Lait 1 mai 2026

Une obligation critiquée de cabane à robot de traite sera retirée

Après de nombreuses pressions en ce sens, une obligation critiquée par des producteurs de lait du Québec d’aménager les systèmes de robots de traite dans un local fermé – communément appelé cabane à robot – sera retirée. Un projet de règlement prévoyant cet assouplissement est en voie d’être adopté.

« J’en ai appelé, du monde. Je ne sais si ç’a contribué à la décision, mais on est très contents », s’est réjouie la copropriétaire de la Ferme Panama, Sophie Bédard. Cela fait depuis septembre 2024 que cette agricultrice de Plessisville, dans le Centre-du-Québec, multiplie les sollicitations auprès du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour que cette exigence coûteuse, à laquelle elle a refusé de se soumettre lorsqu’elle est passée de la stabulation entravée à libre, soit enlevée. Elle affirme que ses arguments ont été entendus par plusieurs intervenants du ministère qui ont accepté de la rencontrer. Les Producteurs de lait du Québec (PLQ), qu’elle a également interpellés, ont aussi fait leurs représentations pour que cette norme, perçue comme contraignante et inutile par la majorité de ses membres, soit retirée.

En 2024, quand elle est passée de la stabulation entravée à la stabulation libre avec robot de traite, Sophie Bédard a refusé de se conformer à l’obligation d’aménager le système dans un local fermé et a entamé des démarches pour que cette exigence soit retirée. Photo : Gracieuseté de Sophie Bédard

Au Québec, il est obligatoire que les robots de traite soient installés dans un local fermé hermétiquement et doté d’un système de ventilation à pression d’air positive, c’est-à-dire qui pousse l’air pour empêcher complètement l’air provenant du reste de l’étable d’y pénétrer. Le MAPAQ justifie cette exigence par l’importance de préserver un environnement « à l’abri de tout contaminant » dans l’environnement de traite à des fins de qualité du lait.

Or, les producteurs de lait sont nombreux à soulever des incohérences entourant cette exigence, qui n’est appliquée nulle part ailleurs au Canada depuis que l’Ontario l’a retirée, il y a quelques années. Il est par exemple complexe, voire impossible, selon eux, d’empêcher complètement l’air ambiant de l’étable d’entrer dans le local, car une ouverture doit permettre au bras du robot de brancher les gobelets trayeurs sous la mamelle de la vache. Aussi, aucune obligation d’isoler les animaux du reste de l’étable n’est requise en stabulation entravée, avec des systèmes de traite mobile. Considérant le coût de construction d’environ 15 000 $ que requiert cet aménagement qui ne donne pas les résultats pour lesquels il est exigé, bon nombre d’agriculteurs, dont Sophie Bédard, sont d’avis qu’il fait gonfler inutilement la facture des projets de rénovation. 

Sabrina Caron, copropriétaire de la Ferme Roland Caron, fait partie des producteurs qui apprécient la cabane à robot de traite, mais elle estime néanmoins qu’il est inadéquat de l’obliger. Photo : Gracieuseté de Sabrina Caron

Le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, l’a reconnu, le 12 décembre, dans un mémoire à l’attention du Conseil des ministres. « Cet aménagement est coûteux pour un producteur, offre peu de flexibilité pour s’adapter aux bâtiments de ferme existants et ne contribue pas nécessairement à l’atteinte d’un haut niveau de qualité du lait », peut-on lire dans le document public. 

Voilà maintenant que des assouplissements proposés au Règlement sur les aliments prévoyant notamment le retrait de l’exigence de local fermé avec pression d’air positive ont passé l’étape des consultations et devraient être adoptés dans les prochains mois. Le système pourra être installé dans « un lieu ouvert sur l’étable [mais] une propreté et un entretien adéquat du lieu ainsi qu’une ventilation adaptée, selon la disposition de l’équipement dans l’étable, sera requise », a précisé le MAPAQ, dans un courriel à La Terre.

Dans des groupes de discussion sur les réseaux sociaux, la proposition d’allégement semble en réjouir plus d’un, bien que certains producteurs trouvent que les cabanes à robot de traite ont des avantages. Une productrice de Laurierville, Sabrina Caron, qui dispose d’un tel aménagement, est satisfaite du haut niveau de propreté qu’il confère à l’étable. « En général, il y a moins de poussière; on protège mieux nos robots », observe-t-elle, estimant toutefois qu’il est inadéquat d’obliger les agriculteurs à se doter d’une telle construction.