Petits fruits 2 juillet 2026

De plus en plus de framboises cultivées en pots

SAINTE-ANNE-DES-PLAINES – La culture de framboises sous abri et en pots, qui confère une meilleure durabilité aux fruits et plus de rendements que celle en champ, est devenue un incontournable pour plaire aux acheteurs, comme les grandes chaînes de supermarché. 

Les propriétaires de Fraisebec en sont conscients et s’apprêtent à doubler leurs superficies produites avec cette technique, en adaptant des espaces sous tunnels qu’ils avaient déjà. « C’est tellement une autre régie, en termes d’irrigation et de culture. En plus, tester des variétés, c’est un risque financier, donc on préfère y aller avec un virage progressif. Après quatre saisons à en faire sur 0,5 hectare, on sera prêts à doubler la production », a expliqué Pier-Luc Deschamps, au moment de la visite de La Terre à sa ferme de Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides, en juin.

Des six hectares de framboises que l’entreprise produit sous tunnel, un hectare sera donc cultivé en pots, dès la saison prochaine, tandis que le reste continuera de l’être à même le sol. Pour ce faire, l’espace sous abri ne sera pas agrandi. Une partie sera plutôt convertie, comme ç’a déjà été fait sur 0,5 hectare, en adaptant les tunnels aux besoins de la culture en pots. La toile est par exemple coupée pour favoriser une meilleure aération.  

Après avoir été nombreuses à essayer cette méthode de culture au tournant des années 2020, plusieurs fermes telles que la sienne en sont maintenant à l’étape d’augmenter leur production en hors-sol, constate le copropriétaire de la Ferme Onésime Pouliot, Guy Pouliot, dont l’entreprise vend des plants aux agriculteurs. 

« Il y a de plus en plus de clients par année qui s’approvisionnent chez nous et ceux qui ont déjà commencé grandissent », remarque le producteur de l’île d’Orléans, qui a contribué à l’instauration de cette technique culturale au Québec. Il n’existe pas de données officielles sur le phénomène, mais l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec estime que de 50 à 60 % des volumes de framboises produites à travers la province le sont aujourd’hui sous abri, en hors-sol, de même que la très grande majorité de celles vendues en épicerie.

« L’industrie de la framboise ne s’était pas développée depuis 100 ans avant cela, parce que nous n’avions pas une durée de conservation suffisante pour fournir les grandes chaînes d’alimentation, ajoute Guy Pouliot. La technique en pots nous permet de le faire, parce qu’elle nous permet d’utiliser des cultivars différents, avec une meilleure durée de vie. »

En plus, les agriculteurs ne sont plus limités à choisir des variétés résistantes aux hivers québécois. Ils peuvent se procurer des cannes de framboisiers qui ont été préparées en pépinière, puis les jeter à la fin de la saison, avant d’en racheter des nouvelles l’année suivante, comme le fait Fraisebec. 

Huit fois plus de rendement

En une saison, les plants cultivés en pots donnent environ huit fois plus de rendement que les arbustes cultivés en champ. « Parce que tu as vraiment des cannes qui sont préparées pour te donner un rendement. Elles sont taillées, coupées, exactement pour te donner le plus de rendement possible. En plus, c’est plus facile à cueillir », fait remarquer Pier-Luc Deschamps en désignant les tiges qui poussent en hauteur, permettant un travail en position debout, au moment de la récolte.

Ça prend beaucoup moins de temps [qu’avec des plants en arbuste qui poussent à même le sol], parce que le travailleur travaille debout, plutôt qu’accroupi. Tu gagnes du temps et du rendement, donc c’est vraiment plus rentable.

Pier-Luc Deschamps

Plus de surveillance requise

Lors de la visite de La Terre, le 5 juin, il n’y avait pas encore de fruits à récolter, car il était trop tôt en saison, mais un travailleur était sur place pour procéder au désherbage des pots. Il surveillait aussi la production, qui requiert une attention constante.

« C’est une méthode qui requiert plus de surveillance, note M. Deschamps. Ici, il y a toujours un gars qui check, parce qu’en pots, ça sèche très vite. Si tu n’arroses pas ou tu ne protèges pas, le plant ne peut pas aller chercher d’autres nutriments ou faire d’autres racines pour aller chercher de l’eau, contrairement à un plant dans le sol, qui a la terre », explique le producteur maraîcher, qui estime toutefois que le jeu en vaut la chandelle.

Lors de la visite de La Terre, le 5 juin, il n’y avait pas encore de fruits à récolter, car il était trop tôt en saison, mais un travailleur était sur place pour procéder au désherbage des pots. Il surveillait aussi la production, qui requiert une attention constante.

« Tout le monde s’en va là-dedans. Je te dirais que tous les grands joueurs de la framboise se sont convertis, ou vont se convertir, parce que ç’a fait ses preuves », croit l’agriculteur.