Maraîchers 22 mai 2026

Un petit fruit qui vient de loin cultivé au bord du fleuve

À Saint-Ulric, en Matanie, une entreprise fait pousser des minikiwis, des pawpaws et des figues à quelques pas du fleuve Saint-Laurent. Fondée par Mélissa Pelletier et Claude-François Lamarche en 2023, Énergie Kiwi mise sur la lyophilisation pour transformer des fruits fragiles en produits à longue conservation et sans additif.

Tout a commencé par une passion partagée pour les vieilles variétés de plantes et les fruits oubliés. « J’ai fait carrière en médecine nutritionnelle avant de prendre ma retraite pendant la COVID-19, raconte Mélissa Pelletier. Je cultivais depuis longtemps une petite collection de plantes ancestrales au Témiscouata, d’où je suis originaire. » Son conjoint, Claude-François Lamarche, un contremaître en construction originaire de Saint-René-de-Matane, transportait, quant à lui, ses plants de vieux pommiers de déménagement en déménagement depuis des années.

Révélation

À leur arrivée à Saint-Ulric, l’idée de planter des minikiwis en haies brise-vent s’est transformée en révélation. « Quand on s’est rendu compte que certaines variétés pouvaient produire jusqu’à 80 ou 100 kilos par plant, on s’est mis à s’intéresser aux fruits plutôt qu’à la plante pour son effet couvrant de pergola », raconte M. Lamarche.

Aujourd’hui, le verger compte une cinquantaine de variétés de fruits, tels que des kiwis, des poires, des pommes, des figues, des argouses, des pawpaws, des camerises, des noisettes et bien d’autres, plantées tant à des fins commerciales que médicinales.

Ce n’est pas nécessairement pour tout commercialiser, mais beaucoup pour la biodiversité de l’endroit. Ça a tellement été aseptisé pour la monoculture qu’on essaie de ramener de la biodiversité.

Mélissa Pelletier

Choix climatique surprenant

Contre toute attente, le climat de La Matanie s’avère idéal pour le minikiwi, de l’avis de Claude-François Lamarche. « Les études faites au Québec proviennent beaucoup de la Mauricie et de Montréal, explique-t-il. Or, je trouve qu’elles sont faussées. On a moins de difficultés à faire pousser le minikiwi ici que dans ces régions. »

Selon lui, la raison tient à la phénologie locale. Dans les régions plus au sud, les kiwis fleurissent tôt au printemps et sont vulnérables aux gels tardifs. Au Bas-Saint-Laurent, les fleurs ne sortent pas avant le 20 juin, éliminant pratiquement tout risque. Les automnes longs et doux permettent aux dernières variétés d’atteindre leur pleine maturité. L’entreprise prévoit d’ailleurs produire de 30 à 50 tonnes de minikiwis par année d’ici cinq ans.

Les minikiwis de l’entreprise Énergie Kiwi poussent en Matanie face au fleuve Saint-Laurent. Photo : Page Facebook d’Énergie Kiwi
Les minikiwis de l’entreprise Énergie Kiwi poussent en Matanie face au fleuve Saint-Laurent. Photo : Page Facebook d’Énergie Kiwi

Qualifiée de « pouponnière », la serre permet d’accélérer le développement des plants avant leur transplantation au champ. Une trentaine de cultivars de kiwis sont actuellement en culture, principalement Actinidia kolomikta et Actinidia arguta, mais également certaines variétés introuvables sur le marché, selon Mélissa Pelletier. Parmi elles se trouve une variété de minikiwis pourpre à chair rouge. 

La lyophilisation au cœur du projet

La grande innovation d’Énergie Kiwi est d’ordre technologique. L’entreprise s’est dotée de quatre lyophilisateurs, représentant une capacité de traitement de 20 tonnes par année. La productrice maraîchère explique que le procédé consiste à sublimer l’eau contenue dans les fruits, c’est-à-dire à la faire passer de l’état solide (glace) à l’état gazeux sans transiter par l’état liquide. Cela permet de conserver 98 % des nutriments ainsi que la forme, la couleur et le goût des aliments.

L’idée est venue d’un double constat : les fruits déclassés représentent de 20 à 30 % des récoltes et certaines propriétés nutritionnelles du minikiwi méritaient d’être préservées. « On s’est rendu compte que le kiwi était potentiellement anti-cancer », avance Mélissa Pelletier, qui collabore avec l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de l’Université Laval.

Les produits lyophilisés d’Énergie Kiwi, qui se présentent sous la forme de fruits entiers, en tranches, en cubes et en poudre, sont emballés dans des sacs Mylar à très longue conservation. La réduction de 90 % du poids diminue également l’empreinte carbone liée au transport. « Dès l’an prochain, nous serons en mesure de lyophiliser plus de 200 tonnes de fruits et de légumes », prévoit Mme Pelletier.

Les enfants comme premiers testeurs

L’entreprise a développé ses produits en collaboration directe avec les enfants de La Matanie. « Il n’y a pas plus pur qu’eux, estime Mélissa Pelletier. Il n’y a pas de commentaires plus directs. Ils n’ont aucun filtre! » C’est donc à leur demande que les fraises sont lyophilisées entières, les poires taillées en cubes et les bananes coupées selon une épaisseur précise.

Des poudres de fruits, un sous-produit du processus, servent à élaborer des boissons à base d’eau pétillante et de sirops de fleurs.

L’ambition des deux copropriétaires va au-delà du commerce. Ils espèrent éventuellement obtenir des subventions pour développer un volet agrotouristique. Ils font aussi le pari que ce fruit méconnu qu’est le minikiwi deviendra l’une des cultures d’avenir au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.