Maraîchers 31 octobre 2025

Du seigle roulé à la rescousse des courges

Utilisée avec succès depuis sept ans à la Ferme Ferdinand Hervieux, à Lanoraie, dans Lanaudière, la technique du paillis de seigle roulé dans la production de courges voit ses résultats concluants sur le terrain corroborés par une étude de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Efficace pour lutter contre les mauvaises herbes et les insectes ravageurs, la méthode apporte également des bénéfices du côté de la qualité des fruits.

« Le seigle est une plante qui survit bien à l’hiver. Au printemps et à l’été suivant, elle est tellement compétitive à son stade de croissance que lorsqu’on la coupe, elle forme un paillis très épais au sol. Le seigle est aussi une plante allélopathique, c’est-à-dire qu’elle relâche dans le sol certains composés qui nuisent à la germination des mauvaises herbes », explique Maxime Lefebvre, chercheur à l’IRDA.

Pierre-Luc Hervieux, de la Ferme Ferdinand Hervieux, à Lanoraie Photo : Gracieuseté de Pierre-Luc Hervieux

En collaboration avec l’Université du Québec à Montréal, le centre de recherches a mené en 2023 et 2024 à ses installations de Saint-Bruno-de-Montarville une étude comparative sur deux parcelles, l’une avec des courges spaghettis cultivées sur paillis de seigle et la seconde avec des courges cultivées en sol nu. 

« Au niveau de la qualité des fruits, on a constaté une différence. Puisqu’elles ne touchent pas au sol, les courges sur paillis de seigle sont plus propres et par conséquent, déclassées moins souvent », poursuit le chercheur spécialisé en entomologie maraîchère, qui note qu’en termes de rendement, il n’y avait pas de différence notable entre les deux parcelles. 

Depuis 2018, la Ferme Fernand Hervieux utilise cette technique dans ses champs de courges de type spaghetti. « On a commencé à le faire sur 2 acres et maintenant, on est rendus à 5 acres. Ça donne un fruit avec moins de taches de maladie, moins de pourriture en entrepôt, qui se conserve mieux et qui a une meilleure apparence », explique Pierre-Luc Hervieux, qui sème son seigle à la volée quelques jours après la fin des récoltes à la fin septembre. 

En termes de qualité, le producteur de la région de Lanaudière va dans le même sens que les conclusions de l’IRDA. « Au niveau du rendement, il n’y a pas de différence, mais pour ce qui est vendable, je dirais que c’est de 25 à 30 % mieux que les courges semées en pleine terre. »

La cucurbitacée cultivée sur seigle était également moins exposée à la chrysomèle rayée du concombre, qui est vecteur d’une maladie bactérienne dommageable à la plante.

Nous avons enregistré moins de chrysomèles rayées du concombre. Mais ce qui est intéressant, c’est que cet insecte colonise les parcelles en pondant des œufs qui vont devenir adultes à la fin de l’été et à l’automne, et on a observé moins d’émergences de cette deuxième génération. C’est comme si le paillis de seigle créait un environnement moins favorable au renouvellement des chrysomèles.

Maxime Lefebvre

Coupe au stade de la floraison

Pour être efficace, la technique du paillis de seigle roulé requiert que la plante soit coupée au stade de la floraison. « Quand les tracteurs entrent dans le champ et qu’il y a beaucoup de pollen dans l’air, c’est un bon moment pour le rouler avant que les grains sur les épis ne viennent à maturation. »

« Puisqu’elles ne touchent pas au sol, les courges sur paillis de seigle sont plus propres et par conséquent, déclassées moins souvent. » – Maxime Lefebvre, chercheur à l’IRDA

« J’ai essayé plusieurs techniques, mais la plus efficace chez nous : il faut que le seigle soit roulé au début de la floraison, lorsqu’il a atteint le stade où il a lignifié assez pour faire une paille, mais qu’il n’est pas encore trop dur à couper », explique Pierre-Luc Hervieux.

Cultivant dans un sol sablonneux propice à l’érosion, le producteur de Lanoraie a constaté également les bénéfices à semer le seigle comme couverture d’automne. « On regarde à avoir un couvert végétal le plus longtemps possible », souligne celui qui sème ses courges spaghettis en rotation avec du maïs sucré la saison suivante.

Maxime Lefebvre fait également remarquer que la technique du paillis de seigle roulé présente un défi pour les producteurs biologiques qui n’ont pas recours au glyphosate. « Ils ont parfois plus de difficulté à détruire le seigle pour éviter qu’il se relève et qu’il compétitionne avec la culture pendant la saison. Nous menons une étude avec l’équipe de malherbologie de l’IRDA pour trouver des techniques alternatives pour bien détruire le seigle et bien gérer les mauvaises herbes en fin de saison. »

Emballé par les résultats, le chercheur à l’IRDA prévoit mener dans le futur une autre expérimentation avec la technique du paillis de seigle roulé, mais cette fois avec des choux. Un autre projet similaire développé ailleurs sera réalisé avec la laitue et l’oignon. « Notre hypothèse, c’est que le paillis de seigle crée un environnement complexe où les insectes ravageurs vont moins reconnaître la culture, mais qui est aussi plus propice à protéger les insectes bénéfiques », conclut Maxime Lefebvre.