Cultures fourragères : excellentes pour l’alimentation, remarquables pour l’environnement

Avec son climat nordique, le Québec a la chance de pouvoir produire un foin de qualité supérieure dont les bénéfices sont observables autant du côté de l’environnement dans les champs que sur le rendement des troupeaux via leur alimentation. 

Avec leurs programmes Carbo-neutre 2050 (production laitière) et BOvins pour le climat (productions bovine et ovine), les cultures fourragères font partie de l’arsenal d’outils dont disposent trois des principales productions animales au Québec pour lutter contre les effets des changements climatiques.

Expert en production laitière – Nutrition et fourrages chez Lactanet, Jean-François Laroche constate sur le terrain que l’ensilage de maïs prend de plus en plus de place chez les producteurs et qu’on gagnerait à faire mieux reconnaître l’apport des plantes fourragères dans les fermes laitières. 

Entre 2001 et 2021, il y a eu une diminution de 22 % des superficies en plantes fourragères au Québec alors que le cheptel laitier a régressé de 12 % pendant la même période. Et cette évolution négative s’est faite au bénéfice des superficies en maïs ensilage, qui ont augmenté de façon importante (+ 27 205 hectares) durant ces deux mêmes décennies. 

Il est bon de rappeler que les plantes fourragères apportent beaucoup de protéines dégradables à bon prix et des fibres, qui font ruminer nos vaches, qui vont améliorer leur test de gras.

Jean-François Laroche

Du côté des champs, des essais ont démontré maintes fois les bénéfices à utiliser les plantes fourragères comme culture de rotation. « Si on fait pousser un maïs l’année suivant des plantes fourragères, on peut abaisser la dose d’azote de 150 unités et on conserve le même rendement », indique Jean-François Laroche.

Toujours sur le plan de la santé des sols, à plus long terme, rien ne bat la culture des plantes fourragères, souligne-t-il. « On a beau parler de cultures de couverture, de semis direct, mais ce n’est rien comparativement aux plantes fourragères pour améliorer la matière organique et la santé des sols. Aller uniquement dans l’ensilage de maïs, à long terme, ça peut être nuisible pour la santé des sols et ce n’est pas nécessairement le producteur qui va le vivre, mais plutôt sa relève. »

Jean-François Laroche souligne qu’il est possible d’optimiser les performances des vaches laitières avec des rations qui ne contiennent aucun ensilage de maïs. « Jusqu’à 75 % d’ensilage de maïs, on peut faire une bonne job. Quand on va dépasser ce 75 %, ce n’est pas impossible de s’améliorer, mais ça va être difficile. Si on décide d’y aller avec les plantes fourragères, on peut obtenir de super bonnes performances, il s’agit juste de les récolter au bon moment et de les gérer adéquatement. »

L’agronome suggère d’y aller avec la nouvelle tendance des mélanges de 3 à 6 espèces pour avoir une meilleure résilience dans le rendement. « Il ne faut pas hésiter à demander des mélanges personnalisés à ses semenciers. Parlez avec vos conseillers en plantes fourragères ou avec vos nutritionnistes pour savoir quelles espèces viser et quelles proportions utiliser », recommande-t-il. 

Production ovine

En production ovine, les mélanges fourragers constituent la principale source d’alimentation des troupeaux, sauf pour l’agneau d’engraissement élevé pour sa viande, qui requiert une plus grande proportion de concentrés dans son menu.

« Les brebis en lactation, les brebis en gestation, les brebis laitières, elles se nourrissent principalement de fourrages avec des mélanges assez similaires avec ce qui se fait dans le bovin laitier. C’est-à-dire un mix de graminées et de légumineuses », indique Jean-Michel Beaudoin, chargé de projets au Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ). 

L’agronome souligne que les conseillers sur le terrain insistent toujours auprès des producteurs sur l’importance de la qualité des fourrages. « Ils savent qu’aussitôt qu’il y a une qualité supérieure, on diminue les coûts de concentrés, qui sont très dispendieux. »

Jean-Michel Beaudoin fait remarquer qu’à la différence de la production laitière, on retrouve davantage de producteurs ovins qui font faire leurs fourrages à forfait. « C’est un désavantage parce qu’on n’a pas le même contrôle sur le moment de la récolte, ce qui peut jouer sur la qualité des fourrages. »

La filière ovine au Québec est toutefois de plus en plus sensibilisée aux enjeux environnementaux, comme le démontre le projet BOvins pour le climat, un projet mené conjointement par les producteurs bovins de boucherie et ovins. 

« Il y a 15 producteurs ovins du Québec qui y participent, et l’objectif, c’est de diminuer leur empreinte carbone. Il y a plusieurs volets qui sont travaillés là-dedans, mais la production fourragère en fait partie. Choisir les bons semis, les variétés qui sont plus tolérantes pour la persistance des prairies. Mettre en place des pratiques aux champs pour essayer de valoriser les fourrages. Il y a beaucoup d’efforts qui sont mis là-dedans par les producteurs », complète Jean-Michel Beaudoin.

Les luzernes ont une racine pivotante qui peut aider dans les sols plus lourds 
et faciles à compacter, rappelle Jessica Guay-Jolicoeur, agronome chez OptiBoeufs de Sollio Agriculture. Photo : Martin Ménard /Archives TCN
Les luzernes ont une racine pivotante qui peut aider dans les sols plus lourds et faciles à compacter, rappelle Jessica Guay-Jolicoeur, agronome chez OptiBoeufs de Sollio Agriculture. Photo : Martin Ménard /Archives TCN

Production bovine

En production bovine, tant pour les veaux d’embouche que pour les vaches de boucheries, parce qu’ils constituent essentiellement 100 % de leur alimentation, les fourrages de qualité jouent un rôle primordial pour améliorer le rendement du troupeau. 

Jessica Guay-Jolicoeur

« La qualité de ce foin est super importante pour répondre aux besoins de la vache tout au long de son stade de production, particulièrement quand elle est en lactation et qu’elle a un veau », explique Jessica Guay-Jolicoeur, agronome chez OptiBoeufs de Sollio Agriculture. 

Un fourrage de qualité a des incidences positives sur la digestibilité de la fibre et sur le niveau des protéines et de l’énergie. « Les vaches vont produire plus de lait, puis ça paraît pour le veau parce que c’est quand même une bonne partie de son alimentation au début de sa vie. »

Quant au type de mélanges fourragers, Jessica Guay-Jolicoeur recommande, quand c’est possible, un mélange de luzerne et de trèfle avec du mil et du brome, dans une proportion de 60 % de légumineuses et 40 % de graminées. 

« Il faut aussi y aller avec nos champs et choisir une diversité de plantes qui vont être capables de s’adapter aux conditions du sol. Là où l’eau s’accumule, la luzerne sera moins confortable, le trèfle conviendra mieux. Dans un bout plus sec, la luzerne va prendre sa place. On sème au moins deux graminées pour s’assurer d’avoir du rendement tout au long de la récolte de foins, de la première à la troisième coupe s’il y a lieu », explique l’agronome. 

Les bénéfices des plantes fourragères ne se mesurent évidemment pas seulement au rendement du troupeau, mais aussi pour leur apport environnemental. « Les légumineuses ont cette capacité assez incroyable de fixer l’azote de l’air pour en mettre dans le sol. C’est de l’engrais de moins qu’on n’aura pas besoin d’appliquer en surplus. Et les légumineuses aident aussi beaucoup au niveau de la structure du sol. Les luzernes, par exemple, ont une racine pivotante qui peut aider dans les sols plus lourds et faciles à compacter. »

Enfin, l’agronome chez Sollio Agriculture note en terminant qu’une prairie de 4, 5 ou 6 ans apportera beaucoup de matière organique au moment où on voudra implanter une culture annuelle après avoir réalisé un semis direct ou un labour.