Maraîchers 22 mai 2026

Technologies de désherbage : deux nouveaux protocoles

Le Réseau d’expertise en innovation horticole lance deux protocoles qui standardisent l’évaluation des technologies de désherbage, autant en maraîchage que sur le rang en verger pomicole. 

Développés par le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) et l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), ces protocoles s’accompagnent d’un guide qui en facilite l’usage. Ce guide répond directement aux préoccupations des producteurs : manque de main-d’œuvre, accès restreint aux herbicides, résistance des mauvaises herbes et risques de phytotoxicité. Le manque de validation locale des nouvelles technologies représente un autre enjeu majeur : le guide propose des outils concrets pour générer des données adaptées aux conditions réelles de production, et soutenir la prise de décision avant d’investir dans des équipements.

« Ce mandat nous a été donné par l’Association des producteurs maraîchers du Québec, et le protocole s’adresse plutôt aux chercheurs et agronomes/conseillers qu’aux producteurs », précise Élise Smedbol, chercheuse en malherbologie à l’IRDA. « L’objectif était de suggérer un choix de métriques techniques et économiques les plus pertinentes pour évaluer les technologies de désherbage dans les cultures maraîchères. De façon simple, un dispositif pouvant s’implanter chez un producteur ou dans un centre de recherche, mais rigoureux scientifiquement pour obtenir des données probantes et comparables », explique la chercheuse.

Des critères techniques, opérationnels et économiques

Le protocole générique s’appuie sur un outil de comparaison technico-économique sous forme de chiffrier Excel. Il permet d’évaluer, de façon objective, différentes technologies à partir de paramètres clés.

Parmi les critères techniques, l’indicateur clé est l’efficacité du désherbage, mesurée avant et après l’intervention dans un quadrat pour vérifier la capacité réelle d’une technologie à réduire la pression des mauvaises herbes et à remplacer – ou compléter – les herbicides. L’outil évalue aussi les dommages potentiels à la culture, afin d’éviter toute perte de rendement liée à la phytotoxicité ou à l’action mécanique.

En matière de critères opérationnels, le temps d’opération, le nombre de passages et la main-d’œuvre sont considérés, puisqu’ils influencent directement les coûts et l’adoption d’une technologie.

L’analyse des critères économiques couvre les coûts de possession (achat, amortissement, entretien), les frais d’exploitation (main-d’œuvre, carburant, intrants) et le coût total par hectare, par passage ou par année. Le protocole permet ainsi de comparer des solutions très différentes – du matériel spécialisé aux options plus simples – en offrant une vision réaliste du coût réel d’utilisation.

Cibler les besoins : un travail d’équipe

Le guide inclut aussi des tableaux qui peuvent être utilisés pour définir des besoins et identifier les technologies d’intérêt. « Pour l’utilisation du protocole, je recommanderais au producteur comme première étape de s’asseoir avec son conseiller et de bien évaluer ses besoins et ses défis de désherbage. C’est l’étape la plus importante et le protocole se veut un guide pour cette réflexion », recommande Élise Smedbol. « Pour la mise en place des essais, une discussion entre producteurs, conseillers et chercheurs semble être la meilleure formule. De cette manière, on s’assure que le protocole est rigoureux et réaliste, et qu’il correspond au besoin du producteur », souligne-t-elle.