Maraîchers 16 juillet 2025

Jean-Martin Fortier à la rencontre du grand public

STANBRIDGE EAST – L’Espace Old Mill situé à Stanbridge East, en Estrie, a reçu une étoile verte du Guide Michelin en juin pour son écoresponsabilité. Presque au même moment, son fondateur, Jean-Martin Fortier lançait Dans mon jardin, un guide de jardinage à l’intention du grand public.

« Depuis qu’on a ouvert le restaurant, avec son immense potager qu’on fait visiter avant le repas, les gens viennent me parler et je me rends compte qu’ils sont passionnés. Ils me posent des questions, ont lu les livres que j’ai écrits à l’intention des producteurs maraîchers. Je me suis rendu compte que certaines choses qui me paraissaient claires ne l’étaient pas pour eux. C’est pour ça que j’ai voulu faire un livre pour tous », raconte-t-il.

Dans son livre, l’auteur revisite certains concepts comme celui du compagnonnage, des espacements de culture, et insiste sur la planification. « Si tu penses que tu manques de temps, c’est que ça te prend plus de structure et plus d’organisation », affirme-t-il.

Jean-Martin Fortier croit que le jardinage peut apporter beaucoup aux citoyens.

Les questions posées par les visiteurs ont inspiré un guide de jardinage à Jean-Martin Fortier. Photo : Gracieuseté de Jean-Martin Fortier

Pour moi, le potager en banlieue est la solution si on veut que les gens reconnectent avec la nature. C’est une façon de redonner une certaine autosuffisance alimentaire, de prendre conscience de la saisonnalité des aliments et du travail qu’il y a derrière la nourriture.

Jean-Martin Fortier

Le jardinier-maraîcher a conscience de faire l’objet de certaines critiques de producteurs qui déchantent après s’être lancés en suivant son exemple, mais il croit toujours dans la méthode de culture bio-intensive de petites surfaces qu’il a popularisée par son livre Le Jardinier maraîcher, paru en 2012. Selon lui, il est encore possible de rentabiliser d’aussi petites surfaces qu’un hectare de terre en 2025. « Parfois, j’ai l’impression qu’on m’accuse de me prendre pour un gourou, mais je crois que mon modèle fonctionne encore. Même si le coût des intrants augmente, ç’a peu d’impact, puisqu’on n’en utilise pas beaucoup. Ce que j’ai réalisé, c’est que l’enjeu n’est pas tant au niveau de la production, mais plutôt au niveau de la distribution. Ce qui est important, c’est d’avoir des gens pour acheter tes produits, kiosques, marchés, restaurants. Pour rentrer ses produits chez les grosses chaînes d’épicerie, il faut des prix bas et du volume, ce qui est difficile quand on est petit. »

À la table champêtre Espace Old Mill, les menus sont créés à partir des fruits et légumes cultivés par deux maraîchers dans les serres et jardins de la ferme aménagée sur un acre (0,4 ha) de terre. Jean-Martin Fortier souhaite démontrer qu’il est possible de subvenir entièrement aux besoins de son restaurant, tout au long de l’année.

« On est à 80 % d’ingrédients provenant de la ferme. En hiver, on a un caveau rempli de légumes racines, en plus de ce qui est produit dans la serre. Les gens viennent manger un repas basé sur les produits de la saison. Au bout de trois ans, on peut dire que c’est un modèle d’affaires qui marche », dit l’entrepreneur.