En piquant au même endroit, les mouches réussissent à percer la peau du mouton, causant des plaies vives qui peuvent s’infecter. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-CHARLES-SUR-RICHELIEU – La mouche piquante des étables, aussi connue sous le nom de mouche charbonneuse ou de mouche vampire en raison des plaies qu’elle peut causer aux animaux en se nourrissant de leur sang, donne du fil à retordre aux éleveurs de moutons et de chèvres. L’insecte se reproduit dans le fumier, aidé par des printemps et des automnes de plus en plus chauds, qui favorisent sa prolifération depuis environ cinq ans.
L’éleveuse ovine Johanne Cameron, copropriétaire des Bergeries Marovine, à Saint-Charles-sur-Richelieu, en Montérégie, constate que ces mouches causent un véritable problème de bien-être animal, car elles s’attaquent en groupe à l’animal en lui infligeant des plaies. « C’est même devenu un problème pour les agneaux qui veulent boire le lait de leur mère, puisque celle-ci donne souvent des coups de patte pour chasser les mouches et frappe involontairement ses petits », rapporte-t-elle.


Annie Daignault, vétérinaire de l’équipe de soutien santé du Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ), confirme qu’il s’agit d’un problème vécu par d’autres éleveurs ovins et caprins, et qui s’accentue depuis environ cinq ans, avec le réchauffement des températures.
On a vu des plaies au niveau du crâne et sur le dos. C’est souvent ces endroits-là, mais ça peut piquer partout. La mouche réussit à percer la peau, et ça fait quand même des plaies très vives qui peuvent suer et s’infecter. Les animaux se grattent et ça leur démange.
Les élevages caprins et ovins seraient plus propices à la prolifération de cette mouche en raison de la litière qui y est moins fréquemment ramassée que dans une ferme laitière, par exemple.
Peu de solutions pour l’instant
Bien qu’il existe des pesticides efficaces dans la lutte contre cette mouche du côté de la production bovine, souligne la vétérinaire, ces produits ne sont pas encore homologués pour les productions ovine et caprine, ce qui rend leur utilisation interdite.
« Les pesticides, c’est carrément un autre genre de produits [que les médicaments]. On ne peut pas les utiliser s’ils n’ont pas été homologués pour un élevage spécifique, puisque ce sont des animaux destinés à la consommation et qu’il faut des études pour évaluer leurs effets sur la viande », explique la Dre Daignault.
Depuis quelques années, le CEPOQ fait pression auprès du gouvernement canadien pour parvenir à faire homologuer des produits, spécifie la vétérinaire. Mais elle souligne que pour y parvenir, il faut investir dans des études et que, pour l’instant, les fabricants américains ont peu d’intérêt pour la production caprine et ovine canadienne, qui représente un très petit marché par rapport à d’autres. « De notre côté, on a les mains liées, car on a peu d’outils pour lutter contre cette mouche. Et pendant ce temps, les moutons se font littéralement manger la laine sur le dos », déplore-t-elle.
Les pesticides doivent être homologués avant d’être importés, fabriqués, vendus ou utilisés au Canada. C’est l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, filiale de Santé Canada, qui est responsable de l’application de la Loi sur les produits antiparasitaires.
Un problème similaire pour les poules de basse-cour
La vétérinaire Annie Daignault constate une situation similaire du côté des élevages de poules de basse-cour, qui représentent un petit marché peu lucratif pour les fabricants de pesticides. « Les poules des grands élevages n’ont pas ce problème, car elles sont gardées à l’intérieur, mais les poules de basse-cour sont affectées par plusieurs parasites, et on n’a aucun produit homologué pour les traiter », souligne-t-elle.
Trucs pour limiter la prolifération
- Désinfecter fréquemment les nombrils et les plaies des animaux, car ils sont attrayants pour ces mouches;
- Garder le bâtiment propre et sec, avec un écurage fréquent, car la reproduction des mouches se fait dans la matière organique;
- Consulter un expert en gestion parasitaire.
Source : CEPOQ