Petits fruits 9 avril 2025

Un nouvel ennemi dans les champs de fraises du Québec

Plusieurs champs de fraises ont été contaminés, l’été passé, par le champignon Neopestalotiopsis, qui fait son apparition dans la province, après avoir fait d’importants dégâts en Floride. L’industrie est aux aguets pour documenter la situation et pour limiter les risques qu’un nouveau ravageur s’installe de façon permanente au Québec.

« Il y a beaucoup d’échanges de plants qui se font entre le Canada et les États-Unis. […] Ça se promène pas mal, quasiment comme des pièces automobiles », illustre Stéphanie Tellier, agronome et conseillère en horticulture au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Elle précise que la maladie semble s’être ­propagée, au fil des ans, par l’entremise de plants contaminés ou encore de ­matériel porteur de spores.

En 2018, une nouvelle souche très virulente du Neopestalotiopsis a fait des ravages en Floride. Puis, la situation a pris de l’ampleur. La maladie a été détectée dans plusieurs autres États américains, et au Canada. En 2020, elle est apparue en Ontario. Au Québec, quelques cas seulement avaient été répertoriés en 2022 et 2023, avant qu’une contamination beaucoup plus répandue soit constatée, l’été passé.

Des symptômes de la maladie, soit des taches sur les feuilles, ont été aperçus, en août dernier, quelques semaines après que des producteurs aient mis en terre des plants de fraises à être récoltées cette saison, en juin 2025. Photo : Gracieuseté de Vincent Méthot
Des symptômes de la maladie, soit des taches sur les feuilles, ont été aperçus, en août dernier, quelques semaines après que des producteurs aient mis en terre des plants de fraises à être récoltées cette saison, en juin 2025. Photo : Gracieuseté de Vincent Méthot

Aux aguets

Afin de mieux documenter la situation, un comité impliquant le MAPAQ et ­l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec a été formé, en 2024. Des symptômes de la maladie ont été aperçus sur des feuilles, en août dernier, quelques semaines après que des producteurs aient mis en terre des plants de fraises à être récoltées cette saison, dès juin 2025. 

« On soupçonne que c’est arrivé avec des plants [qui étaient porteurs]. Il y a des symptômes qui sont sortis chez beaucoup de producteurs qui n’avaient jamais eu ces symptômes », indique Mme Tellier, précisant que les coups d’eau et la chaleur contribuent à la prolifération du champignon. On présume donc que l’irrigation intensive par aspersion a contribué à son développement après l’implantation. Deux semaines après avoir mis en terre 70 000 plants de fraises sur 1,2 hectare, un producteur de Lévis, dans Chaudière-Appalaches, Vincent Méthot, a remarqué que quelque chose clochait.

« Environ 60 % du champ était affecté avec des feuilles tachetées. Il y a des plants qui sont morts. On pense que ce sont des pépiniéristes qui ont envoyé des plants infectés », témoigne l’agriculteur, qui a eu la confirmation de la présence du champignon dans son champ après avoir fait tester des plants en laboratoire. 

L’analyse se poursuivra ce printemps

Un projet est en préparation pour suivre les récoltes de fraises, cette saison, dans les champs qui ont été contaminés, indique Stéphanie Tellier. On saura alors si les rendements de fruits sont affectés.

Est-ce que le champignon survit bien à notre hiver? On n’en a aucune idée. En Floride, ça survit bien parce qu’il fait toujours chaud, mais ici? On n’a pas de réponse, mais on a du matériel pour investiguer.

Stéphanie Tellier, agronome

En attendant, elle suggère aux producteurs de garder les travaux à faire dans les champs qui ont été contaminés pour la fin, afin de limiter les risques de propagation dans d’autres champs.

Elle se veut aussi rassurante : « On se croise les doigts, mais on ne pense pas que ce sera aussi catastrophique qu’en Floride. »