Des carcasses ont été aperçues par plusieurs citoyens dans le secteur de Baie-Saint-Paul, le 6 juillet. Photo : Gracieuseté du Charlevoisien
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S'abonner maintenantPrès de 70 moutons ont péri noyés sur les berges du Saint-Laurent à Baie-Saint-Paul, dans la région de la Capitale-Nationale, dans la nuit du 5 au 6 juillet. Ils ont été surpris par la marée alors qu’ils dormaient.
Depuis environ six ans, l’éleveur ovin Charles Cimon laisse son troupeau brouter les herbes salées qui poussent dans ce secteur de ses terres agricoles, en bordure du fleuve. Il dit exercer une surveillance chaque matin et vérifie régulièrement les prévisions des hauteurs des marées, assure-t-il. « Je n’ai jamais eu de problème avant, mais là, les dunes ont changé, elles remontent plus et les animaux ont commencé à aller manger là », raconte-t-il dans une entrevue accordée à La Terre, le 10 juillet.
Selon lui, les animaux, surpris par la montée des eaux pendant leur sommeil, ont tenté de fuir en empruntant un corridor où l’eau était plus profonde. Plusieurs se seraient ainsi noyées, alors qu’une autre partie a pu être rescapée le lendemain. Son troupeau, qui comptait 150 têtes, a subitement été réduit de moitié. M. Cimon évalue qu’il lui faudra au moins quatre à cinq ans pour le « remonter ».
« La perte est très grande. C’étaient de très bons animaux, avec une bonne génétique. C’est une erreur de parcours qui me coûte cher. C’est terriblement déchirant de voir ses animaux comme ça », regrette celui qui devra dorénavant modifier ses méthodes de pâturage. « Je vais devoir les rentrer la nuit », affirme-t-il.
Au moment de l’entrevue, il était en pourparlers avec son assureur pour évaluer les pertes, qu’il n’était pas encore en mesure de chiffrer. Il n’avait pas encore réussi à récupérer toutes les carcasses d’animaux sur les berges. Un travail complexe, évalue-t-il, en raison notamment du sol sablonneux où son tracteur risque de s’enliser. Entre-temps, la marée a emporté quelques carcasses, qu’il récupère lorsqu’elles sont retrouvées.
La Sûreté du Québec confirme être intervenue, le 6 juillet, en assistance au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Ce dernier n’était toutefois pas en mesure de commenter la situation, le 10 juillet. Le porte-parole du MAPAQ, Yohan Dallaire Boily, a seulement mentionné être « en communication avec l’entreprise et que le dossier était en analyse ».
Un « droit ancestral » pour le pâturage de ses animaux
Questionné sur son droit de laisser ses animaux au pâturage sur les berges du Saint-Laurent, l’éleveur ovin Charles Cimon évoque un droit ancestral qu’il a hérité de son père en reprenant la ferme. « C’est rare, car c’est un droit qu’on n’a jamais perdu à travers les générations. Mon père en était le bénéficiaire et il me l’a transmis. Je suis la 9e génération à l’avoir », soutient-il.
L’éleveur souligne que ce droit est différent d’un droit acquis, puisqu’il ne se transmet « que de pères en fils ». Au Canada, ces droits sont reconnus pour les peuples autochtones par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.
Sans confirmer à La Terre que ce producteur détenait bel et bien un tel droit, le MAPAQ a néanmoins précisé qu’au Québec, la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal prévoit « que les propriétaires ou gardiens d’animaux doivent assurer leur sécurité et leur bien-être en tout temps, même en situation d’urgence ». « Si des animaux se trouvent dans une zone à risque, un plan devrait être prévu pour leur évacuation vers un endroit sécuritaire afin d’assurer leur bien-être; un plan devrait aussi être prévu pour l’éventualité où les animaux doivent être laissés sur les lieux », a détaillé le porte-parole Yohan Dallaire Boily.