Porcs 16 mai 2025

Des porcs résistants au SRRP pourront être consommés aux États-Unis

La multinationale Genus PIC, spécialisée dans la génétique porcine, vient d’obtenir le feu vert des États-Unis pour commercialiser de la viande provenant de porc génétiquement modifié pour être résistant au syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP). 

Depuis plusieurs années, Genus PIC collaborait avec l’Institut Roslin de l’Université d’Édimbourg, au Royaume-Uni, pour développer une technologie d’édition génétique dans le but de produire des porcs résistants à cette maladie endémique, qui cause d’importantes pertes économiques dans ce secteur de production. 

Dans un communiqué publié le 1er mai, l’Institut Roslin a annoncé que sa technologie d’édition génétique venait d’être approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) pour la chaîne d’approvisionnement alimentaire américaine. Une décision qualifiée « d’historique » par l’Institut, qui estime qu’il s’agit d’une étape importante pour la commercialisation de porcs génétiquement modifiés aux États-Unis et, éventuellement, sur d’autres marchés internationaux. 

Modification d’une partie d’un gène

Pour développer un porc résistant au SRRP, les chercheurs ont retiré une section du gène CD163 chez le porc. Ce gène produit un récepteur à la surface des cellules, utilisé par le virus du SRRP pour provoquer l’infection. Une petite partie de ce gène a donc été retirée, plus précisément la section du récepteur à laquelle le virus s’attache, laissant le reste de la molécule intacte.

« Cette méthode permet aux scientifiques d’introduire rapidement des traits bénéfiques chez les plantes et les animaux, ce qui peut prendre plusieurs années à réaliser avec les programmes de sélection traditionnels », précise la Dre Susan Bodie, responsable du développement des affaires à la Faculté de médecine et de médecine vétérinaire de l’Université d’Édimbourg.

Des outils récents d’édition génétique, en particulier le système CRISPR-Cas9, aussi appelé ciseau moléculaire, permettent de cibler de manière très précise la modification génétique choisie. 

Rappelons que la FDA avait déjà montré des signes d’ouverture envers la commercialisation de porc génétiquement modifié en autorisant, il y a deux ans, la vente pour la consommation humaine de porc issu d’un projet de recherche universitaire où l’édition génétique était utilisée pour produire des organes destinés à des xénogreffes, une greffe où l’espèce biologique du donneur est différente de celle du receveur.


« On s’attendait à ce que ça arrive d’un mois à l’autre »

Frédéric Fortin, agronome spécialisé en génétique animale au Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), n’est pas surpris par la récente décision de la Food and Drug Administration aux États-Unis d’approuver la vente pour la consommation humaine de porc génétiquement modifié. « On savait que Genus PIC avait développé ce produit-là et qu’il avait fait la demande pour le commercialiser. On s’attendait donc à ce que ça arrive d’un mois à l’autre. », confie-t-il en entrevue avec La Terre.

Frédéric Fortin

Selon lui, le produit devra encore être approuvé par d’autres pays, comme le Canada, le Japon et le Mexique, pour pouvoir être utilisé plus largement dans les élevages américains, qui exportent une grande partie de leur production. Au Canada, cette décision repose sur l’Agence canadienne d’inspection des aliments et Santé Canada, mais M. Fortin souligne qu’il s’agit d’un sujet qui risque de faire débat sur le plan éthique.

Il faut être prudent à émettre une opinion, car c’est aussi l’image de la production et la confiance du consommateur qui sont en jeu. Et c’est souvent à ce niveau-là que les débats sont orientés.

Frédéric Fortin

Toutefois, si on ne considère que l’aspect de la santé animale, il estime que la voie ouverte par l’édition génétique est très prometteuse. « Pour le SRRP [syndrome reproducteur et respiratoire porcin], les résultats des études nous montrent que c’est vraiment efficace : l’animal n’attrape pas la maladie et ne la transmet pas. On est dans un scénario hypothétique, mais de ce que je comprends, c’est que ce produit pourrait être utilisé uniquement dans les fermes qui ont un ­statut positif au SRRP. Ce serait un bon moyen pour l’éradiquer des élevages, réduire l’usage d’antibiotiques et améliorer le bien-être animal. C’est donc une solution rapide à un problème qui est quand même significatif pour la production », explique-t-il.

Le CDPQ travaille également depuis plusieurs années au développement d’un porc résilient au SRRP et à d’autres maladies, mais avec une technique de sélection génétique, ce qui demande plus de temps, puisque la résilience à la maladie se renforce sur plusieurs générations. « L’édition génétique est beaucoup plus rapide, mais elle est très spécifique à une seule maladie, alors que nous, on est capables d’améliorer la résilience du porc à plusieurs maladies en même temps, mais c’est un travail de longue haleine », compare M. Fortin.

Le porc devancé par le saumon

Le saumon à croissance accélérée, appelé saumon AquAdvantage, a été le premier animal génétiquement modifié approuvé pour la commercialisation en novembre 2015, auprès de la Food and Drug Administration aux États-Unis. Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont aussi conclu que ce saumon est sans risque pour l’alimentation humaine et animale tout en présentant des caractéristiques nutritives ­semblables à celui du saumon traditionnel. Sa commercialisation a été approuvée au Canada le 19 mai 2016.

Source : MAPAQ