Une vingtaine de silos sont installés près de la nouvelle station de recherche. Photo : CDPQ
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S'abonner maintenantDESCHAMBAULT-GRONDINES – Dans une navette reliant un stationnement à la nouvelle ferme porcine de recherche du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), à Deschambault-Grondines, dans la région de la Capitale-Nationale des éleveurs de porcs de Charlevoix, s’étonnent de différents aspects techniques qu’ils aperçoivent en s’approchant du site, dont une vingtaine de silos près du bâtiment, une quantité absolument inconcevable dans un contexte de production commerciale, signale l’un d’eux.

En effet, la nouvelle station, qui a requis un investissement total de 7 M$, dont 6,3 M$ provenant du gouvernement provincial, est conçue et équipée à la fine pointe technique et technologique afin de servir en premier lieu la recherche en production porcine. Rien à voir, donc, avec les porcheries des éleveurs sur le terrain, qui n’ont pas besoin de huit salles de bioclim hermétiques, d’une salle de nécropsie, d’un ostéodensitomètre pour l’analyse de la composition corporelle des porcs vivants ou encore de systèmes de luminothérapie animale et d’alimentation de précision à quatre aliments.

Ce sont 300 curieux, des éleveurs porcins, des chercheurs et des fournisseurs d’intrants, qui se sont déplacés des quatre coins du Québec, le 9 mai, pour une journée porte ouverte précédant l’arrivée des animaux. Cela leur a permis d’avoir une idée plus claire de ce qui se tramera dans les prochains mois à l’intérieur de ces murs, et qui pourrait éventuellement faire une différence pour eux, à la ferme.
Nous, dans un élevage, on ne peut pas travailler de manière aussi ciblée sur un problème, alors qu’ici, c’est possible de le faire dans les salles isolées. Je pense qu’éventuellement, ce qu’ils pourront tester, ça va nous permettre de mieux orienter nos méthodes. On espère que ça va propulser l’industrie sur le plan technique et technologique.
Selon René Roy, éleveur de porcs dans Chaudière-Appalaches et également président du Conseil canadien du porc, qui était sur place le 9 mai, cette nouvelle station est une excellente nouvelle pour les éleveurs de porcs du Québec. « Ça va nous permettre de tester les choses dans une réalité provinciale. Les grains qu’on produit au Canada, ce ne sont pas les mêmes partout. C’est un exemple qui montre que la réalité peut être différente d’une province à l’autre. Puis, il y a certaines choses qu’on va tester ici avec de l’équipement dernier cri et qui pourront servir à l’échelle nationale », affirme-t-il.

Une autre force de la nouvelle station, selon lui, est qu’elle se situe dans un écosystème de recherche très riche, près de l’Université Laval, de certaines installations de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et à proximité de la maternité porcine appartenant au CDPQ, à Armagh, dans Chaudière-Appalaches. Les nouvelles installations permettront de poursuivre les recherches sur une partie des porcelets sevrés à la maternité.
Le site de Deschambault-Grondines compte deux pouponnières, six parcs d’engraissement et huit chambres d’ambiance (bioclim), pour une capacité maximale totale de 800 à 900 porcs en rotation. Les premiers animaux devraient être accueillis dans les prochaines semaines.
Ce qu’ils ont dit…
C’est génial et impressionnant. Ça va compléter les salles qu’on a déjà du côté des universités, avec une capacité doublée et de l’équipement de pointe.

On est venus voir les nouveautés et aussi voir comment la recherche pourra améliorer notre production.

Nous, ça nous donne des idées, mais ici, ils vont pouvoir nous faire gagner du temps en nous fournissant des réponses. Car ils vont pouvoir isoler des causes précises en testant les meilleures méthodes, et ça, c’est impossible de le faire dans nos fermes.

C’est plus un laboratoire que ce qu’on pourrait nommer une ferme du futur, quoique certains éléments, comme le système de filtration de l’air, c’est sûrement quelque chose qu’on va devoir éventuellement faire dans nos élevages pour prévenir les maladies.

Huit « petites fermes » isolées
Parmi les équipements à la fine pointe de la nouvelle station, on retrouve huit salles de « bioclim », aussi appelées contrôle d’ambiance, qui sont complètement hermétiques par rapport au reste du bâtiment, et où la ventilation, l’humidité, la climatisation, la nourriture et l’évacuation du lisier sont parmi les éléments pouvant être contrôlés de manière indépendante, « comme si c’était une ferme en soi », souligne Sébastien Turcotte, responsable des bâtiments et de la régie d’élevage au CDPQ.
Ces salles permettent de simuler des conditions d’élevage particulières, en créant par exemple un stress thermique pour évaluer les options les plus efficaces de rafraîchissement des porcs. Il est également possible d’y mesurer les émissions des gaz à effet de serre, ce qui serait impossible à faire dans une ferme, puisque la ventilation rejette les gaz à l’extérieur du bâtiment.
Ça va nous permettre de faire un débroussaillage quand on ne sait pas trop quelle méthode serait mieux parmi toutes les options possibles. Après, on va pouvoir les proposer à plus grande échelle, dans les élevages.
Les installations voisines de l’IRDA, à Deschambault-Grondines, comptent aussi de telles salles, mais à plus petite échelle. « Ils ont 12 salles multiespèces, mais qui ne peuvent avoir que trois porcs. Ici, on peut mettre 24 porcelets ou 12 porcs par salle », mentionne-t-il.
Un menu quatre services
Certains équipements de la station, comme le système d’éclairage de luminothérapie animale et le mélangeur-distributeur de moulées DryExact Pro, sont encore très rares dans l’industrie. Même que le système d’alimentation de précision Gestal à quatre aliments y est inauguré. « Ce qui existe sur le marché, c’est avec deux aliments. On est les premiers à en avoir quatre », assure Sébastien Turcotte. Ce système explique la vingtaine de silos de moulées installés à l’extérieur du bâtiment. « On a un premier âge [les porcelets sevrés] en pouponnière, trois âges en engraissement, et on veut être capables de faire au minimum quatre traitements alimentaires par âge, donc ça nous prend 16 moulées. Et on veut être autonomes dans la section pouponnière, pour faire autre chose que les quatre moulées, donc on est rendus à 22 silos. On peut mixer la moulée porc par porc, les systèmes sont volumétriques, précis au gramme près », détaille-t-il.

D’ailleurs, Francis Pouliot, responsable des infrastructures de recherche au CDPQ, mentionne que le système d’alimentation a été l’un des plus gros défis de la nouvelle station, puisqu’il a exigé l’installation de nombreux tuyaux reliant les silos au mélangeur-distributeur, puis jusqu’aux différentes stations d’alimentation des parcs d’élevage du bâtiment. Il suffit d’ailleurs de lever les yeux au plafond pour apercevoir l’impressionnant train d’alimentation et comprendre l’ampleur du travail qui a dû être déployé. Plusieurs employés du CDPQ sont d’ailleurs venus donner un coup de main lors de cette installation.