abattage, explique-t-elle. On a dû se rendre à Québec et ça nous a fait réaliser que ça coûte vraiment cher. Quand on le fait chez nous, on économise pas loin de 750 $. On n’a pas de route à faire et c’est mieux pour le bien-être animal. »
Preuve de la popularité des poulets de la Ferme Desrochers, ils sont limités à trois par famille afin de permettre à un plus grand nombre d’en profiter.

Plus-value
Le producteur agricole à Sainte-Lucie-des-Laurentides et auteur de plusieurs essais, Dominic Lamontagne, se réjouit également de la volonté du MAPAQ de vouloir inclure de façon permanente dans la réglementation les abattoirs de poulets à la ferme.
« Je vois ça comme une plus-value extrêmement importante que les petits agriculteurs, qui n’ont pas de quota de volaille, puissent faire une mise en marché, essentiellement à la ferme et au marché public », dit-il. Militant de la première heure pour la réalisation du projet, M. Lamontagne a développé un guide des bonnes pratiques pour l’aménagement d’un petit abattoir.
Il y va d’ailleurs de quelques conseils pratiques à cet effet dans son guide d’omniculture responsable, Toucher terre, publié en mars 2026. L’auteur et sa conjointe, Amélie Dion, produisent plus de deux tonnes de nourriture par an sur une superficie d’environ un acre.
Le nombre d’abattoirs de poulets à la ferme pourrait en outre augmenter avec l’adoption prévue du projet de règlement, selon Dominic Lamontagne. Plusieurs petits producteurs attendaient les exigences finales, dit-il.
Il a déjà été mentionné que, dans un monde idéal, l’abattage à la ferme sera également permis pour d’autres types de volaille, comme les dindes et les canards. Les représentations en ce sens vont se poursuivre, dit M. Lamontagne.