Porcs 1 mai 2025

Le contingentement de la production porcine suscite des craintes

Dans son entreprise porcine de Lanaudière, le producteur William Lafond mise depuis toujours sur la performance pour réussir dans un marché de plus en plus compétitif, « surtout avec le nouveau modèle des coûts de production, sur lequel est basé le calcul de l’ASRA [assurance stabilisation des revenus] », estime-t-il.

Or, il craint maintenant que ses bons résultats jouent contre lui, car les règles sont sur le point de changer avec le contingentement de la production que les Éleveurs de porcs du Québec s’apprêtent à mettre en place. Cet outil, basé sur les volumes de référence (VDR) attribués à chaque site d’engraissement porcin de la province, vise une gestion plus serrée de la production, afin qu’elle corresponde aux capacités d’abattage des transformateurs, revues à la baisse il y a deux ans. 

Ainsi, une fois les VDR correctement attribués à chaque site d’engraissement, une étape qui s’achèvera prochainement, chaque éleveur devra déclarer des données sur ses élevages dans un système informatique qui permettra ensuite aux Éleveurs de mieux planifier les livraisons aux abattoirs, et ainsi d’éviter les surplus de production. Des pénalités de 40 % du prix du porc seront appliquées pour les éleveurs qui dépasseront le nombre de têtes prévues à leur VDR au-delà d’une marge de tolérance d’environ 1 %.

Une telle situation surprend M. Lafond, qui signale que les naissances dans sa maternité ne peuvent pas toujours être contrôlées « comme dans une usine de bolts », illustre-t-il.

Qu’est-ce que je fais avec les porcelets si j’en ai trop? Dans le lait, quand on dépasse notre quota, on peut en jeter. C’est grave, mais ça reste plus facile à contrôler que le nombre de cochons que ma truie va avoir.

William Lafond

Selon lui, ce système va à l’encontre d’un modèle de production basé sur la productivité, en « mettant des bâtons dans les roues aux plus performants ». « Je viens d’acheter la ferme. Chaque cochon que je faisais de plus m’aidait à la payer, mais là, ils me coupent là-dedans », déplore l’éleveur. Celui-ci croit également que ce système avantagera surtout les très grandes fermes ou les très grands réseaux, qui ont une grande marge de manœuvre pour gérer les surplus de production. « Car c’est plus intéressant de vendre un gros lot de 10 000 porcelets en trop que moi avec, disons, 300 de plus. Qui va vouloir m’en acheter si peu? » questionne-t-il.

William Lafond signale que les naissances dans sa maternité ne peuvent pas toujours être contrôlées « comme dans une usine de bolts ». Photo : Gracieuseté de Porc Extra

Un contrôle nécessaire, selon les Éleveurs

Comme lui, d’autres éleveurs ont remis en question ces pénalités lors d’une rencontre en ligne portant sur ce nouveau système de contingentement, organisée par les Éleveurs de porcs du Québec, le 17 avril. 

Le président de l’organisation, Louis-Philippe Roy, a reconnu que l’outil n’était pas encore parfait et qu’il y avait encore des ajustements à faire, mais qu’il permettait néanmoins de faire le travail pour lequel il a été mis en place, soit de mieux contrôler la production. « L’objectif n’est pas de donner des pénalités pour donner des pénalités, mais c’est certain que c’est une gestion qui est différente de par le passé. […] On pensait que les déclarations [faites par les éleveurs], ça pourrait être assez, mais on s’est rendu compte que des producteurs faisaient des volumes supplémentaires quand même. […] Là, on ne peut plus avoir des swings de livraison tant que ça. Avant, quand on était en surplus de crochets, ce n’était pas la même latitude. Là, il faut une livraison plus constante », a-t-il expliqué.

Ces porcs excédant les capacités d’abattage des transformateurs génèrent des porcs en attente et des frais de détournement vers des abattoirs d’autres provinces. Les pénalités serviront principalement à payer ces frais, a précisé Claudine Lussier, directrice des affaires juridiques de la mise en marché, lors de la rencontre.

Rappelons qu’avec l’importante baisse des capacités d’abattage d’Olymel en 2022, les Éleveurs ont dû mettre en place différentes stratégies pour diminuer la production porcine, dont le programme de retrait temporaire. Une deuxième étape prévoyait le recours à cet outil de contingentement, par le biais des VDR, pour mieux contrôler la production par rapport aux crochets disponibles dans les abattoirs. « C’est un système qu’on a voulu le plus équitable possible, dans un contexte de réduction de la production qui est inédit. C’est la première fois qu’on fait ça », a rappelé M. Roy lors de la présentation.