Selon le stratège Simon Brière, les bons prix du porc sur les marchés boursiers permettent actuellement « l’une des meilleures profitabilités dans l’élevage porcin depuis des années », estime-t-il. Photo : Patricia Blackburn/Archives TCN
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S'abonner maintenantLa hausse marquée du prix du porc sur les marchés boursiers dans les dernières semaines, combinée à d’autres éléments, comme une baisse du coût de l’alimentation et des porcelets, pourrait bien faire tourner le vent à la faveur des éleveurs de porcs, selon des analystes.
Si la tendance se maintient, Simon Brière, stratège principal chez R.J. O’Brien, s’attend à une année 2025 « phénoménale » en matière de profits pour les éleveurs de porcs québécois, qui sont payés en fonction de la valeur reconstituée de la carcasse américaine. « L’alimentation est beaucoup plus raisonnable. Le revenu, lui, est très bon, et notre dollar canadien, même s’il s’est renforcé dernièrement, demeure quand même favorable, donc c’est bon pour les éleveurs, qui ont aussi eu une année 2024 correcte, mais un peu plus en dents de scie », résume-t-il.
Cette hausse du prix du porc sur les marchés (voir l’encadré) s’expliquerait d’abord par la baisse du cheptel américain, qui a commencé en 2022-2023, pendant la pandémie de COVID-19, alors que la production porcine était moins profitable, analyse M. Brière.

Ç’a eu l’effet de progressivement créer une rareté pour cette protéine, car ce qui est rare vaut cher. Mais tous ces animaux-là mangent aussi moins. Donc, en réduisant la taille du cheptel, on va atteindre deux objectifs : faire augmenter le prix du porc et faire baisser le prix des ingrédients.
L’effet ne se ressent toutefois jamais à court terme, mais seulement après plusieurs mois, voire des années, comme présentement, souligne-t-il, mentionnant au passage que la conjoncture s’est entre-temps renversée pour les producteurs de grains. « Ç’a été super payant pour les producteurs de maïs, de blé et de soya en 2022. On se retrouve aujourd’hui dans une situation qui est un peu à l’opposé : c’est le tour des éleveurs de porcs d’avoir droit à ce retour du balancier », illustre-t-il. Selon lui, cette conjoncture pourrait donc permettre « l’une des meilleures profitabilités dans l’élevage porcin depuis les 15 à 20 dernières années ».
Un bond rapide, mais pas de record
Pour sa part, l’agroéconomiste Sébastien Pouliot, des Services économiques Pouliot, remarque que la baisse de la valeur de la devise américaine peut aussi avoir joué un rôle dans la dynamique des prix du porc sur les marchés boursiers. « Car ça fait en sorte que le porc américain devient plus abordable par rapport à ses compétiteurs, ce qui augmente la demande pour le produit », mentionne-t-il.
D’autres éléments, comme le prix élevé du bœuf, ont aussi contribué à augmenter la demande pour les protéines de substitution, dont le porc.
L’agroéconomiste estime néanmoins que la courbe des prix suit une tendance de saison qui a déjà été observée dans le passé, avec des prix « qui sont forts, mais pas autant qu’en 2021 », spécifie-t-il.

Le Centre de développement du porc du Québec (CDPQ) met toutefois en évidence, dans son plus récent rapport économique hebdomadaire, un bond spectaculaire de 40 $ du prix du porc sur les marchés pendant le mois de juin. Ce bond serait une conséquence directe des turbulences politiques, dont les menaces de tarifs douaniers, qui ont créé un climat d’incertitude au mois d’avril en faisant baisser les prix « alors que rien ne le justifiait », observe le stratège Simon Brière. « Si ce n’était de ces turbulences, la hausse de prix serait quand même là, mais elle aurait été moins violente, et plus progressive. Les marchés boursiers ont souvent tendance à exagérer les mouvements, autant à la hausse qu’à la baisse », explique-t-il.
D’ailleurs, il croit que le cycle actuel ne sera probablement pas éternel et que les éleveurs devront en profiter pendant que ça passe, en utilisant différentes stratégies, par exemple en optant pour des contrats à terme pour la vente de leurs animaux ou pour l’achat des grains. « Tant mieux si ça dure encore des mois ou un an, mais c’est rare, car, selon mon expérience, il y a toujours quelque chose qui arrive, une décision géopolitique, un élément imprévisible, comme la météo, qui pourrait venir tout changer au mois d’août », anticipe-t-il.
De meilleurs prix qu’en 2024
Dans la semaine du 23 au 29 juin, la valeur moyenne reconstituée de la carcasse (cut out) au Québec a atteint 261,06 $ par 100 kg. Un prix élevé pour cette période de l’année, rapporte le CDPQ, dans son bulletin économique hebdomadaire du 30 juin, mais qui ne constitue toutefois pas un record, puisque des prix similaires ont déjà été observés en 2021. Ce prix est toutefois supérieur de 52 $ au prix de 2024 à la même période, et de 57 $ par rapport à la moyenne de 2019-2023, rapporte le CDPQ.
Source : CDPQ