Maraîchers 31 janvier 2025

Revenu de Whistler pour préserver l’héritage familial

Bien décidé à préserver la ferme ancestrale après le décès de son grand-père, Samuel Breton Lord a quitté l’Ouest canadien pour revenir s’installer au Québec et suivre sa formation en agriculture biologique. Avec un partenaire rencontré au cégep de Victoriaville, il s’est donné le défi de remettre en culture la terre familiale située dans le Centre-du-Québec, qui n’avait pas été labourée depuis 40 ans, et d’y démarrer sa ferme maraîchère.

« J’ai toujours eu un attachement particulier à la terre. Un an après la mort de [mon grand-père], ça nous amène en décembre 2020, durant la pandémie, ma mère voulait vendre. Moi, j’ai dit non », raconte Samuel, 33 ans. Ce dernier était allé s’installer à Whistler, en 2017, après ses études universitaires en géographie. La volonté de sa mère de vendre l’héritage familial a été le signal qu’il devait rentrer au bercail. 

C’est quand même mon arrière-arrière-grand-père qui a défriché. J’aurais trouvé ça vraiment triste qu’un gentleman farmer achète la terre.

Samuel Breton

Son grand-père était un producteur laitier à la retraite depuis des années. Il possédait encore les bâtiments d’époque qu’il avait lui-même repris de la génération précédente et qui avaient été construits dans les années 1940. Samuel Breton Lord a fait l’acquisition du site à son tour dans l’optique de démarrer officiellement sa ferme maraîchère la saison prochaine avec son partenaire, Maxime Bélisle. Ensemble, ils ont converti le vieux hangar en salle de conditionnement pour les légumes et utilisent la grange pour ranger du matériel.

Au printemps dernier, ils ont déployé beaucoup d’efforts pour travailler le sol et drainer un champ de près de deux hectares, dont une parcelle servira à la culture des légumes dès 2025. Ils ont labouré la terre, se sont attelés à la gestion des mauvaises herbes et ont semé des engrais verts.

« Ça n’avait jamais été cultivé. Il n’y avait jamais eu de maïs ou du soya parce que mon grand-père achetait les grains à la meunerie. Juste faire drainer, ç’a coûté un gros 20 000 $. La gestion des mauvaises herbes, ç’a été quelque chose aussi », raconte Samuel.

Samuel Breton Lord et Maxime Bélisle démarreront officiellement leur ferme, L’Or du Potager, en 2025, à Sainte-Cécile-de-Lévrard, dans le Centre-du-Québec.

Vente de légumes aux entreprises

Dès le printemps, Samuel et Maxime démarreront officiellement leur ferme, L’Or du Potager, à Sainte-Cécile-de-Lévrard, dans le Centre-du-Québec. Conscients du contexte économique difficile pour les fermes de proximité, ils veulent se démarquer en ne vendant leurs paniers de légumes qu’à des entreprises. 

« Nous, on fera affaire avec les employeurs. Eux offriront à leurs employés, comme avantage, la possibilité de s’abonner à des paniers de légumes dont ils assumeront une partie des coûts. Les employeurs nous paient la facture totale et décident quelle proportion ils refilent à leurs employés », explique Samuel Breton Lord, affirmant que son concept semble plaire à des entreprises du coin avec lesquelles il dit avoir déjà tissé des partenariats.

Le grand-père de Samuel Breton Lord était un producteur laitier à la retraite, qui ne cultivait pas la terre. Celle-ci n’avait pas été labourée depuis 40 ans.

Son objectif, pour la première année, est de vendre 84 paniers par semaine. Une trentaine de légumes seront cultivés à la ferme sur 6 600 mètres carrés avec pour objectif, d’ici 5 ans, de produire sur 2 hectares et de vendre 380 paniers sur une base hebdomadaire. 

« Pendant mes études, je me demandais comment j’allais me démarquer des autres. Je sais que c’est un milieu vraiment difficile, mais moi, je pars avec une longueur d’avance, parce que j’ai déjà ma terre pour laquelle ma mère m’a donné un congé de paiement jusqu’en 2030. Je ne voulais pas perdre cette avance », témoigne Samuel Breton Lord.

Il précise que les investissements de départ pour le démarrage de la ferme ont été d’environ 56 000 $ cette année, dont une partie sera couverte par des subventions. Il prévoit faire un revenu de 50 000 $ en 2025, mais devoir investir 40 000 $ supplémentaires. Pour garder la tête hors de l’eau, les premières années, il travaillera 20 heures par semaine dans une quincaillerie du coin.