En novembre, les Producteurs d’œufs du Canada ont commencé à remarquer que les boîtes s’accumulaient dans leurs entrepôts. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantUne vague d’importation d’œufs de consommation des États-Unis provoque un surplus d’œufs sur le marché canadien.
La flambée du prix des œufs du côté américain pendant une grande partie de l’année a fait en sorte qu’il n’était plus profitable pour les transformateurs canadiens d’importer des œufs dans le cadre d’ententes commerciales, où il est possible d’importer jusqu’à 7 % de la production totale canadienne. « Ils ont donc attendu que le prix redescende, au mois d’octobre, pour se dépêcher à remplir leur contingent avant la fin de 2025, alors que normalement, il n’y a pas une seule grosse vague, mais plusieurs vagues [d’importation] réparties à travers l’année », explique Sylvain Lapierre, président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ).
L’effet a commencé à se ressentir sur le marché en novembre, quand les Producteurs d’œufs du Canada ont remarqué la présence de plusieurs douzaines d’œufs d’origine américaine sur les tablettes des épiceries canadiennes, alors que les œufs produits localement s’accumulaient dans leurs entrepôts.

Pour des raisons commerciales, les classificateurs-transformateurs, qui sont en concurrence les uns avec les autres, n’ont pas communiqué à l’avance leur stratégie d’importation aux producteurs d’œufs. Ceux-ci n’ont donc pas pu se préparer à l’arrivée de millions de douzaines d’œufs américains sur les tablettes. « On sortait d’une crise où il manquait d’œufs, et là, c’est l’inverse. Ça nous a pris par surprise. Normalement, on aurait dû allumer une lumière jaune pour nous avertir », déplore le président de la FPOQ, qui ajoute que ce n’est pas la première fois qu’une telle situation survient. Les producteurs de l’Ontario et du Québec ont d’ailleurs tenu une rencontre avec les transformateurs pour trouver des solutions possibles à cet enjeu.
Efforts pour réduire la production
Entre-temps, les fédérations de chaque province travaillent à réduire leur nombre de poules pondeuses pour diminuer la production. « On avait gardé les plus vieilles pondeuses en poste quand il manquait d’œufs. Là, on retire les poules en surplus lorsqu’on change les lots, et peut-être qu’on devra faire de l’abattage hâtif au besoin. Il faut s’adapter, faute de pouvoir contrôler l’offre, car c’est un aliment périssable », rappelle M. Lapierre.
Une grande partie des surplus a également été redirigée vers les banques alimentaires, qui ont d’abord accepté volontiers ces dons, mais qui font elles aussi face au caractère périssable de la denrée, ne pouvant tout récupérer d’un coup.
Les œufs ont généralement une date de péremption qui s’étend jusqu’à 42 jours après l’emballage, et ceux qui se rapprochent de leurs limites sont utilisés pour la transformation alimentaire, où ils sont pasteurisés, spécifie Sylvain Lapierre. « On travaille fort pour ne rien gaspiller et tout écouler, mais c’est un défi de logistique », souligne celui qui observe déjà une diminution de la pression dans les entrepôts grâce aux mesures déployées.
En parallèle, il signale que les transformateurs ont eu l’autorisation d’Affaires mondiales Canada de diminuer leurs importations d’œufs des États-Unis, sans crainte de perdre leur permis d’importation s’ils ne remplissaient pas l’entièreté de leurs contingents. Cela devrait aider à retrouver un équilibre sur le marché canadien, selon lui.
Contrecoups économiques
Ce sont les Producteurs d’œufs du Canada et les fédérations provinciales qui assument présentement les contrecoups financiers de la gestion des surplus et des dons faits aux banques alimentaires, alors que les producteurs d’œufs continuent d’être payés normalement.
Le bilan des pertes sera évalué plus tard par les Producteurs d’œufs du Canada, a indiqué M. Lapierre, qui a ajouté qu’une partie devrait être épongée à même les surplus des fédérations, alors qu’une autre pourrait être réorientée vers les producteurs, selon l’ampleur des pertes financières.