Les plants de concombres de transformation, jaunis par le manque d’eau, laissent place à de nombreux légumes difformes, déclassés ou qui ne poussent pas. Photo : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-JACQUES – Un producteur maraîcher de Lanaudière, André Brisson, s’inquiétait sérieusement pour ses cultures de concombres destinés à la transformation lorsque La Terre lui a rendu visite, le 12 août. La sécheresse, qui sévissait depuis un mois, dans sa région, l’avait déjà forcé à laisser de grandes quantités de légumes déformés au champ, durant la période névralgique d’une récolte qui ne dure que cinq semaines.
« Tu vois, ici, le cornichon est tout croche, donc il va être déclassé. Lui aussi est difforme, parce qu’il manque d’eau. On voit qu’il y a des petites fleurs, mais qu’elles vont toutes avorter. Le petit cornichon, ici, il est mort », énumère le propriétaire des Cultures Brisson, en désignant plusieurs endroits où le sol est crevassé et les plants, jaunis.
Plus loin, des travailleurs s’affairent à la cueillette de concombres qui seront livrés au transformateur Putters, mais les quantités à récolter sont limitées. Les champs n’ont pas reçu d’eau depuis le début de cette courte période de récolte, à la fin juillet, et les plants sont peu productifs. Il ne reste que deux semaines de cueillette pour espérer rattraper les pertes de rendement, mais le producteur a peu d’espoir qu’il se mette à pleuvoir suffisamment pour y parvenir. D’autant plus qu’au lendemain du passage de La Terre, ses champs de concombres n’ont pas profité d’une averse qui est tombée à bon nombre d’endroits dans la grande région de Montréal.

« J’ai eu de la pluie, par endroits, dans mes carottes et mes oignons, mais dans mes concombres, pas une goutte depuis le 12 juillet », se désole l’agriculteur, estimant que les pertes sur ses 18 hectares de concombres seront importantes.
Ceux-ci ont été semés sur une parcelle de ses terres où l’irrigation n’est pas possible, parce qu’il n’y a pas de plan d’eau accessible à proximité. Il explique qu’il a fait ce choix parce que, normalement, ce n’est pas une culture qui requiert d’énormes quantités d’eau. Cette année, en revanche, elle en aurait eu besoin.
Irrigation intensive
L’agriculteur, qui cultive plusieurs types de légumes sur 1 200 hectares, ne se décourage pas pour autant. En date du 13 août, l’irrigation intensive de ses oignons, de ses carottes, de ses betteraves et de ses pommes de terre, qui perdurait depuis trois semaines pour en sauver le maximum, se poursuivait toujours.

À Saint-Paul-d’Abbotsford, en Montérégie, les terres de Gino Maynard ont reçu de la pluie pour la première fois depuis plus d’un mois le 13 août, mais pas suffisamment pour lever la pédale sur l’irrigation constante de ses fraises, de ses framboises et de certaines parcelles de son maïs sucré. « Ce n’est pas méchant la pluie, mais il y a déjà du dégât de fait. La chaleur intense, ça fait mal aussi; ce n’est pas juste le temps sec », témoigne le copropriétaire de la ferme Le Roi de la fraise.

De plus, l’irrigation n’est pas accessible partout sur ses terres. Par exemple, ses variétés de maïs sucré à récolter plus tardivement, qui poussent dans les sols plus humides et moins drainés, ne sont pas à proximité d’un plan d’eau, parce qu’elles n’ont pas besoin d’être irriguées normalement.
« Cette année, il aurait fallu qu’on les irrigue. On va avoir des pertes dans le maïs sucré qu’on récoltera après septembre; les épis ne se formeront pas », anticipe l’agriculteur qui se surprend même de devoir arroser ses pommiers semi-nains, ce qu’il ne fait jamais. Aux trois jours, il remplit d’eau une grande cuve tirée par une remorque, puis y raccorde un boyau avec lequel il asperge la base de ses arbres.
Des maraîchers de Saint-Anselme, dans Chaudière-Appalaches, qui n’avaient pas de pluie depuis près de deux semaines en date du 13 août, commençaient aussi à trouver que le sol était sec. Frédéric Leblanc, copropriétaire de la ferme JPL Maraîcher, explique qu’il n’est pas équipé pour irriguer ses rutabagas et ses carottes, qui peuvent habituellement résister à la sécheresse quelques semaines.
« C’est juste que la croissance est sur pause. Ça ne pousse pas. Mais là, il faudrait qu’il pleuve cette semaine, parce que sinon il y aura des dégâts », fait valoir le maraîcher. Il craint que cet épisode de chaleur accentue davantage le retard accumulé ce printemps en raison du temps frais et pluvieux.
Des choix à faire
À Napierville, dans les terres noires de la Montérégie, le maraîcher Éric Van Winden explique qu’il a investi des sommes importantes, ces dernières années, pour améliorer son système d’irrigation, notamment en creusant des puits et en ajoutant de la tuyauterie. C’est ce qui lui permet de sauver les meubles en cette période de sécheresse. « Chez nous, c’est correct, le stock est beau dans l’ensemble, mais je sais que beaucoup de producteurs se demandent ce qu’ils sauvent. Ils sont rendus à faire des choix », témoigne le premier vice-président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec.
Le copropriétaire des Productions Maraîchères Mailhot, Marcel Mailhot, irriguait ses brocolis et ses choux-fleurs, le 12 août. Photo : Caroline Morneau/TCN
Un système racinaire peu développé
À Saint-Alexis, dans Lanaudière, un autre producteur à qui La Terre a rendu visite le 12 août, Marcel Mailhot, raconte que le printemps froid, suivi de deux coups d’eau importants dans son secteur en juin, a grandement nui au développement racinaire de certains légumes. « Les racines restent en surface, donc quand il fait sec, comme présentement, elles n’ont pas appris à aller plus profondément chercher leurs besoins. C’est d’autant plus important qu’on irrigue à ce moment-là. C’est bien pressant », fait valoir le copropriétaire des Productions Maraîchères Mailhot, qui irriguait intensivement ses brocolis et ses choux-fleurs cette journée-là.