Mélissa Roy et Michaël Rouleau ont reçu la structure des serres qu’ils avaient commandées, mais pas les matériaux pour les fermer. Elles seront recouvertes de bâches pour protéger les cultures des intempéries, cette saison, mais ne pourront pas servir à produire des primeurs, comme prévu. Photo : Gracieuseté Michaël Rouleau
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S'abonner maintenantDes maraîchers, qui avaient payé les Serres Guy Tessier pour du matériel qu’ils n’ont jamais reçu, juste avant la faillite de l’entreprise, craignent de ne jamais revoir la couleur de leur argent.
Michaël Rouleau, producteur serricole et de légumes de champ, à Saint-Michel, en Montérégie, estime s’être fait flouer de 63 000 $. L’automne dernier, il a commandé quatre grands tunnels de 30 pieds de large et de 200 pieds de long en vue de les installer sur ses terres, ce printemps, pour la production de légumes hâtifs.
En novembre, il a signé un contrat et laissé un dépôt de 24 600 $, sur une facture totale de 74 000 $, avant les taxes. Une partie des installations lui a été livrée en janvier, mais il en manquait encore la majeure partie, soit l’équivalent de 63 000 $ de matériel, selon ses calculs.
L’agriculteur raconte que le représentant des Serres Guy Tessier serait par la suite devenu insistant, l’appelant régulièrement pour lui demander de payer l’entièreté de la facture. Michaël Rouleau refusait de le faire, puisqu’il n’avait pas reçu toute sa commande et qu’il avait déjà laissé un dépôt.
Finalement, le 20 février, le vendeur aurait recontacté le maraîcher pour lui dire que sa commande était prête. Comme il se trouvait à proximité de la ferme, il lui aurait proposé de passer prendre le chèque avec le reste du montant à payer, en lui promettant que tout son matériel lui serait livré la semaine suivante. Ignorant que le fabricant de serres était sur le point de faire faillite, le producteur a accepté. Il mentionne que le chèque qu’il a donné au vendeur a été encaissé le 24 février, trois jours avant que la faillite soit déclarée, le 27.
Pour l’agriculteur et sa conjointe, Mélissa Roy, le choc a été grand. « Ç’a eu un gros impact sur toute la famille. J’en dors difficilement encore », témoigne M. Rouleau.
L’entreprise croyait pouvoir continuer
Le président des Serres Guy Tessier, Martin Bernier, assure pourtant qu’il ignorait que le syndic le mettrait en faillite avant le 27 février. Il était même persuadé que les opérations se poursuivraient, plaidant avoir négocié « une vente ordonnée en continuité d’opération », avec la cour et son principal créancier, la Banque Royale du Canada, qui a lancé la mise sous séquestre.
« Ce qui veut dire que l’entreprise aurait continué, qu’on aurait été en mesure d’honorer notre carnet de commandes et que 95 % des clients qui avaient donné des dépôts auraient [reçu leur livraison] dans les huit semaines suivantes. […] On avait la matière première pour le faire et les employés », se défend-il, réitérant que le syndic a finalement choisi de mettre son entreprise en faillite, ce qui était hors de son contrôle.
« Je ne me pose pas en victime de tout ça, parce que c’est moi qui dirigeais, admet-il. Je comprends les producteurs qui perdent de l’argent, mais il faut comprendre que moi, je ne suis pas dans un processus de rachat d’entreprise à bas prix pour faire une faillite payante. »
Un dépôt de 12 000 $
Un maraîcher de Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, Mathieu Cloutier, craint aussi de ne pas ravoir son dépôt de 12 000 $, fait le 4 février, pour l’achat d’une serre. Pour ce petit producteur, qui cultive des légumes sur une superficie de moins d’un hectare, la perte est majeure.
« Après coup, je me disais que j’aurais dû mieux checker, mais personne ne pensait qu’ils allaient faire faillite. Ils demandent un dépôt, tu le laisses, exprime M. Cloutier. On a trouvé ça dur, mais on essaie d’être résilients, de se dire que c’est une épreuve entrepreneuriale. » Une campagne de sociofinancement organisée par une personne de son voisinage a permis à sa ferme de recueillir 5 000 $, jusqu’ici, pour l’achat éventuel de sa serre.
Michaël Rouleau attend de voir ce qui se passera. Des rumeurs circulent voulant que les Serres Guy Tessier soient rachetées, mais il a peu d’espoir d’être remboursé. Il n’envisage pas non plus de dépenser des milliers de dollars pour un recours judiciaire qu’il n’est pas assuré de gagner.
« J’avais un beau projet dans les serres. Il y avait 10 000 oignons qui s’en allaient là-dedans et 5 000 céleris raves. Je te dirais qu’il tombe à l’eau pour ce printemps », se désole l’agriculteur, qui a reçu la structure des serres, mais pas les matériaux pour les fermer. Il les a montées et les recouvrira de bâches pour protéger ses cultures des intempéries, mais il ne pourra pas utiliser les installations pour cultiver des primeurs, comme il le voulait.
Le syndic, Raymond Chabot Grant Thornton, n’a pas souhaité commenter le dossier en cours.