Serres 22 juin 2026

Un agrandissement à l’horizontale faute de blocs d’électricité

L’octroi des blocs d’électricité au Québec a causé bien des maux de tête au cofondateur et copropriétaire des Fermes AquaVerti, Georges Aczam, pour son projet d’agrandissement. « Malheureusement, on doit graduellement sortir de l’agriculture verticale, parce qu’il n’y a pas d’énergie [disponible] », a affirmé à La Terre le producteur montréalais de verdures, au début juin. 

En effet, agrandir les installations d’AquaVerti sur le site actuel, situé à un jet de pierre de l’ancienne Place des producteurs, aurait exigé une consommation annuelle de 7 ou 8 MW. Or, c’est le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie qui donne l’autorisation nécessaire afin de concrétiser un projet qui consommera plus de 5 mégawatts (MW) d’électricité. Depuis 2023, seule une vingtaine d’entreprises – presque exclusivement étrangères, comme la suédoise Northvolt – se sont vu octroyer les blocs d’électricité convoités. 

Georges Aczam
Georges Aczam

 « J’ai de la pression des épiceries de produire plus. […] La seule option qu’on a devant nous, c’est de repartir dans des serres semi-fermées, contrôlées, mais avec la moitié du contrôle climatique qu’on a aujourd’hui », indique celui qui exploite verticalement l’équivalent d’un hectare, à l’année, avec l’aide d’Amazon Web Services, une filiale du géant américain du commerce en ligne spécialisé dans les services infonuagiques et d’intelligence artificielle.

Georges Aczam, qui produit actuellement 300 tonnes de verdures, veut donc accroître sa production à 1 000 tonnes dans une première phase, puis à 2 000 tonnes dans une seconde phase du projet. L’objectif serait d’approvisionner les bannières à rabais, de plus en plus prisées par les Québécois touchés par la hausse du coût de la vie. « La première phase, ça va être deux hectares. Puis, la deuxième phase, ça va être un autre deux hectares. On n’a aucune forêt à déboiser et le terrain, il est prêt pour nous », explique l’entrepreneur.

Cohabitation avec Alcoa

C’est dans le parc éco-industriel de Deschambault-Grondines, dans la MRC de Portneuf, que Georges Aczam prévoit construire le deuxième site de production d’AquaVerti. La municipalité recherchait depuis deux ans une entreprise « énergivore » capable d’absorber la chaleur excédentaire de l’aluminerie Alcoa, explique la responsable du dossier à la municipalité, Kim Cornelissen. Une option d’achat a été signée par AquaVerti, il y a un an, afin d’évaluer la faisabilité du projet. 

« Ça fait une excellente synergie entre nous deux, parce que nous, on peut reprendre toute leur chaleur, et eux, ça va réduire leurs coûts de production drastiquement et ça va rendre leur aluminium encore plus vert », soutient M. Aczam, en précisant qu’il est rare de trouver une telle source de chaleur, à plus de 80 °C, capable de faire fondre la neige sur les toits des serres sans avoir à chauffer davantage les installations. « Pour nous, c’est un projet qui est tellement unique parce qu’une aluminerie, ça ne peut pas arrêter. Donc, ça opère 365 jours par année, 7 jours sur 7, 24 h/24. Pour n’importe quel type de maintenance, ça ne peut arrêter que pendant un maximum de deux heures. Sinon, l’aluminium fige et toute l’aluminerie est scrap. Nous, ça nous offre beaucoup d’avantages », dit celui qui estime que son projet pourrait devenir le site de production de salade le plus vert en Amérique du Nord.

Il espère obtenir le financement à la fin de l’été afin de pouvoir entreprendre la construction en octobre 2026 et démarrer la production en janvier 2028.