Petits fruits 13 juillet 2026

Un souci du détail payant en période de canicule

LAC-DES-ÉCORCES – Le pic de production de petits fruits n’est pas encore arrivé dans les Hautes-Laurentides que la canicule joue déjà les trouble-fêtes pour les cueilleurs des Entreprises Pitre. Si la tâche demeure harassante, la culture d’innovation de l’entreprise familiale rend le travail un peu moins pénible pour les centaines de travailleurs étrangers temporaires qui cueillent des fraises, des framboises et des mûres pendant près de six mois.

« C’est une [journée] chaude aujourd’hui, à 33 au soleil, a lancé le vice-président au développement des affaires, Jérémie Pitre, casquette enfoncée sur la tête pour se protéger du soleil lors du passage de La Terre le 2 juillet. Ça doit être un ressenti 40! »

Celui qui gère l’entreprise d’environ 1 050 employés en constante croissance depuis sa fondation, il y a à peine 10 ans, soutient que la chaleur est le pire risque pour la santé et la sécurité des travailleurs et que ces aspects sont toujours les premiers points à l’ordre du jour lors des rencontres de gestion.

Jérémie Pitre, le vice-président au développement des affaires des Entreprises Pitre, explique que c’est dans les détails comme la hauteur des cultures suspendues qu’on réalise des gains d’efficacité. 

« Tu ne veux pas être l’employeur de quelqu’un qui a un accident. On ne veut pas que ça arrive », soutient-il, précisant que les pauses hydratation doivent être plus fréquentes dans de telles conditions caniculaires.

Le souci du détail

Sous 95 hectares de tunnels, des dizaines de travailleurs agricoles du Guatemala, du Mexique et du Pérou remplissent des boîtes de fraises à une vitesse surprenante. C’est que tout est réfléchi pour leur faciliter la tâche. Comme la hauteur de suspension des plants qui est calculée pour qu’ils puissent continuer leur mouvement de cueillette vers le bas, du plant à hauteur de poitrine jusqu’aux boîtes sur leur chariot où ils déposent les fruits.

« Là, c’est une journée où il fait très chaud, c’est difficile sur les gars. Ils vont faire à peu près 9-10 boîtes à l’heure, mais il y en a qui cueillent jusqu’à 20 boîtes à l’heure », explique Jérémie Pitre, précisant que la culture sous tunnel procure un gain d’efficacité, requérant entre 3,5 et 4 travailleurs à l’hectare contre une douzaine aux champs. L’entreprise migre d’ailleurs tranquillement vers ce mode de production.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’ardeur des rayons du soleil est moins violente sous les tunnels que lorsque l’on y est directement exposé. C’est qu’on utilise des plastiques traités contre les rayons ultraviolets qui préviennent l’usure tout en protégeant les travailleurs, fait valoir Jérémie Pitre.

« Les tunnels font 260 pieds de long, c’est le maximum. [À cette longueur], il y a une ventilation tunnel qui se crée. Et le plastique qu’on utilise vient réduire la chaleur, c’est une nouvelle technologie faite en Europe », poursuit-il.

Que ce soit dans les champs ou en tunnels, dès leur cueillette, les fraises sont déposées dans les contenants qui seront vendus aux consommateurs.

Une fourmilière

Ces plastiques recouvrent aussi les aides-récolteuses que suivent les travailleurs, qui cueillent dans les 130 hectares de champs des Entreprises Pitre. Et une fois de plus, les buttes plastifiées – « à peu près 50 à 60 % plus hautes que la moyenne » – sont pensées pour une meilleure ergonomie de cueillette.

« Ce sont de grosses plateformes où par exemple 50 travailleurs peuvent travailler ensemble. Donc, ils n’ont pas besoin de porter la boîte ou de courir avec la boîte pour aller la porter et revenir au wagon. Tout est à leur disposition : autant leur eau, la nourriture, que tout ce qu’il faut pour prendre des breaks. Tu es à l’ombre au lieu d’être au soleil dans le champ », explique Jérémie Pitre.

Il mentionne par ailleurs que dans ces champs, qui devaient être en production « dans deux semaines » au moment d’écrire ces lignes, on peut privilégier la cueillette très tôt dans la journée voire la nuit lors des journées chaudes comme en ce début de juillet.

« En période de canicule, c’est difficile sur la qualité des produits [parce qu’on] tente d’avoir les fruits les plus fermes possibles. Pour répondre aux exigences du consommateur, il ne faut pas qu’ils soient trop mûrs non plus. Donc, oui on cueille parfois de nuit, de jour, très tôt le matin, dépendant des températures », dit-il, précisant qu’une fois cueillis, les fruits prennent la direction du centre de refroidissement à Ste-Véronique, à une trentaine de kilomètres, d’où ils seront livrés dans des camions réfrigérés au maximum 24 heures après leur cueillette, parfois aussi loin que dans l’Ouest canadien ou aux États-Unis.

Et qu’en pensent les travailleurs? « Les mêmes travailleurs reviennent d’année en année. Le taux de désistement est pratiquement nul », indique Jérémie Pitre. Plusieurs d’entre eux le confirment, et certains n’hésitent pas à recommander les membres de leur famille ou des travailleurs qui ont vécu des expériences plus difficiles ailleurs dans la province.