Maraîchers 24 septembre 2025

Une faible demande aux États-Unis pour plusieurs légumes

Alors que la récolte bat son plein, des maraîchers du Québec affirment obtenir des prix plus bas que la normale pour leurs légumes, depuis août. Cette situation semble découler d’une demande au ralenti, dans plusieurs catégories de produits, sur les marchés américains, jumelée à des récoltes abondantes aux États-Unis.

Sébastien Brossard

C’est du moins le constat de l’agroéconomiste pour le compte de plusieurs associations de producteurs horticoles, Sébastien Brossard, qui suit l’état des marchés chez nos voisins du sud. Il remarque que la demande à Boston, où de nombreux maraîchers du Québec exportent leurs légumes, « marche moins que les années précédentes » pour certains produits. Il présume que le contexte de guerre commerciale y est pour quelque chose.

Les Canadiens veulent acheter canadien, mais les Américains aussi semblent vouloir acheter américain.

Sébastien Brossard

D’autant plus que l’offre de plusieurs légumes américains est abondante, cette année, par rapport à la demande, ce qui fait descendre les prix.

Un producteur de Sainte-Clotilde, en Montérégie, Jean Cousineau, remarque que le marché est engorgé à l’exportation pour ses poivrons.

« Chez nous, dans les poivrons verts, la température est au rendez-vous. Il y a beaucoup de rendement et la qualité est là, mais les prix sont moins bons qu’une année normale », remarque-t-il.

Le président du Groupe Vegco, qui regroupe 12 fermes maraîchères dans les terres noires de la Montérégie, Marc-André Van Winden, a un son de cloche similaire en ce qui a trait aux oignons et aux carottes, qui transitent par son centre de distribution de Sherrington. Les légumes sont beaux et abondants, mais les marchés à l’exportation ne sont « pas extraordinaires », témoigne-t-il.

Bonnes récoltes aux États-Unis

Sébastien Brossard remarque que les récoltes de poivrons, dans l’est des États-Unis, notamment au New Jersey et en Géorgie, ont été bonnes, de même que celles de carottes en Californie et d’oignons en Oregon, dans l’État de Washington, en Californie et en Idaho.  

« Si on prend les poivrons, la production aux États-Unis est de très bonne qualité. Il y a une grosse offre. Il y a beaucoup de volumes disponibles; c’est certain que ça joue directement sur le prix », analyse-t-il, expliquant que les récoltes de ce légume, sur la côte-est américaine, ne semblent pas avoir été endommagées par des ouragans comme l’année dernière.

Sébastien Brossard remarque que les récoltes de poivrons, dans l’est des États-Unis, ont été bonnes, ajoutant que les récoltes de ce légume ne semblent pas avoir été endommagées par des ouragans comme l’année dernière. Photo : Shutterstock

Du côté des oignons verts, le Mexique, qui a eu de bonnes récoltes, semble concurrencer les produits du Québec sur les marchés américains, observe l’agroéconomiste. Pour Madeleine Zumstein, productrice à Sherrington, et Olivier Barbeau, maraîcher à Saint-Michel, ce sont justement les oignons verts qui ont été difficiles à vendre à bon prix, pendant plusieurs semaines, dernièrement.

La « morosité économique » perdure

Selon Sébastien Brossard, lorsque les exportations de légumes du Québec vers les États-Unis sont au ralenti, il y a généralement des répercussions sur le marché local.

Guy Milette, vice-président exécutif pour le grossiste Courchesne Larose, l’un des plus gros distributeurs de fruits et légumes importés et locaux au Canada, le remarque.

« On a peut-être 5 % moins de caisses de légumes qui transitent par chez nous que lors d’une année normale. Habituellement, ce sont 450 000 caisses de produits, par semaine, qui passent par nos entrepôts. Cette année, c’est peut-être 20 000 caisses de moins », observe-t-il.

Chaque automne, avec le retour à l’école qui coûte cher aux familles en fournitures scolaires, un ralentissement des ventes d’aliments se fait sentir, mais cette année, le phénomène semble « exacerbé par une morosité économique qui perdure », ajoute le grossiste. 

L’inflation du coût de la vie et des aliments vient mettre une pression économique sur les familles. Elles dépensent un peu moins, en général. On le voyait déjà l’année passée, mais on continue d’en sentir les effets.

Guy Milette

M. Milette rappelle toutefois que l’automne n’est pas terminé et que les marchés pourraient se redresser. Dans certaines productions, notamment de laitues, les marchés et les prix sont bons pour les maraîchers, nuance-t-il par ailleurs.