Petits fruits 27 mai 2025

Fraises et framboises : la gestion de l’eau trop souvent négligée

Beaucoup de chemin reste à faire pour optimiser la gestion de l’eau chez les producteurs de fraises et framboises du Québec. C’est le constat qui ressort d’un projet mené sur trois ans dans 12 entreprises de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ) par Carl Boivin, chercheur à l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA).

Entre 2022 et 2024, l’agronome et son équipe ont accompagné 12 producteurs, prenant la première année pour observer leurs pratiques, la seconde pour proposer des correctifs adaptés à leurs façons de faire et la dernière pour mener des activités de diffusion destinées à sensibiliser l’ensemble des producteurs. 

« Ce qu’on constate, c’est que ces entreprises sont suivies par des agronomes qui ont de bonnes compétences en fertilisation et en gestion phytosanitaire, mais quand on arrive dans la gestion de l’eau, il n’y a pas beaucoup d’énergie qui est mise là-dedans », relève Carl Boivin. 

Absence ou mauvaise utilisation d’outils d’aide à la décision (ex. : tensiomètre), durée d’irrigation trop longue, fertigation appliquée au mauvais moment, système d’irrigation ne prenant pas en compte la topographie du sol (champs en pente), utilisation uniforme du système d’irrigation sans tenir compte du type de culture (ex. : fraises, tomates, poivrons), etc., représentent quelques-uns des problèmes vus sur le terrain. 

Bien connaître son système cultural

Carl Boivin

Ce qu’on a constaté, c’est que les producteurs qui étaient le plus avancés dans la gestion de l’eau étaient ceux qui connaissaient le mieux leur sol pour intervenir au bon moment. Il y a des producteurs qui font de la fraise dans le sable, d’autres dans l’argile. Il n’y a pas de consigne générale pour dire à quel moment déclencher l’irrigation. Ça va dépendre du type de sol, de la profondeur de l’enracinement et de la variété de fraises ou framboises.

Carl Boivin

L’agronome note qu’en général, les producteurs sont sensibilisés à la gestion des fertilisants, par exemple, mais encore trop peu à celle de l’eau. « Tu ne mets pas d’engrais et tu constates rapidement que ton champ ne va pas bien. Mais s’il manque d’eau ou qu’il en a trop, ce n’est pas encore évident de faire le lien avec la variation de la production. Il y a encore trop de producteurs qui vont se fier au fait que leur plant ramollisse pour déclencher l’irrigation. Il faut investir du temps pour apprendre à connaître son système cultural », insiste Carl Boivin. 

Diffusion de balados, de capsules vidéo, de fiches synthèses ont conclu la troisième année du projet. Maintenant que celui-ci est terminé, le chercheur de l’IRDA souhaite qu’il ne demeure pas sans suite. « L’idée, c’est que nos participants soient des ambassadeurs envers les autres producteurs », conclut-il.  

Pour écouter le balado (Eau)trement dit :