Porcs 13 juin 2025

Débat houleux autour d’un nouveau règlement pour gérer la production

QUÉBEC – Les Éleveurs de porcs du Québec viennent d’adopter un nouveau règlement qui leur permettra de contrôler de manière plus stricte la production porcine dans la province quand celle-ci surpasse les capacités d’abattage des transformateurs, comme c’est le cas actuellement. 

Ils comptent principalement sur l’imposition de pénalités, dès novembre prochain, pour décourager les éleveurs qui produisent trop de porcs par rapport aux volumes de référence (VDR) attribués à leurs bâtiments d’élevage. Ces porcs produits en surplus doivent être détournés vers l’extérieur de la province aux frais de l’ensemble des éleveurs. 

C’est à l’issue d’un vote secret que les délégués ont adopté à la majorité ce règlement proposé par leur organisation, lors de leur assemblée générale annuelle, qui s’est tenue à Québec, le 5 juin. 

Le vote a été précédé d’un débat parfois houleux portant sur différents aspects du projet de règlement. « Vous êtes partis avec une mauvaise prémisse, et vous vous entêtez à faire marcher ça. Si on était partis avec les assignations et l’historique des deux derniers mois, et qu’on avait gelé ça, il n’y aurait pas un maudit cochon qui serait fait de plus ici », a critiqué Janin Boucher, producteur de porc et copropriétaire de l’abattoir CBCo Alliance. 

M. Boucher a déploré à plusieurs reprises le fait que ceux qui, comme lui, portent le double chapeau de producteur et de transformateur n’ont pas leur mot à dire dans les décisions qui sont prises en assemblée, puisqu’ils n’ont pas de droit de vote, alors que ces règlements affectent directement leur modèle d’affaires. « S’il vous plaît, les délégués, ramenez tout le monde [pour leur faire] faire leurs devoirs. Sinon, ce qui va arriver, c’est qu’il va y avoir des contestations devant la Régie. C’est inévitable. Vous n’avez pas d’entente avec l’ensemble de l’industrie, mais entre vous », a-t-il fait valoir.

Le producteur et transformateur Janin Boucher a pris la parole pour déplorer plusieurs aspects du projet de règlement visant à contingenter temporairement la production porcine.
Le producteur et transformateur Janin Boucher a pris la parole pour déplorer plusieurs aspects du projet de règlement visant à contingenter temporairement la production porcine.

Dans un moment de confusion dans l’auditoire, Me Louis Coallier, avocat des Éleveurs de porcs du Québec, a pris la parole pour rappeler aux éleveurs que le vote sur les modifications apportées au règlement s’inscrivait dans une situation de crise, « où il y a trop de cochons pour les crochets disponibles ». Il a expliqué que cela force l’organisation à envisager deux choix : soit détourner les porcs à grands frais à l’extérieur de la province ou les euthanasier. « Donc, ces modifications pour lesquelles vous allez voter, ça ne s’applique qu’en période de GEP [gestion équilibrée de la production, décrétée seulement en période d’excédent de production par rapport aux capacités d’abattage]. Une fois qu’on revient en libre marché, il n’y a plus de contingentement », a-t-il clarifié.

En entrevue avec La Terre, le 10 juin, Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs, a dit qu’il s’attendait à ce que le règlement suscite des réactions, puisqu’il impose des sacrifices à tous les éleveurs, peu importe leur modèle d’affaires. « Mais il fallait qu’on aille de l’avant. On sait qu’il n’est pas parfait, mais ce qui fait sa perfection, c’est qu’on vient toucher chaque groupe de producteurs, et non juste une catégorie », a-t-il mentionné. 

Le groupe des 11

Quant aux doléances des plus grands producteurs de porcs qui sont, pour la plupart, producteurs et transformateurs de porcs, et qui ont formé un regroupement appelé le groupe des 11, M. Roy spécifie qu’ils n’ont, en effet, pas de droit de vote dans les assemblées de producteurs, pour éviter les conflits d’intérêts. Or, il assure qu’ils ont été rencontrés à plusieurs reprises par l’organisation. « On reste ouverts aux suggestions, mais il faut que ça reste dans un cadre collectif et non individualiste et que ça ne se fasse pas au détriment des éleveurs à forfait, par exemple. Je suis convaincu que tout le monde partage cette vision », a-t-il répété.

Le nouveau règlement doit encore obtenir l’approbation de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec avant de pouvoir être appliqué.  


Un décompte encore approximatif de la production

Les Éleveurs de porcs du Québec n’ont encore qu’un portrait approximatif de la production porcine dans la province, et ce, malgré le déploiement de plusieurs mesures depuis deux ans, dont le programme de retrait temporaire, qui a permis de réduire la production de 9 %, et l’attribution de volume de référence aux bâtiments d’élevage pour mieux prévoir la production. 

Les volumes de référence (VDR) attribués aux bâtiments d’élevage du Québec surpassent encore la cible des 6,4 millions de porcs par année, qui correspond aux capacités d’abattage des transformateurs. Photo : MarieMichèle Trudeau/Archives TCN

Actuellement, la production excède encore la capacité d’abattage des transformateurs, qui est évaluée à 6,4 millions de porcs par année. « Mais ça représente combien de production supplémentaire par rapport aux crochets disponibles? » a demandé Bruno Girard, responsable des achats et des ventes de porcs chez F. Ménard (Olymel), au micro de l’assemblée générale annuelle de l’organisation, le 5 juin. « On a 60 000 VDR [volumes de référence] de trop, mais on ne livre pas 100 % des VDR dans la province, mais 92 % en moyenne », a répondu Yves Garceau, directeur adjoint aux affaires économiques des Éleveurs de porcs du Québec.

Donc si une bonne partie des producteurs se mettent à produire le maximum du VDR qui leur est alloué, on est dans la marde.

Bruno Girard

Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs, reconnaît qu’il y a encore plusieurs impondérables qui font en sorte que l’organisation n’arrive pas à avoir un portrait précis de la production. Il donne en exemple les bons prix du marché, qui se maintiennent depuis quelques mois, et qui incitent des éleveurs à tirer profit de la situation. « Celui qui fait deux lots par année et qui a la possibilité, un matin, d’en faire 2,6, on ne contrôle pas ça. Il y a aussi plusieurs bâtiments qui étaient inactifs dans notre système, mais qui avaient encore des VDR, et qui ont été remis en activité. Ce sont des choses qu’on avait sous-estimées dans nos calculs. C’est pour ça que les prochaines étapes, c’est de suivre les VDR, de suivre les volumes qui sont déclarés pour voir l’évolution de la production. Mais c’est sûr que ça nous prend tous les outils pour y arriver », a-t-il souligné en entrevue avec La Terre.

Le nouveau règlement adopté lors de l’assemblée du 5 juin raffine plusieurs outils qui étaient mal adaptés ou absents de l’ancien règlement pour permettre à l’organisation de gérer la production plus efficacement, souligne M. Roy. 

C’est la première fois de leur histoire que Les Éleveurs de porcs doivent mettre en application ces outils.