Les frères Nicolas et Samuel St-Jacques ont beaucoup appris des méthodes de culture et de vente développées par leur père. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINTE-CLOTILDE – La saison est lancée depuis la fin avril dans les champs de terre noire de la ferme Laitue St-Jacques, à Sainte-Clotilde, en Montérégie. Pour le patriarche, Robert St-Jacques, qui s’implique dans l’entreprise avec sa conjointe, Linda Lemieux, et leurs deux fils, Samuel et Nicolas, les premières semaines du printemps s’accompagnent toujours de ce « petit thrill » du début saison le motivant à cultiver ses laitues avec brio pour en obtenir un meilleur prix.
Le premier défi de 2026 a été de trouver la bonne fenêtre pour semer entre le froid et la pluie, qui se sont éternisés. « C’était encore risqué pour le gel quand on a commencé, le 25 avril, mais à un moment donné, il faut y aller et prendre des risques. Sinon, ça ralentit trop la récolte, autour de la Saint-Jean-Baptiste, et la deuxième plantation après », confie M. St-Jacques. Ces décisions rapides, il en raffole, confie celui qui continue de guider au besoin les décisions de ses deux fils, aujourd’hui aux commandes de l’entreprise. « On a beau planifier ce qu’on veut faire sur papier, ça reste qu’entre deux lignes, il y a beaucoup d’improvisation. Ce n’est donc pas le temps de prendre des vacances d’ici la fin novembre. Sinon, tu passes à côté de la saison », prévient le maraîcher d’expérience.

Au fil des années, le producteur a développé une méthode de culture de laitues sur mesure, « par essais et erreurs, en se concentrant sur les résultats », précise-t-il. Son fils Samuel, qui s’occupe des travaux au champ, a poursuivi dans la même lignée, en peaufinant cette méthode, un peu moins rapide que d’autres, mais qui leur permet d’avoir ce qu’ils estiment être « la petite coche de plus » que leurs concurrents. « On est restés avec nos six petites buttes indépendantes [plutôt qu’avec une rangée plus large] », explique le jeune producteur.
Cette stratégie s’imbrique de manière très étroite avec celle de la vente de leur production, faite de manière indépendante en négociant directement avec les grossistes depuis une vingtaine d’années. « On travaille tellement fort : je voulais obtenir de meilleurs prix que ce que m’offraient les grandes bannières. C’est moins stable – on n’a rien d’écrit sur papier, on reçoit nos commandes aux dix jours et c’est parfois un casse-tête –, mais toute l’incertitude que ça crée, on le regagne en revenus », souligne Robert St-Jacques. Son fils Nicolas, qui a repris le volet négociations des ventes avec les grossistes, en plus de superviser un kiosque à la Place des producteurs, renchérit : « On est un peu plus chers que d’autres, mais nos boîtes sont plus lourdes, et la laitue en terre noire, c’est meilleur que celle cultivée en terre minérale, donc cette qualité, c’est l’argument pour avoir notre piastre de plus. »

L’art de « se retourner sur un dix cents »
Quand on vend sa production de manière indépendante, il faut aussi savoir user de stratégie pour obtenir les meilleurs prix. Cela s’avère toutefois difficile, « puisque le gros de la production de laitues en terre noire de la région arrive pas mal tout en même temps », souligne Samuel.
Or, selon son père, il y a toujours moyen de tirer son épingle du jeu. Par exemple, en début de saison, il préfère ne pas utiliser de bâches, qui leur permettraient pourtant de démarrer plus rapidement. « Pour nous, c’est un couteau à double tranchant. Car du côté d’Oka et de Saint-Eustache, ils ont un microclimat et peuvent récolter plus vite que nous de toute façon. Si on arrive en même temps qu’eux, on n’aura pas d’aussi bons prix parce qu’il y aura surabondance », estime-t-il.
Avec le temps, il a également compris l’importance de toujours être aux aguets et de savoir « se revirer sur un dix cents » pour adapter les méthodes de culture aux champs selon les caprices de dame Nature. « Car plus la météo nous donne du fil à retordre, plus l’offre de laitues baisse sur les marchés, et c’est là qu’on peut aller chercher les meilleurs prix », confie le fin joueur, qui est persuadé qu’en faisant preuve d’ingéniosité, il y a toujours une façon de maintenir la constance et la qualité de la production.

Il remarque aujourd’hui avec fierté que ses deux fils ont acquis cet art de s’adapter rapidement, qui ne s’apprend que sur le terrain, selon lui. « Ils ont appris comme ça : ils le voient, ils le vivent, et ils comprennent qu’on n’a pas toujours un guide à suivre. C’est souvent entre les deux oreilles que ça se passe », lance-t-il.
La famille St-Jacques possède environ 115 hectares de terres en culture, dont 80 en terre noire permettant de faire deux récoltes de laitues par saison (romaine, iceberg et frisée). À cela s’ajoute une production de chou nappa, de bok choy, de courgettes, de céleri-rave, de céleri en branches et d’oignons rouges et jaunes.