Maraîchers 22 mai 2026

Quand mise en marché rime avec solidarité

À Saint-François-Xavier-de-Brompton, Matthieu Brisset, propriétaire des Jardins du Haricot Magique, a trouvé une avenue originale pour stabiliser ses revenus : un partenariat stratégique avec Moisson Estrie. Ce projet pilote, axé sur la carotte de conservation, transforme la gestion des stocks et la planification de cette ferme maraîchère biologique de 10 hectares.

À l’inverse des circuits de vente traditionnels, où la demande peut varier considérablement, l’entente conclue avec Moisson Estrie procure une stabilité appréciable dans un milieu souvent soumis à l’incertitude. Les volumes, les prix et le calendrier de livraison sont déterminés avant même que les semences touchent le sol.

Le principal avantage, c’est de savoir d’avance que les légumes vont trouver preneur. Quand tout est établi au départ, on peut mieux organiser le travail, les achats et la production.

Matthieu Brisset

Le producteur indique que lors de la saison 2025, l’objectif initial de 10 000 kg de carottes a été largement dépassé, avec 13 000 kg livrés à l’organisme afin de soutenir les personnes en situation de précarité. Cette quantité représente environ 70 % de sa récolte totale de carottes. « Ça nous donne une stabilité qu’on n’a pas toujours dans le maraîcher. On sait pour qui on produit et en quelle quantité », ajoute-t-il.

Matthieu Brisset note que les carottes conviennent particulièrement bien à ce type de partenariat, car elles sont populaires, faciles à conserver et peuvent être distribuées pendant une longue période, contrairement à d’autres légumes dont la disponibilité est plus saisonnière.

Diversifier pour répartir les risques

Bien que l’entente institutionnelle soit un pivot, la ferme, fondée en 2014, ne met pas tous ses légumes dans le même panier. La mise en marché s’appuie sur un réseau varié incluant des ventes à d’autres fermes, des épiceries locales et une participation au regroupement Bio Locaux des Cantons pour la distribution de paniers d’hiver. « Cette diversité de débouchés permet de mieux répartir les risques, même si la demande demeure toujours un peu variable d’une saison à l’autre », souligne le producteur.

Les Jardins du Haricot Magique misent également sur la mécanisation pour demeurer compétitifs. C’est notamment le cas pour la récolte des haricots, une culture que Matthieu Brisset fournit aussi à d’autres maraîchers pour qui la production manuelle serait trop onéreuse à petite échelle.

La ferme cultive une diversité de légumes, notamment des carottes, betteraves, panais, haricots, fraises, brocolis, choux-fleurs, ainsi qu’un peu d’oignons et de courges.
La ferme cultive une diversité de légumes, notamment des carottes, betteraves, panais, haricots, fraises, brocolis, choux-fleurs, ainsi qu’un peu d’oignons et de courges.

Des bras en renfort 

Le modèle de la ferme se distingue en outre par l’organisation de chantiers communautaires. Lors des samedis de désherbage manuel ou de récolte, jusqu’à une vingtaine de bénévoles se joignent aux quatre employés réguliers. Cette mobilisation permet de soutenir l’effort physique exigeant tout en impliquant les citoyens dans le système alimentaire local.

Enfin, la ferme optimise chaque récolte en valorisant ses légumes déclassés. Les carottes qui ne répondent pas aux standards esthétiques des circuits commerciaux sont redistribuées aux banques alimentaires et aux cuisines collectives, assurant que la production profite au réseau d’aide régionale.

Pour l’avenir, Matthieu Brisset prévoit une croissance graduelle, ajustant ses superficies cultivées – quatre hectares étaient en culture l’an dernier – selon les commandes fermes qu’il recevra, tout en maintenant ses événements saisonniers à la ferme.