Maraîchers 30 octobre 2025

Une production orangée qui grandit en même temps que lui

À l’approche de l’Halloween, les citrouilles du (plus si) jeune Émile Gariépy sont bien en évidence devant bon nombre de supermarchés Metro de la province. Dix ans après son passage remarqué à l’émission Dans l’œil du dragon, alors qu’il n’avait que 11 ans, sa production signature a connu une croissance exponentielle. Elle ne représente toutefois qu’une infime partie du volume de tous les autres légumes qu’il cultive désormais sur plus de 300 hectares, dans Lanaudière. 

« On a vraiment donné la claque », affirme le producteur maraîcher de Saint-Roch-de-l’Achigan, dont les superficies de terres louées et achetées ont presque triplé dans la dernière année, passant de 130 hectares à 375 hectares. L’entrepreneur a aussi investi massivement pour la construction de cinq entrepôts à atmosphère contrôlée, dont le plus gros se trouve sur le site où un projet de construction d’aérodrome ne s’est jamais concrétisé, à Saint-Roch-de-l’Achigan, et que sa famille a finalement acheté en 2024. 

Si sa production de citrouilles, avec laquelle il s’est fait connaître, a pris du galon, elle ne représente que 8 % de tout ce qu’il cultive désormais. Ces trois dernières années, l’entrepreneur a surtout travaillé à faire croître ses superficies de légumes racines destinés à la conservation, à commencer par la carotte, son produit de prédilection. 

L’entrepreneur a aussi investi massivement pour la construction de cinq entrepôts à atmosphère contrôlée.
L’entrepreneur a aussi investi massivement pour la construction de cinq entrepôts à atmosphère contrôlée.

« On cultive des betteraves, du panais, des navets, des choux, des courges et des citrouilles, mais notre core business, c’est la carotte. Ça représente 36 % de notre production », spécifie l’agriculteur, qui vend la majorité de ses légumes dans les grandes chaînes de supermarchés québécoises, mais aussi à l’exportation. Comme il voit grand pour son entreprise en pleine expansion, à laquelle son frère et son ami se sont joints en tant qu’actionnaires, la diversification était un incontournable, selon lui. 

« Avec les courges et citrouilles, l’enjeu c’est que la saison est courte. On ne peut pas doubler de superficie chaque année dans la citrouille, parce qu’il n’y en a pas assez qui sont consommées annuellement. Tandis que la carotte, tout le monde en a un sac dans le frigo, 12 mois par année », fait valoir celui dont les affaires vont bon train. L’entrepreneur affirme avoir triplé son chiffre d’affaires depuis l’an dernier.

Lorsqu’on lui demande quelle est la clé du succès de sa ferme, Émile Gariépy donne beaucoup de crédit à son équipe. « On est une équipe jeune et bien entourée. On est une team de course, on a du fun à travailler ensemble, et ça fait en sorte que même les plus gros défis, on est capables de les relever. »

L’agriculteur estime aussi se démarquer par sa façon de « faire différemment ».

« Je ne suis pas celui qui a les entrepôts les plus majestueux. On a bâti des beaux trucs, mais pour la grandeur qu’on cultive, on est super lean [sans superflus] dans nos opérations, mais on est super efficaces. Tout est bien drillé. Donc il n’y a pas de perte monétaire et de temps dans nos opérations », explique celui qui croit avoir ainsi créé de bons liens d’affaires avec une clientèle « là pour rester » au Québec, mais aussi aux États-Unis et dans les Maritimes. 

Avec ses nouveaux entrepôts, il se fixe comme objectif de renforcer ces liens encore plus en fournissant des légumes à l’année à ses acheteurs. 

Marché inondé de carottes

En cette saison de marché inondé de carottes et de prix à plat, bon nombre de maraîchers associent en partie la surabondance à la croissance des superficies cultivées au Québec et à l’émergence de nouveaux joueurs dans cette production, ces dernières années. 

La carotte, qui représente 36 % de la production, est devenue le légume de prédilection de la ferme.
La carotte, qui représente 36 % de la production, est devenue le légume de prédilection de la ferme.

Émile Gariépy ne se sent toutefois pas coupable de prendre sa place, surtout qu’il estime que les nouveaux joueurs n’ont rien à voir avec l’état du marché actuel. « Je suis une goutte dans l’océan. On est tous une goutte dans l’océan. Ce sont les grosses fermes américaines qui dictent le marché. » 

Il est d’avis que l’abondance de carottes au Québec, cette année, est surtout attribuable aux conditions climatiques qui ont favorisé un rendement exceptionnel dans les champs et non à l’augmentation des superficies cultivées.

L’ambitieux producteur n’a donc pas l’intention de se freiner dans son élan, loin de là. Sans en dévoiler trop sur ses projets à court terme, pour l’instant, il affirme que l’ascension de son entreprise, qui a déjà beaucoup grandi avec lui, ne fait que commencer.  

Beaucoup de petites citrouilles

Aux Fermes Émile Gariépy, de Saint-Roch-de-l’Achigan, les rendements au champ de courges et de citrouilles ont été exceptionnels, cette année. « On a eu un été sec, donc beaucoup moins de maladies. On a calculé que chaque plant a donné 2,2 citrouilles en moyenne, au lieu de donner 1,2 citrouille, comme une année normale », témoigne son copropriétaire, Émile Gariépy. « Le calibre était un peu moins gros qu’à l’habitude, mais somme toute, on a eu une super saison de citrouilles et courges. »